Europe Solidaire
CultureEconomieEducationEnvironnementInstitutionsInternationalSciencesSécurité/DéfenseSocialTechnologiesValeurs
Aggrandir Réduire Reinitialiser
Les mots clés

Libye, plus que jamais foyer d'impuissances et de conflits.

Il est trop tôt pour nous d'essayer de tirer quelques conclusions de la nouvelle « crise »  qui affecte ce pays à la suite de l'offensive lancée par le « maréchal » (excusez du peu) Haftar, chef de l'Armée Nationale Libyenne représentant l'est-libyen afin de «purger l'ouest» de la Libye dont la capitale Tripoli, d'éléments séditieux, terroristes et mercenaires, dont le principal tort est de s'opposer à son pouvoir.

Le chef du Gouvernement d'Union Nationale, (curieuse Union) Fayez al-Sarraj, a en retour dénoncé une «escalade».

Faut-il rappeler qu'une offensive avait été lancée en 2011 par les gouvernements occidentaux, parmi lesquels la France de l'époque, sous l'autorité de Nicolas Sarkozy, avait joué un rôle important, en arrière plan des intérêts américains voulant mettre la main sur les réserves pétrolières du pays.. Mouammar Kadhafi, président de la Jamahiriya arabe libyenne  nom officiel du régime libyen, présenté comme un dictateur et un tyran avait est tué le le 20 octobre 2011 par l'armée française dans des conditions indignes, alors que quelques mois auparavant, il était reçu avec les plus grands honneurs à l'Elysée. La « libération »de la Libye a été est proclamée trois jours plus tard.

Cette brillante opération avait abouti à une prolifération des bandes armées en Libye, parmi les quelles se sont mêlés de nombreux islamistes. Deux clans sont apparus,opposant les populations libyennes de l'ouest et celles de l'est, ethniquement différentes. Un gouvernement d'union, crée sous l'impulsion de l'ONU, avait officiellement été nommé à la tête du pays. Mais faute de moyens militaires à sa disposition, il s'est borné à représenter le pays dans les ambassades et les instances internationale.

Depuis 2011, la Libye est tombée dans la misère. Le niveau de vie de la classe moyenne a baissé considérablement, les systèmes d'enseignement et santé sont durablement atteints, le pays est profondément divisé, l'insécurité y est permanente,. Les richesses du pays sont dilapidées, les milices armées y font régner leur pouvoir et la corruption atteint un niveau record. La menace terroriste de Daech y est quotidienne .

Une Mission des Nations unies en Libye (dite MANUL ou Unsmil) s'est transformée imperceptiblement en tutelle sur la Libye, sans bases juridiques claires. Mais il s'est agi d'un tutelle impuissante, incapable de remettre en place une démocratie à l'occidentale, ou même à l'image des régimes tunisien et marocain. Les deux tentatives électorales de 2012 et 2014 ont accru les dissensions, aggravé les fractures et contribué à un désenchantement à l'égard de la démocratie. Chaque jour qui passe montre l'aggravation de la crise et le désarroi du plus grand nombre.

Plusieurs facteurs empêchent une sortie de crise. Ce serait trop long de les préciser ici. Il s'agit des divisions de ce que l'on nomme la communauté internationale, les Etats-Unis, la France, l'Italie, la Russie. Concernant l'Italie et la France, une priorité actuelle est de faire empêcher les migrations africaines massives qui passent par la mer à travers la Méditerranée, migrations au sein desquelles se trouvent de plus en plus de djihadistes islamiques repoussés du Moyen-Orient. Daesh ou ce qui la représente n'a d'ailleurs pas caché que l'organisation voulait faire de la Libye une nouvelle base arrière.

Viennent ensuite les conflit inter-libyens. Après la «libération de la Libye» proclamée le 23 octobre 2011, trois jours après la mort de Kadhafi. Mais tout de suite les oppositions internes sont apparues, paralysant le fonctionnement de la première assemblée élue en juillet 2012, puis conduisant à la situation de double pouvoir que la Libye connaît depuis 2014.

Depuis 2011 enfin, l'action des Nations unies en Libye a été marquée par une grande incohérence et d'erreurs. En sept ans, six représentants se sont succédés sans résultats sérieux. L'actuel représentant Ghassan Salamé ne fait pas exception.  Le Plan Salamé de septembre 2017, soutenu par le Conseil de sécurité des Nations unies, est confus, à la fois sur les priorités et les objectifs à atteindre – une confusion entretenue par les déclarations imprécises ou contradictoires du chef de la mission de l'ONU en Libye. Les modifications apportées à ce plan en novembre 2018 n'apportent rien de nouveau. Un référendum constitutionnel et les élections prévues initialement en décembre 2018, n'auront finalement pas lieu, les conditions requises n'étant pas remplies. En lieu et place, Salamé et l'ONU proposent d'organiser, en janvier 2019, un Congrès national, suivi en mars par des élections. Ce congrès, conçu par l'ONG Centre pour le dialogue humanitaire (CDH) (auquel Salamé avait été associé avant de diriger l'Unsmil) risque de susciter des faux espoirs et créer de nouveaux problèmes, avec le risque d'aggraver le conflit entre l'ouest et l'est de la Libye, entre Tripoli et Benghazi, voire avec le Sud.

Inutile de préciser que les conflits entre factions et puissances étrangères en Libye visent en arrière plan à mettre la main sur les réserves pétrolières considérables du pays, actuellement sous exploitées du fait de l'instabilité.

Note au 06/04
L'Armée nationale libyenne affirme avoir au 05/04 pris le contrôle d'une partie de Tripoli
https://fr.sputniknews.com/international/201904051040616188-armee-nationale-libyenne-tripoli/

Note au 07/04
 Rappelons que le terrorisme islamique demeure en Libye. Si la branche libyenne de l'Etat islamique a perdu en 2016 la ville de Syrte, alors sa prétendue capitale, elle n'a pas pour autant disparu. Elle continue en effet de sévir sur le territoire libyen et n'hésite pas à frapper la capitale au cœur. Le 26 décembre dernier, elle a visé le ministère des Affaires étrangères à Tripoli, provoquant la mort de trois personnes. Elle a en outre revendiqué plusieurs attentats contre les forces pro-Haftar ainsi que l'attaque survenue en mai 2018 contre la Haute commission électorale à Tripoli (HNEC).

Profitant de la porosité des frontières méridionales du pays, al-Qaïda est également toujours présent dans le pays. Le 19 janvier, l'ANL a affirmé avoir éliminé un de ses chefs, Abu Talha al-Liby ainsi que deux terroristes, le Libyen el-Mehdi Dengo et l'Egyptien Abdallah Desouki.

Note au 09/04
Sur le Maréchal Haftar, il faut lire un article très informé de Alexis Feertchak publié par Le Figaro. 
http://www.lefigaro.fr/international/libye-cinq-choses-a-savoir-sur-le-marechal-haftar-20190409

On trouve sur le site du Figaro d'autres articles du même auteur, tous éclairants

05/04/2019
Vos réactions
Dernières réactions
Actuellement, pas de réaction sur cet article!
Votre réaction
Vérification anti-spam
Nom/pseudo*


Email*


Titre*


Commentaire*


* champs obligatoires
Europe Solidaire