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Le sous-marin Losharik ou une catastrophe évitée de peu

La mer de Barents est une mer s'étendant entre la mer du Groenland, la mer de Norvège et la mer de Kara. Cette dernière est bordée au sud par la côte russe. La mer de Barents est donc régulièrement utilisée par la marine russe, y compris par des sous-marins qui y multiplient les manoeuvres, bien au delà de la zone côtière exclusive.

Le site d'information en ligne Barentz Observer y publie des articles de journalistes se voulant transfrontières, indépendants et au service du dialogue international. Ces articles intéressent la Scandinavie, la Russie et les Terres Arctiques circumpolaires. Il est financé grâce aux contributions de ces journalistes et ne dépend donc pas en principe de ressources fournies par les Etats voisins. Son siège est à Kirkenes, une ville de l'arctique norvégien proche de la Finlande et de la Russie. Il est donc légitime de penser que le journal est indépendant tant de la Russie que de l'Otan proche.

Le Barentz Observer a publié un article très bien renseigné, peu après l'accident ayant frappé le 1er juillet 2019 le sous-marin nucléaire russe Losharik et ayant provoqué la mort de 14 marins. On s'y rapportera. Retenons ici qu'il s'agissait d'un petit-sous-marin doté d'un seul réacteur et pouvant être transporté sur de longue distance par le sous-marin Podmoskvye de la classe Delta, et plus précisément de la classe Delta-IV. Ceux-ci sont des sous-marins nucléaires lanceurs d'engin de la force stratégique russe qui patrouillent dans toutes les eaux européennes et américaines. Le Losharik peut descendre jusqu'à 6.000 mètres et ne transporte pas en principe d'armes. Il est destiné à poser sur le fond sous-marin et y entretenir de équipements à but militaire ou scientifiques intéressant la marine russe. 

Selon un article de l'Agence russe Tass (article en langue russe) l'Etat-Major des forces armées russes a déclaré que le sous-marin procédait à des recherches scientifiques biométriques sur le fond de la mer Arctique. Mais il n'a pas été possible d'en savoir plus. On peut penser qu'en fait il posait de petites installations à but militaire, tel que la production de bruits susceptibles de gêner la détection sonore de sous-marins non autorisés, par exemple américains.

En fait, d'après un article du Russian Insider, auquel nous nous référons souvent car il donne de nombreuses informations non-officielles concernant la Russie, qu'il faut évidemment prendre avec prudence, le Losharik était porteur d'une bombe nucléaire au cobalt dite aussi bombe salée Ces bombes ne sont pas de simples bombes nucléaire. Elle sont entourées d'une enveloppe de cobalt. Celui-ci, à la suite de l'explosion du cœur, se répand en milliers d'éclats radioactifs qui peuvent se retrouver en haute atmosphère et retomber dans une partie de l'hémisphère nord. Leurs effets sur les populations comme sur la bio-diversité seraient catastrophiques.

Si cette hypothèse était exacte, on comprendrait mieux les honneurs officiels décernés aux 14 hommes morts. Il s'agirait d'ailleurs d'officiers de marine. Ils ont accepté de sacrifier leur vie en demeurant malgré les fumées qui les asphyxiaient dans les salles des machines et la passerelle de pilotage du Losharik afin de permettre qu'il remonte en sécurité à la surface avec son dangereux chargement, c'est-à-dire la bombe au cobalt dont il était porteur.

Les questions ne manqueront pas cependant à propos de cet accident qui aurait pu être dramatique. On se demandera en particulier pourquoi la marine russe développe aujourd'hui une nouvelle version de bombe salée  qu'apparemment elle a besoin de tester ? Contre quel adversaire pourrait-elle utilisée, au risque de provoquer une catastrophe nucléaire qui mettrait en danger non seulement l'adversaire éventuel mais le territoire russe lui-même ? Une telle bombe pourrait-elle être utilisée non seulement à partir d'un sous-marin du type Losharic mais à partir d'un avion gros porteur ? De quelle parade ou riposte pourrait disposer l'US Navy, très vraisemblablement visée pour répondre à une telle attaque sans conséquences dramatique sur la mer de Barents et l'Atlantique nord lui-même, avec les nombreux Etats qui la bordent ? 

D'une façon plus pessimiste, on conclura qu'une course à des armements de plus en plus sophistiqués mais aussi de plus en plus destructeurs se poursuit, impliquant notamment les Etats-Unis, la Russie mais sans doute aussi la Chine. De plus, une fois mises au point et en phase d'essais, un incident affectant ces armes, apparemment imprévisible et aux conséquences qui devraient être modestes, pourrait à tout moment se produire d'une façon inattendue et susceptible d'entraîner une guerre nucléaire mondiale.

 

11/07/2019
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