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A la recherche de l'identité européenne

Nous n'allons pas ici apporter de l'eau à la quête des voix d'extrême droite poussant Nicolas Sarkozy à poser la question de l'identité française. Nous ne discuterons donc pas de cette dernière. Les échos qu'en donnent la Presse-pravda suffisent. Par contre, quel retentissement aurait eu le fait de s'interroger sur l'identité européenne, si le problème avait été officiellement évoqué par la France ces jours-ci. Certes, dès que l'on parle d'identité, fut-elle européenne, les pièges abondent. Mais le risque vaut d'être couru.

Les identités ne se décrètent pas, elles se constatent au sein des groupes dont elles assurent la cohésion. Néanmoins, le langage à leur sujet, s'il ne peut être prescripteur, peut être déclaratif d'intentions. A ce titre, il peut entraîner des conséquences. Cependant, pour aborder intelligemment le thème d'une éventuelle identité européenne, qui sera inévitablement la résultante de centaines d'identités particulières, il faudrait des volumes entiers. Peut-on le faire en quelques phrases ?  

Essayons cependant.  Si l'Union européenne n'est pas encore une fédération, comme le sont aujourd'hui les Etats-Unis, c'est parce qu'elle est de construction trop récente pour avoir fait naître et avoir soumis à l'épreuve du feu des valeurs communes au plus grand nombre des citoyens européens.   Il existe une identité américaine qui exprime et transcende celles, d'ailleurs indiscutables, du Texas ou de la Pennsylvanie. Ce n'est pas encore le cas en Europe. Du fait cependant que l'Union européenne est acceptée par une majorité d'Européens, c'est qu'ils se retrouvent dans des thèmes identitaires communs.

Se distinguer des voisins

Sans être pessimiste, il faut bien admettre que, comme dans la plupart des groupes, ces thèmes sont d'abord d'exclusion : « Nous estimons former une communauté que nous voulons distincte de celles des voisins, ceci généralement à l'intérieur de frontières communes ». Beaucoup d'Européens se sentent plus ou moins explicitement distincts de leurs voisins du Moyen-orient ou de l'Afrique. Il n'y a pas lieu de le leur reprocher, même si ces sentiments peuvent générer de la xénophobie. Les dernières années montrent cependant à cet égard une évolution inattendue. De plus en plus d'Européens se ressentent dorénavant distincts des citoyens des Etats-Unis, bien plus que des Canadiens ou des Sud-américains. A l'inverse, beaucoup  verraient d'un bon œil le retour des Russes dans l'ancien bercail européen. Nous sommes ici de ceux, on le sait,  qui considèrent que l'identité européenne ne se construira pas sans une nette séparation d'avec les Etats-Unis – ce qui ne voudrait pas dire se jeter sans précautions dans les bras des Russes.

Quoiqu'il en soit, ces « valeurs d'exclusion », même si elles peuvent donner lieu à des campagnes d'ostracismes, sont indispensables. Si elles n'existaient pas, l'Europe n'existerait pas. Ce devrait être aux institutions démocratiques européennes de les traduire en politiques publiques raisonnables, en matière d'immigration et d'intégration notamment.

Identifier et cultiver des valeurs positives spécifiquement européennes


Tant que n'existera pas un véritable gouvernement fédéral européen, capable de définir des politiques économiques, industrielles, diplomatiques et de défense communes, les thèmes sous-jacents à ces politiques, fortement constructeurs d'identités, ne se préciseront pas. Cependant, il ne faut pas méconnaître le poids positif des valeurs européennes devant inspirer ces politiques. Elles sont constitutives de ce qu'il se faudra bien se résoudre à nommer un jour la civilisation européenne : démocratie politique, libertés publiques et d'expression, habeas corpus et droits de l'homme, égalité entre femmes et hommes, poids donné à la connaissance scientifique, etc..  

On y ajoutera la laïcité, comprise comme organisant une séparation stricte entre les institutions et les religions, quelles que soient ces dernières. On objectera que tous les Etats européens ne se réfèrent pas à ce qui était jusqu'à présent une laïcité à la française, c'est-à-dire une laïcité non pas modérée mais radicale. Cependant, globalement, quant on voit la montée au pouvoir des forces religieuses dans le reste du monde, il faut bien admettre que l'Europe est et demeurera, espérons-le, la patrie d'une telle laïcité.

Ces diverses valeurs identitaires sont globalement bien plus présentes en Europe qu'ailleurs, Etats-Unis compris. Il faut en être fier. Certes, elles sont fragiles, toujours menacées de l'intérieur comme de l'extérieur. Mais les Européens qui se reconnaissent en elles doivent s'en faire des porte-drapeaux, voire le cas échant, pourquoi pas, accepter de mourir pour elles.

Une mosaïque vivante de civilisations jadis en conflit

Il faut également considérer comme une valeur identitaire supérieure, propre à l'Europe, le fait qu'elle ait pu rassembler des nations aux identités spécifiques différentes, qui se sont opposées férocement dans l'histoire. Jamais dans le monde, en si peu de temps, ne s'est produit un phénomène de cette ampleur. L'Europe à cet égard, par les mécanismes institutionnels et sociologiques ayant survécu ou récemment mis en place (sa forte tradition administrative, ses services publics, l'euro, ...) se comporte comme un véritable organisme vivant, capable de tirer sa force, y compris en termes immunitaires, de la coopération de ses multiples organes. Nous renvoyons sur ces points à notre livre récent, référencé sur ce site « L'Europe et le vide de puissance ».

L'Europe à la tête de la protection des éco-systèmes

Si l'Europe a été la patrie des Lumières et de l'universalisme, elle l'est malheureusement de moins en moins, notamment compte tenu des ressources lamentablement insuffisantes qu'elle consacre aux recherches scientifiques désintéressées, aux enseignements supérieurs et à de grands programmes technoscientifiques de long terme.  Elle a commencé néanmoins à se rattraper quelque peu en ces domaine,  par l'attention que portent beaucoup d'Européens aux thèmes de la protection de la nature et des éco-systèmes, comme plus généralement de la décroissance des formes destructrices de consommation gaspillage.

L'Europe fait encore peu et n'est évidemment pas seule à le faire dans le monde. Avec la maîtrise des technologies de l'information dont elle dispose, elle pourrait être bien plus influente qu'elle ne l'est à présent .  En investissant elle-même systématiquement, elle pourrait ainsi rejoindre ceux qui dans le monde luttent sous couvert d'altermondialisme et d'écologie pour la défense de ces thèmes. Cela devrait devenir  une composante majeur de l'identité européenne, du Nord au Sud et de l'Ouest à l'Est.

Et bien plus encore...


Il existe bien d'autres valeurs et finalités collectives susceptibles aujourd'hui ou dans l'avenir, de conforter une identité européenne. Mais comme nous ne voulons pas enlever toute initiative à nos lecteurs, nous laisserons ce dernier paragraphe en blanc. Ils y mettront ce qu'ils jugeront bon.

15/11/2009
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