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Censure sur Internet

Beaucoup d'utilisateurs de l'Internet s'inquiètent de voir se développer chaque jour l'emprise de Google au sein de la société dite de l'information, supposée il y a quelques années promouvoir un espace illimité de liberté. Mais peut-être trouvera-t-on un jour que Google n'était pas aussi dangereux que d'autres initiatives directement conçues par des gouvernements ou des religions pour combattre la liberté de s'informer et de s'exprimer sur Internet.

Google fait peur, non sans raisons. Sa volonté implicite de numériser tous les écrits existants, à commencer par ceux des grandes bibliothèques, laisse craindre qu'un jour, il fixe lui-même les modalités d'accès à ces contenus, soit pour des raisons commerciales, soit pour des raisons politiques. Comme des alternatives concurrentes sérieuses n'auront pas été encouragées, les usagers seront bien obligés d'en passer par ses exigences. Mais Google fait aussi peur de par la puissance des systèmes de référencement et de recherche qu'il offre à tout usager d'un ordinateur en ligne. La plupart des systèmes d'exploitation s'ouvrent dorénavant sur une page d'accueil Google. Pourquoi chercher ailleurs d'autres sources ?  Par ailleurs et surtout, il n'existe pas de limites théoriques à la mise en mémoire des écrits de chacun, fussent les e-mails les plus anodins. Il est donc toujours possible de retrouver, très rapidement, grâce à ces moteurs et serveurs associés, l'opinion que tel citoyen, par exemple, a pu tel jour faire connaître  par mail, SMS voire Twitter,  à l'intention d'un de ses correspondants, que ce soit sur un point futile ou hautement sensible.

Internet est ainsi conçu, dira-t-on. Aucun de ceux qui l'utilisent couramment, à titre professionnel ou privé, ne s'imagine que les messages qu'il confie au réseau puissent rester confidentiel. On sait depuis longtemps, notamment, que 8 des grands routeurs  sur 10 chargés de l'interconnexion des messages entre émetteurs-récepteurs sont sous le contrôle du Pentagone, aux Etats-Unis. La CIA, la NSA et nombres d'autres agences d'information-désinformation peuvent parfaitement connaître, si elles le souhaitent, ce que raconte tout un chacun. Plus grave, ces agences ou des gouvernements amis peuvent très bien implanter des fichiers à contenus délictueux dans les ordinateurs de personnes qu'elles veulent faire chanter, à l'insu de ces dernières.

Le fait que Google ajoute à ces réseaux de police et de renseignement des moyens supplémentaires pouvant lui donner une clientèle captive sur laquelle il pourra prélever différents droits commerciaux  n'inquiète donc pas beaucoup la plupart des usagers de l'Internet. De toutes façons, la loi des grands nombres rassure. Le raisonnement que font les utilisateurs est simple. Il y a peu de probabilités pour que, sur des centaines de millions, bientôt des milliards d'internautes, un utilisateur individuel lambda se retrouve victime d'une atteinte aux libertés, pour raisons politiques ou commerciales. ..ceci tout au moins dans les Etats dits de droit, comme le sont encore pour quelques temps, espérons-le, ceux de l'Union européenne.

Il n'en est pas tout à fait de même dans les Etats où des gouvernements « autoritaires » s'efforcent de contrôler l'information et l'expression sur Internet. C'est le cas, on le sait depuis longtemps, de la Chine, de la Birmanie, dans une bien moindre mesure de la Russie et de nombreux autres. Ces gouvernements ont d'ailleurs bénéficié de la complicité d'entreprises comme Google, Microsoft, et Yahoo !  qui ont accepté de leur livrer des solutions permettant d'exercer la censure ou la répression jugées utiles au maintien de la moralité publique dans leur sphère d'influence. Les recherches à partir de mots-clefs tels que « démocratie » ou « droits de l'homme » y sont, parait-il, assez stériles. Mais l'étanchéité des systèmes de contrôle n'est pas parfaite. Beaucoup de citoyens de ces pays, sans être en rien des dissidents, mais seulement des personnes désireuses de respirer un peu d'air frais, passent à travers les mailles.

Qu'en est-il de l'Europe ?


Ceci dit, si en Europe les contrôles sur l'Internet exercés par les services officiels (armée, police, sécurité civile) sont relativement encadrés, si par ailleurs Google ou d'autres  moteurs de son espèce se tiennent pour le moment relativement à carreau, il n'en sera vite plus de même au sein de communautés culturelles ou religieuses désirant enfermer non seulement leurs ressortissants avérés mais les populations en général dans des critères d'appartenance qu'elles définiront au mieux de leurs volontés d'expansion. Le danger menace, aux frontières de l'Europe sinon en Europe même. C'est ainsi que les observateurs des usages de l'Internet viennent de découvrir la mise en place de moteurs de recherche visant  à être compatibles avec la sharia. Les Européens ne pourront pas s'en étonner, puisqu'ils font, dans un autre domaine, tout ce qu'ils peuvent pour encourager en Europe la finance islamique, sharia-compatible.  

