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Rapprochement possible entre Otan et Russie

Le nouveau secrétaire général de l'Otan, le danois Rasmussen, semble prendre acte, après l'annonce par Obama de l'abandon du BMDE, du nouvel espace de manoeuvre qui s'ouvre pour les pays européens membres de l'Otan par ce qu'il faut bien appeler un recul, recul bien venu mais recul quand même, de l'Amérique.

Cet espace de manoeuvre est d'autant plus grand que Obama, comme nous l'avions fait observer dans un article précédent, s'était  montré incapable  d'exploiter l'avantage que lui donnait aux yeux des Russes l'abandon du BMDE pour leur proposer une véritable coopération intéressant la sécurité de l'ensemble de la zone Moyen Orient- Afpak. Mais cette coopération, pour les Etats-Unis, encore engagés jusqu'au cou dans la guerre en Afghanistan, ne pourrait se concevoir qu'en ralliant la Russie à cette guerre, ce qui serait  inacceptable pour cette dernière.

Aujourd'hui, l'Otan se retrouve avec une Amérique diminuée, un engagement en Afghanistan dont les Européens veulent de moins en moins (cf. les incertitudes de Berlusconi après la mort récente des soldats italiens) et une Russie qui sans faire les yeux doux, pourrait être intéressée par une coopération, non seulement avec l'Allemagne mais avec sans doute la France, l'Italie et les pays nordiques. Rasmussen, que ce soit dans le cadre d'un jeu personnel après tout bien compréhensible, ou sur le conseil de ses interlocuteurs à l'Otan, a donc fait une proposition de coopération avec la Russie lors d'une réunion tenue le 17 septembre à Bruxelles, au Carnegie.

Il a proposé que l'Otan et la Russie réalisent ensemble une évaluation des grands risques mondiaux les concernant (Nato's and Russia's common threats and challenges) à partir de laquelle une coopération pratique pourrit être envisagée. Le représentant de la Russie à l'Otan, le pétulant et parfois insaisissable, mais néanmoins bien en cour (semble-t-il) Dimitri Rogozine (photo) assistait à cette réunion et aurait « opiné  du chef » à la proposition. Les Etats-Unis pourraient laisser faire, l'Allemagne encouragerait la démarche mais la Grande Bretagne et le Canada la verraient avec réserve, sans mentionner les PECO. Nous n'avons pas d'information sur la réaction éventuelle de la France.  

Comme nous l'avions déjà fait remarquer, il serait dommage que  Rasmussen explore seul ces possibilités de relations nouvelles avec la Russie, dont les conséquences, en cas de succès, pourraient être considérables. On attendrait des grands pays européens continentaux qu'ils prennent officiellement l'affaire en mains. Mais sans doute, Nicolas Sarkozy en tête, ont-ils d'autres soucis avec leurs petites affaires personnelles.

Une mobilisation européenne serait d'autant plus nécessaire qu'aujourd'hui, en Russie, les rapports entre les « durs » (Vladimir Poutine et les « siloviki » civils et militaires) et les « libéraux » (Dmitri Medvedev et Gazprom) deviennent quelque peu problématiques. L'Europe aurait vraiment là une carte à jouer. Un excellent article de la Revue Politique Internationale développe longuement la situation entre les deux clans. Nous y renvoyons le lecteur : http://www.politiqueinternationale.com/revue/article.php?id_revue=124&id=820&content=synopsis

Que les auteurs de cet article nous permettent de citer leur conclusion qui nous parait frappée du sceau de l'évidence :

« Résumons-nous : l'arrivée de Dmitri Medvedev annonce une vraie évolution de la politique russe. L'ascension du clan des « libéraux » que le nouveau président représente ne signifie pas seulement un changement de génération. C'est aussi un changement d'orientation : le néo-impérialisme « soft » défendu par les « libéraux » semble l'emporter face au néo-impérialisme « hard » qu'incarnent les « siloviki ». Les « libéraux » veulent transformer la Russie en une sorte de « super-multinationale » censée rivaliser avec des « multinationales » occidentales concurrentes. De leur côté, les conservateurs aspirent à transformer Gazprom en bras armé de l'État. Pour reprendre la question posée par un journaliste français à Vladimir Poutine : est-ce que la Russie a toujours besoin de missiles balistiques si elle dispose de gazoducs ?

Que doit faire l'Union européenne face à une telle situation ? Ni capituler comme le font certains de ses pays membres, au premier rang desquels l'Allemagne, en optant pour une politique de concessions discrètes ; ni se lancer dans un conflit perdu d'avance comme le font la Pologne et les pays baltes, hantés par un anti-russisme atavique. Il faudrait plutôt se fixer des objectifs réalisables. La Russie souhaite adhérer à l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Pour cela, le soutien de l'UE lui serait d'un grand secours. Pourquoi ne pas faire dépendre un tel soutien du démantèlement du consortium gazier russe et de l'accès des compagnies occidentales à la production de gaz en Sibérie ? En effet, si on le laisse faire, le monstre gazier engloutira littéralement son marché principal - l'Europe occidentale. Le temps est désormais compté. Bruxelles doit agir vite."..


Démanteler Gazprom serait sans doute difficile, même pour des Européens regroupés. Néanmoins, il y a manifestement quelque chose à faire en ce moment. Mais nous allons conclure cet article comme beaucoup d'autres : en déplorant que l'Europe en tant qu'Union soit une nouvelle fois aux abonnés absents.

20/09/2009
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