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L'Iran doit-elle craindre une offensive militaire américaine ?

Donald Trump avait dans les premiers mois de sa campagne pour la Maison Blanche, présenté l'Iran comme un des principaux dangers pour les Etats-Unis, avec d'ailleurs la Russie et la Chine. Par la suite, il semblait avoir oublié ses menaces militaires. Cependant pour lui aujourd'hui, l'Iran reste un danger qu'il faut se préparer à combattre.

Ainsi le 8 mai 2018, il s'est retiré de l'accord international de 2015 (JCPOA (Joint Comprehensive Plan of Action) censé empêcher l'Iran de fabriquer une bombe nucléaire. Depuis, il n'a eu de cesse de renforcer ses sanctions économiques contre le régime iranien, visant notamment l'essentiel de ses ressources, l'exportation de pétrole et de gaz naturel. Le 2 mai 2019, les dérogations qui permettaient encore à huit pays (Chine, Inde, Turquie, Japon, Corée du Sud, Taïwan, Italie, Grèce) d'importer du brut iranien sans contrevenir à la loi extraterritoriale américaine sont levées. Concrètement, si ces pays continuent d'acheter du pétrole à l'Iran, ils s'exposeront à des « sanctions » américaines. L'intention de Washington est claire : réduire à zéro les exportations de pétrole de Téhéran pour tarir sa source principale de financement.

Mais la politique de sanctions vis-à-vis de l'iran n'est pas nouvelle. Elle cible toutes les entreprises, notamment européennes, investissant ou commerçant avec l'Iran. La plupart de celles-ci ont commencé à y renoncer, notamment en France, motivées par la crainte d'être exclues du marché américain bien plus important que celui de l'Iran. Toutes ces mesures américaines ont eu un effet sensible sur l'économie iranienne et le niveau de vie. Néanmoins elles n'entament pas la détermination de Téhéran à résister. De plus, elles encouragent les mouvements iraniens radicaux anti-occidentaux qui ne capituleront jamais.

L'Abraham Lincoln

Aujourd'hui cependant la menace d'une intervention militaire américaine de plus ou moins grande ampleur reparaît. Un communiqué de la Maison Blanche a annoncé le 5 mai l'arrivée dans le golfe persique du porte-avions Abraham Lincoln, de son groupe et d'une force de bombardiers. Le conseiller à la sécurité nationale John Bolton y a évoqué  une "réponse à des indications et à des avertissements inquiétants qui ont engendré une escalade", avant d'adresser "un message clair et sans équivoque au régime iranien: nous répondrons de manière implacable à toute attaque contre les intérêts des Etats-Unis ou de nos alliés".

Ce concept est vague. Il suffirait qu'en Syrie, les Gardiens de la Révolution iraniens opérant de concert avec la Syrie et le Hezbollah pour en éliminer ce qui reste d'Etat Islamique s'en prennent par erreur aux nombreux militaires américains y opérant encore sous de fausses étiquettes pour que ceci soit considéré comme « une escalade militaire »  iranienne. Rappelons que les Gardiens de la Révolution avaient été précédemment inscrits sur la liste américaine des organisations terroristes. Le ministre américain de la Défense par intérim Patrick Shanahan est allé un peu plus loin en parlant, visant la prochaine arrivée du porte-avions, d'un "redéploiement prudent" en "réponse à des indications d'une menace crédible de la part des forces du régime iranien".

Il est clair que la démarche américaine vise à renforcer la campagne de pression militaire sur la République islamique, alors que l'administration Trump peine à rassembler la vaste coalition internationale qu'elle tente de monter contre Téhéran. Mais Washington ira-t-il jusqu'à faire directement bombarder des sites militaires ou industriels stratégiques en Iran.

En fait, beaucoup, dont nous mêmes ici,  considérons que les menaces militaires resteront de simples gesticulations, selon l'expression courante. Donald Trump est suffisamment responsable, peut-on espérer, pour ne pas  déclencher une guerre ouverte contre Téhéran car il sait parfaitement que ceci entraînerait une intervention immédiate de la Russie. Celle-ci depuis deux ans a repris pied au Moyen-Orient, y compris par ses deux bases militaires de Tartous et de Hmeinim. Sa politique diplomatique et économique d'expansion dans l'ensemble de la région serait mise en danger si elle laissait les Etats-Unis attaquer l'Iran, qui constitue un des pivots de cette politique. Elle s'estimerait en droit de réagir militairement, malgré le risque de guerre mondiale pouvant en résulter.

Le Pentagone, on peut le supposer, a fini par comprendre que quelques uns des nouveaux missiles hypersoniques russes, même dotés de têtes classiques, pourraient rendre inopérant le fier USS Abraham Lincoln

Note au 08/05

Comme prévisible, le président Iranien Rouhani vient de déclarer qu'il suspendra certains de ses engagements dans le JCPOA. Voir en français:
https://www.ouest-france.fr/monde/iran/l-iran-suspend-certains-de-ses-engagements-de-l-accord-sur-le-nucleaire-6341118

07/05/2019
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