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Les non-dits des commémorations de novembre 2009

Il était tout à fait logique que les Allemands et avec eux les Européens qui ont salué la chute du mur de Berlin comme un évènement refondateur aient célébré avec un certain tapage le 20e anniversaire de l'évènement. Même si elle fut plus discrète, la commémoration par l'Allemagne et la France de l'armistice du 11 novembre fut tout aussi importante dans la mesure où cette cérémonie devrait marquer une relance, attendue depuis longtemps, de la coopération entre nos deux pays au sein de l'Union européenne. Mais faut-il s'en tenir à cette écume des cérémonies ?

Il nous parait nécessaire de souligner deux phénomènes qui inciteraient à dépasser  les propos superficiels échangés lors de ces journées. On pourrait parler d'une bonne et d'une mauvaise nouvelle.

Une bonne nouvelle, le recul de l'influence des Etats-Unis en Europe

Berlin semble avoir marqué un nouveau recul de l'influence des Etats-Unis sur notre Continent. Pour nous c'est une excellente chose, car l'atlantisme était et demeure le principal obstacle à la construction d'une Europe véritablement souveraine. Que Barack Obama n'ait pas jugé utile d'être présent à Berlin et que ni Angela Merkel, ni Nicolas Sarkozy, initialement dépeints, à juste titre, comme très inféodés à Washington n'aient pas paru remarquer son absence illustre deux choses. D'une part l'Amérique est affaiblie par ses propres excès. Les Européens, au lieu de s'en désoler, commencent à comprendre, y compris à l'Est, qu'ils n'ont plus besoin d'elle. Ce sentiment serait parait-il déjà très présent en Pologne, où beaucoup de bons esprits souhaiteraient rejoindre un éventuel pôle de développement Berlin-Paris. Il s'agirait d'une excellente chose.

D'autre part, effectivement, l'Europe n'est sans doute plus une priorité pour les Etats-Unis. Le voyage entrepris le 12 novembre par Obama en Asie, en commençant par le Japon et la Chine, montre bien que resserrer les liens diplomatiques avec les puissances asiatiques devient urgent aux yeux des Américains. L'Europe doit-elle s'en inquiéter, voyant là l'émergence d'une futur G2 ou co-gouvernement du monde par Washington et Pékin ? Disons que dans la mesure où ce co-gouvernement du monde existe déjà en partie  du fait des liens économiques entre les deux pays 1), il y a effectivement urgence pour l'Europe à s'affirmer en puissance capable de tenir tête, avec d'autres pays non-européens si possible, à ce duopole officieux.  Il lui faudra le faire politiquement et économiquement. On en est loin évidemment encore, mais pour les Européens, ce sera cela ou disparaître. Nécessité fera loi. On peut espérer que les Allemands et les Français, rejoints en cela par d'autres dont les Polonais précités, s'en rendront compte.

Une mauvaise nouvelle : la chute du Mur de Berlin ne fut pas seulement celle du communisme soviétique, mais celle de la confiance des Européens dans la puissance publique.

Quelques voix se sont élevées, en Allemagne, pour regretter l'ancienne RDA, qui n'avait pas que des défauts. Soit. Mais beaucoup plus de personnes ont rappelé que la chute du Mur fut aussi le triomphe non d'un libéralisme politique auquel les Européens n'ont rien à redire, mais le triomphe du capitalisme libéral dit aussi néolibéralisme dont on mesure aujourd'hui les excès, non seulement en Europe mais au plan mondial. Il est possible que le néolibéralisme devenu triomphant à partir des années 1980 ait pu provoquer, sous l'influence des forces économiques essentiellement d'origine américaine qui se déployaient sous son parapluie idéologique, un certain nombre de déblocages et de croissances. Mais aujourd'hui, à la suite de la crise financière et économique et surtout dans la perspective de la grande crise environnementale dont le pire est à venir, le néolibéralisme ne peut plus apparaître comme une solution. Les Européens, disposant de peu de ressources et aux économies fragiles, devraient être les premiers à le comprendre. Or le drame de l'Europe est que, sauf peut-être encore en France, l'intervention économique des puissances publiques reste associée aux souvenirs du communisme. C'est le cas notamment au sein de la social-démocratie européenne.

Comme l'a bien montré un colloque récent tenu à Amsterdam, à l'invitation de la fondation néerlandaise Wiardi Beckman, la refondation d'un projet progressiste indispensable, non seulement à la gauche européenne, mais selon nous à l'ensemble de l'Europe, souffre encore des séquelles de la chute du Mur. Cette refondation se heurte au fait que les social-démocraties européennes en soient restées à trois formes dégradées et sans avenir : le social-conservatisme à la française tentant de conserver un Etat-Providence dépourvu désormais de toutes bases économiques, le social-libéralisme à la Blair qui n'est plus que le paravent du néolibéralisme et le social populisme à la hollandaise aux adhérences extrème-droitières inquiétantes.

Nulle part en Europe ne sont apparues de forces politiques et intellectuelles capables de définir ce que pourrait être un capitalisme d'Etat et un interventionnisme public conjuguant les valeurs de la social-démocratie avec les solutions d'une gestion publique intelligente et moderne de la société. Les prémisses d'un tel travail n'y apparaissent même  pas, à l'exception des cogitations isolées de quelques individus et petits groupes. Nulle voix officielle n'en a parlé, évidemment, lors des commémorations récentes. Devrons-nous attendre les leçons que ne manqueront pas de vouloir nous donner sur ce sujet ceux qui, en Asie et même aux Etats-Unis, commencent à réfléchir aux cahiers des charges des nouvelles politiques publiques dont le monde ressent l'impérieux besoin ?

Ce ne seront évidemment ni Angela Merkel ni Nicolas Sarkozy qui jetteront les bases d'un tel travail.

1) On insiste souvent sur la parité de fait entre dollar et yuan qui réalise une vaste zone monétaire d'intérêts partagés. Mais on oublie que les industries exportatrices chinoises qui mettent à mal par leur dumping social le reste du monde sont en fait très largement encore des filiales de multinationales américaines établies en Chine. Il existe donc pour le moment et jusqu'à nouvel ordre une complicité de fait entre les deux superpuissances pour un partage du monde. Cette complicité durera tant que le nationalisme chinois n'en prendra pas ombrage.
13/11/2009
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