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Un nouveau mur de Berlin coupe désormais l'Europe en deux.

Il serait temps que les peuples de l'Union se ressaisissent et exigent de leurs gouvernements une véritable politique concertée européenne visant à concrétiser l'identité européenne. La civilisation de nos pays ne saurait s'accommoder de la persistance de murs contraires aux idéaux qu'elle affiche.

Il s'agit d'abord du mur de la pauvreté qui sépare, malgré les discours officiels refusant d'en tenir compte, les pays de l'Est européen de leurs riches voisins de l'Ouest. C'est le cas notamment de la Bulgarie et de la Roumanie, dont le niveau de vie en zone rurale est inférieur à celui de villes turques moyennes et où la pauvreté fait le bonheur des mafias turco-albanaises qui y recrutent ou kidnappent les milliers de prostituées exploitées à l'Ouest. Leurs administrations encore gérées en parti par d'anciens apparatchiks, sont également championnes de la corruption d'Etat (il est vrai que la France, selon Transparency international, se situerait  au  27e rang des plus corrompus des pays riches).  Les optimistes diront qu'il s'agit d'un héritage du passé, dont ces pays ne pouvaient  se débarrasser en quelques mois. Il est inquiétant cependant de voir que les autres Etats européens ne s'en inquiètent pas et ne font rien pour rétablir un minimum d'harmonisation, par des transferts volontaristes du type de ceux entrepris par l'Allemagne de l'Ouest au profit de la RDA lors de la réunification. Quant aux fonds structurels alloués par l'Union européenne, ils restent très en dessous des besoins et sont d'ailleurs dilapidés  par la corruption ci-dessus évoquée.

Mais ce mur de la pauvreté, que l'on pourrait qualifier de traditionnel, est aujourd'hui renforcé par les incohérences des politiques économiques et financières des Etats européens, en conséquence de la crise actuelle. Comme l'indique un article de Alain Faujas dans Le Monde du 18 novembre «  c'est une véritable Berezina que connaissent, de la Baltique à la mer d'Aral et des Balkans à l'Oural, les pays de l'Europe et de l'Asie centrales. La chute du produit intérieur brut y est considérable, comme en attestent la Lituanie (- 18,5 %), l'Arménie (- 15,6 %), l'Ukraine (- 14 %), la Roumanie (- 8,5 %) ou la Russie (- 7,5 %). Dans ces zones, les dettes à court terme (corrigées du solde du compte courant) atteignent des sommets, soit 300 % des réserves de change des pays baltes ou plus de 100 % en République tchèque, alors qu'elles ne dépassent pas 80 % des réserves de l'Argentine et 60 % de celles de l'Indonésie ».

Si nous laissons de côté le cas de la Russie et des pays de l'Asie centrale, qui ne relèvent pas de la compétence de l'Union (et qui mériteraient un article en propre) l'actuelle Berezina des pays baltes et de l'est européen est en grande partie de la responsabilité des autres Etats membres. Il résulte du fait que, sous la pression des intérêts industriels et financiers provenant de l'Europe de l'ouest, les gouvernements européens non plus que la BCE n'ont rien tenté  pour prévenir des engagements puis des désengagements aussi spéculatifs les uns que les autres.

L'idéologie libérale a d'abord encouragé des vagues successives d'investissements qui ont donné aux divers pays de l'Est (et pas seulement aux plus pauvres), une illusoire impression d'enrichissement. Dès avant 2000, sont venus des capitaux ouest-européens s'investissant dans l'industrie et désireux de profiter des écarts de rémunérations qui prévalaient alors entre les salaires de l'Union européenne et ceux des pays de l'Europe centrale et orientale.  Ensuite, avec la libéralisation financière, vers 2004-2005, les pays de l'Est et leurs ressortissants, croyant à une prochaine entrée protectrice dans l'euro, se sont mis à s'endetter en devises. Là encore, aucune mise en garde n'a été émise par les institutions financières des pays de la zone euro.

A défaut, comme le proposaient certains experts (dont Joseph Leddet sur ce site) les pays de l'euro auraient du négocier une entrée « autoritaire » des pays de l'Est dans la zone, assortie évidemment de transferts et de garanties destinées à éviter les conséquences spéculatives d'un tel coup de poker. Nous sommes persuadés que globalement, non seulement l'euro n'en aurait pas souffert, mais l'économie globale de l'Europe en aurait été rendue plus compétitive.  

Le revers de bâton, sous forme de désengagement,  est venu en 2008-2009. Là encore, l'idéologie libérale ayant interdit toute intervention globale, la crise venue de l'ouest s'est diffusée en conséquence du désinvestissement des grandes banques occidentales. Dans le même temps les exportations et les envois d'argent des travailleurs émigrés se sont effondrés. Certains hommes politiques ouest européens, confortés par certains experts, avaient demandé qu'au lieu de jouer solo dans le secours aux banques et aux économies, les grands Etats de la zone euro, à commencer par la France et l'Allemagne, consentent des prêts et des aides aux institutions financières et peut-être aussi aux industries des pays de l'Est. Il aurait été normal que, dans la tempête, un minimum de solidarité joue en faveur des « frères » enfin réunies. Comme on le sait, il n'en a rien été et les égoïsmes nationaux l'ont emporté.

Il en résulte qu'aujourd'hui le nouveau mur de Berlin coupant l'Europe en deux, qui donne son titre à cet article, est plus haut que jamais. Il n'est pénétré que par les spéculateurs et mafias qui tirent parti clandestinement des disparités de niveau de vie ne faisant que s'aggraver.  On ne voit pas, en prenant le cas des Etats baltes qui est particulièrement poignant, comment ceux-ci pourront se sortir de la crise. Des remèdes héroïques comme ceux prônés par le FMI jadis dans le cadre du consensus de Washington les mettraient à genoux (économies budgétaires, hausses des impôts, etc.). Mais ne rien faire ne sera pas mieux. Les monnaies locales de plus en plus dégradées rendront l'entrée dans l'euro toujours aussi difficile.

En dehors des mafias dont nous venons de parler, quels intérêts profiteront du désastre dans lequel certains pays de l'Est vont s'enfoncer sous le regard indifférent de la zone euro ? Au plan interne, les populistes extrème-droitiers. A l'extérieur, les pécheurs en eaux troubles de tous bords, américains, russes, et sans doute islamistes.

Il serait donc temps que les peuples de l'Union se ressaisissent et exigent de leurs gouvernements une véritable politique concertée européenne visant à concrétiser l'identité européenne  évoquée ici dans un article précédent. La civilisation de nos pays ne saurait s'accommoder de la persistance de murs contraires aux idéaux qu'elle affiche.

NDLR: Le thème de cet article a été suggéré par André Staropoli.


17/11/2009
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