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Lionel Naccache

Lionel Naccache Nous sommes tous des femmes savantes Odile Jacob 10 avril 2019

Nous avons plusieurs fois présenté dans différents articles le neuropsychologue et philosophe Lionel Naccache et ses ouvrages précédents. Voir notamment sur Le Nouvel Inconscient http://philoscience.over-blog.com/article-perdons-nous-connaissance-par-lionel-nac-43650908.html et sur Nous perdons notrs connaissance http://philoscience.over-blog.com/article-perdons-nous-connaissance-par-lionel-nac-43650908.html
Aujourd'hui, Lionel Naccache publie un nouvel ouvrage "Nous sommes tous des femmes savantes"
.
Le sujet se serait imposé à lui en assistant à une représentation des Femmes savantes de Molière. Il a eu une intuition : la  connaissance et la sexualité, que l'on vit comme opposées tels l'esprit et le corps, la raison et la sensibilité, sont sœurs jumelles. Elles sont les deux modalités essentielles par lesquelles notre subjectivité se façonne.

Dans cette pièce, datée de 1672, Philaminte, femme de Chrysale, Bélise, sa sœur et Armande, l'ainée, sont les femmes savantes. Philaminte,  toute entière aux spéculations scientifiques, néglige les soins du ménage et ne s'occupe de ses domestiques que pour leur enseigner les lois de la physique ou les règles de la grammaire ; elle exerce sur son faible et ignorant mari un pouvoir despotique qu'il avoue lui-même ne pas avoir le courage de secouer. Bélise au contraire est une ignorante romanesque. Armande ne conçoit pas qu'une femme puisse tolérer l'erreur si commune qu'on appelle mariage et elle détourne son autre sœur Henriette de ce « vulgaire dessein ».

Les personnages de Molière incarnent chacun l'une des formes de la « névrose cognitivo-sexuelle » que diagnostique Lionel Naccache. Bien plus  : il fait de ce clivage l'une des marques de la modernité occidentale, née dans le Grand Siècle français écartelé entre jansénisme et libertinage. C'est pourquoi, femmes ou hommes,nous serions tous des femmes savantes. « Plus fort que le complexe d'Œdipe, voici le complexe de la femme savante ! »déclare-t-il. Mettre au cœur de la psyché humaine l'appétit de connaissance à égalité avec la sexualité change en effet la perspective freudienne.

Chez Freud, les créations de l'esprit sont l'effet d'une sexualité sublimée.  Pour Lionel Naccache, Freud aurait découvert, non l'inconscient (qui existe évidemment, mais pas exactement comme le décrivait Freud), mais la modalité la plus extraordinaire de la conscience, qui est sa capacité à créer des fictions et des récits de soi.

La discussion de la psychanalyse est l'un des nombreux thèmes de l'œuvre de Lionel Naccache. De la conscience aux dissonances et erreurs cognitives (voir son livre Le Chant du signe), il est question de lapsus, d'interprétation, de refoulement, de liberté. La connaissance et la sexualité, que l'on vit comme opposées tels l'esprit et le corps, la raison et la sensibilité, sont jumelles. Elles sont les deux modalités essentielles par lesquelles notre subjectivité se façonne.

Sur le livre de Lionel Naccache, nous recevons ce point de vue de Frédéric Paulus

Une Expérience numineuse provoquée par la pièce « Les femmes savantes » chez Lionel Naccache

Un Professeur de neurologie, fine fleur de la recherche en sciences de l'esprit en France,. Lionel Naccache, nous habitue à emprunter très souvent des chemins hors normes. Il assiste en octobre 2016 au théâtre de la Porte-Saint-Martin, à Paris, à une représentation des « Femmes savantes ».

L'expérience de cette comédie, magistralement créée par Molière, aura eu un tel effet que le Professeur Naccache décida d'en extraire une sorte d'archéologie conceptuelle hypothétique, neuro-scientifiquement éclairée. Dans son nouveau livte,  à notre connaissance, il est le premier qui légitime ouvertement la sphère subjective humaine comme pouvant faire objet d'investigation scientifique.

Nous avons connu cet auteur depuis son ouvrage, déjà hors norme, sur « Le Nouvel Inconscient. Freud, le Christophe Colomb des neurosciences », 2006. Dans son parcours, nous avons toujours regretté de le voir minimiser l'apport du psychanalyste Carl Gustav Jung.

Du fait de « l'effet » qu'aura provoqué cette pièce de Molière sur le cerveau de ce chercheur, nous proposerions le concept phénoménologique d' « effet numineux » pour tenter d'élucider les conséquences de ce qui émane potentiellement de la pièce ''Les femme savantes'' au point d'élargir la cognition de Lionel Naccache et de nous en faire profiter. Il dit du « malaise contemporain » qui nous toucherait, « empli de symptômes qui renvoient à la connaissance, tantôt à la sexualité, mais qui n'auraient jamais été analysés comme relevant d'un même trouble situé à l'intersection de ces deux domaines ». Ce livre s'emploierait à déchiffrer ce malaise « en postulant l'existence d'une névrose pétrie de connaissance et de sexualité ». Ce « complexe des femmes savantes » apparaît, dit Naccache, « comme l'une des signatures de notre modernité ».

Jung a théorisé l'effet « numineux » . Cet effet vous oblige à réenvisager les perceptions extérieures comme capables de vous transformeer instantanément de l'intérieur. Et cela d'autant plus que vous avez une connaissance approfondie du fonctionnement du cerveau et que vous auriez minimisé l'importance de la sphère subjective. La perception d'un complexe d'infériorité compensée par un complexe opposé de supériorité apparaîtrait instantanément chez le spectateur de la pièce suivant un mécanisme intrinsèque au vivant ou « énactif » ( émergent) mis en évidence par le neurobiologiste Francisco Varela (1). Il en résulterait une impression de « prise de conscience » immédiate et intuitive apparaissant comme une évidence engendrant une plus grande cohérence dans votre sentiment de vous-même et dans vos acquisitions (même scientifiques).

En 1937 Jung évoque ce concept pour évoquer un dynamisme de la psyché, dans « Psychologie et religion », page 114, (1958). Le “numinusum” serait une expérience du sujet indépendante de sa volonté...

Les apports non publiés de la psychanalyste Anne Altman offrent une piste de travail : « Considéré du point de vue subjectif, au niveau de l'expérience qu'un individu peut en faire, se ressent comme un champ idéo-affectif doté de "numinosité". Ce terme de numinosité qualifie ainsi cette expérience de saisissement, de fascination ou d'effroi devant "le mystère disproportionné du sacré ». Cette psychanalyste se réfère effectivement à Jung. L'expérience de l'archétype de la femme (ou de l'homme) se projetant comme « savant », pour compenser un complexe d'infériorité, serait dotée d'une charge "numineuse" qui se manifeste dans les comportements individuels et dans des situations typiques que sont les situations sexuelles, sociales, économiques, éthiques, au point d'y inclure (universellement ?), selon Naccache, le genre masculin. Une des caractéristiques de la psychologie de l'égo, dénoncée par la philosophie bouddhique.

1) Francisco Varela, Evan Thomson, Eleanor Rosh, L'inscription corporelle de l'esprit, Seuil, 1993.

Frédéric Paulus – CEVOI Paris La Réunion, le 1/09/2019.


 

 

31/08/2019
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