Un moteur de recherche basé en Hollande, ImHalal.com, se présente comme responsable de la protection de la sensibilité des Musulmans en filtrant tout ce qui est considéré comme « haram », c'est-à-dire interdit par l'Islam. Différents niveaux de filtrage sont définis, allant de la mise en garde jusqu'à l'impossibilité d'accéder aux sites incriminés. On peut penser que les croyants désireux de s'affranchir de ces mises en garde iront chercher l'information, ailleurs, sur Google par exemple. Mais c'est faire trop confiance à leur indépendance d'esprit. Le fait qu'un contenu sera présenté comme haram créera chez l'utilisateur tenté  de s'affranchir de l'interdiction un sentiment plus ou moins fort de culpabilité. Il préférera s'abstenir, même si aucun contrôle policier n'est mis en place pour renforcer l'interdiction. C'est ce que l'on nomme intérioriser l'interdit.

Mais il y a pire dorénavant. Un certain nombre de décideurs politiques turcs semblent décidés à installer en Turquie et plus généralement dans le monde musulman une censure préalable du type de celle que la Chine peine à imposer aux Google et autres Microsoft. Un certain Tayfun Acarer, président du BTK, une sorte d'Agence compétente en matière de technologies de l'information et de la communication (Information Technologies and Communication Board), fait développer un moteur de recherche turc qui devrait être lancé en 2010. Ce moteur sera doté (bel exemple d'hypocrisie du langage de bois) d'un « meilleur jugement éditorial » que Google. On reproche à celui-ci comme à ses concurrents d'être « parfois sourds aux sensibilités des populations ». Autrement dit, il ne permettra pas l'accès aux thèmes et contenus que tel ou tel docteur de la loi jugera susceptible d'offenser les esprits des croyants.

Mais Tayfun Acarer ne s'arrêtera pas en si bon chemin.  Il vient d'annoncer le lancement d'un autre projet, nommé « Anaposta ». Il ne s'agit plus seulement là de filtrer les accès aux sites non musulmans. Le projet est infiniment plus dangereux. Il consistera à doter, sous couvert de lutte contre la fracture numérique, chacun des 70 millions de citoyens turcs d'un compte e-mail crédité de 10 gigabits de mémoire.  Chaque nouveau-né disposera à vie d'une adresse internet inscrite sur sa carte d'identité (certains mauvais esprits avaient suggéré de la tatouer sur le poignet). « Ainsi se mettra en place progressivement un « réseau mobile », « mobile network » rendant « inutile » la connection aux réseaux Google, Yahoo ! Gmail ou autres réseaux sociaux ». De cette façon, on le conçoit, même si Acarer reste discret sur ce point, le gouverne ment turc et les autorités islamiques pourront contrôler en temps réel les flux échangés entre les heureux citoyens connectés à ce réseau. Ce monitoring, ajoutons le pour notre part, pourrait être dans l'avenir très facilité par de puissants systèmes d'intelligence artificielle adaptative tels que ceux que notre ami Alain Cardon se refuse désormais à développer pour sa part.

Comment les citoyens turcs réagiront-ils à ces bienveillantes initiatives ? Mystère. Nous pouvons évidemment ici, en attendant, nous demander si la Turquie, s'orientant dans de telles directions, a bien sa place dans l'Union européenne. Mais ne pavoisons pas trop. Comme indiqué plus haut, le ver est déjà dans le fruit chez nous, non seulement parce que des citoyens européens de confession musulmane pourraient se croire obligés d'entrer dans le système Anaposta, mais parce que nos propres gouvernements ne resteront pas longtemps en reste, si nous n'y prenons pas garde.

* Sur Im Halal, le moteur de recherche islamique, voir  www.ilhalal.com
* Sur anaposta, voir http://thenextweb.com/europe/2009/11/28/turkey-give-70-million-citizens-email-address-search-engine/
* Voir aussi pour les turcophones
http://www.bugun.com.tr/haber-detay/85143-e-posta-adresi-nufus-cuzdaninda-gundem-haberi.aspx
06/12/2009
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Nombre de réaction(s) : 1
Généralisation des Big Brothers
07/12/2009 12:14:31 | Par : Alain Cardon
Nous allons en effet à très grande vitesse vers des Big Brothers contrôlant desmasses humaines soumises par tous les moyens possibles, afin que le casino mondial continue à fonctionner selon les intérêts de ceux qui l'organisent.
Je suis inquiet de cette évolution, qui passera effectivement par une adresse IP définie à la naissance et des puces logées dans le corps.
Mais pour traiter cette masse énorme d'informations, il faudra un système
qui pense, qui génère intentionnellement ses algorithmes, qui les modifie lui-même, qui soit distribué sur d'innombrables computeurs coactifs en constituant une nuée idéelle artificielle à la disposition des nouveaux tyrans. Il ne s'agit pas d'un cauchemar mais d'une réalité déjà largement en place. Voyez l'économie et la finance.
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