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Un iceberg dans mon whisky. Quand la technologie dérape

Le dernier ouvrage de Nicolas Chevassus-au-Louis plaira certainement à un large public, puisqu'il part en guerre contre des illusions entretenues complaisamment par la science et la technologie, dont il montre la fausseté. Mais ce faisant il cède à à la facilité, exigence d'édition obligeant.

Nicolas Chevassus-au-Louis est biologiste, historien et journaliste scientifique. Il ne faut pas le confondre avec Bernard Chevassus-au-Louis, biologiste et chercheur en sciences de l'écologie.

Le dernier ouvrage de Nicolas plaira certainement à un large public, puisqu'il part en guerre contre des illusions entretenues complaisamment par la science et la technologie, dont il montre la fausseté. Le livre raconte l'histoire de onze "bulles technologiques". Il nomme ainsi des projets de grands programmes qui avaient été présentés dans les dernières décennies comme susceptibles de résoudre les difficultés de l'homme dans son environnement. On avait ainsi voulu utiliser la bombe thermonucléaire pour réparer les « erreurs » de la géologie, utiliser le pétrole pour produire des protéines alimentaires, exploiter les nodules polymétalliques océaniques...

Nous ne pouvons que suivre l'auteur dans sa condamnation de l'ivresse technologique qui avait saisi les ingénieurs et les scientifiques associés à de tels projets, ainsi que l'incompétence dangereuse des politiques qui un moment avaient voulu les mettre en œuvre. Nous pensons par contre que l'auteur se laisse aller à une facilité décevante en ne cherchant pas à mieux comprendre le logique de l'émergence et du succès de tels projets. Ce serait d'autant plus nécessaire que d'autres projets de même magnitude sont périodiquement présentés non seulement dans la presse scientifique mais dans les grands médias. On peut penser à l'utilisation de « pousseurs » spatiaux pour dévier des astéroïdes (géocroiseurs) en route de collision avec la Terre, ou à toutes les méthodes de la géo-ingénierie visant à protéger cette dernière des rayons solaires tout en récupérant leur énergie. La volonté de lutter contre les effets du réchauffement climatique, de la surpopulation, de la destruction des écosystèmes, qui est fort noble en soi, génère en effet constamment beaucoup d'initiatives bonnes ou mauvaises qui suscitent inévitablement la controverse dans les régimes démocratiques.

Faut-il pourtant voir en ces initiatives des dérives dangereuses de ce que des écologistes quelque peu arriérés dans leur tête nomment la technoscience (au singulier, svp) ? Le procès fait à celle-ci n'est pas nouveau. Constamment, et non sans raison, on reproche à nos sociétés de n'investir dans les technosciences que pour mettre au point de nouvelles armes ou favoriser de grandes entreprises exploitant des créneaux technologiques de façon monopolistique et au mépris de l'intérêt général. Mais d'une part, une partie des recherches correspondantes bénéficie à la société en général et d'autre part, il n'apparaît en dehors des perspectives de puissance entretenues par des intérêts et groupes dominants. aucun processus alternatif permettant non seulement d'investir dans des recherches fondamentales et appliquées censées être utiles, mais même de choisir entre les multiples opportunités ouvertes par le progrès des connaissances.

Plus généralement, même si par un grand changement socio-économique, apparaissaient dans les compétitions géopolitiques actuelles des institutions capables de décider avec rationalité dans quel sens orienter les recherches et financer des investissements technologiques, il parait évident que ces institutions s'enfermeraient dans la stérilité si elles ne faisaient pas appel aux mythes, aux rêves et aux croyances. Ce n'est pas la déduction rationnelle mais l'imagination et les affects débridés qui ont toujours constitué le ressort profond de l'avancement des sciences. On lira à cet égard l'article du chercheur en intelligence artificielle Edward Boyden que nous présentons sur un autre site. Pour lui, sans une imagination que nous dirions pour notre part proche de l'hallucination, les cerveaux des scientifiques et des politiques ralliés à leurs discours, au lieu de s'engager dans des processus itératifs d'enrichissement et de marche vers la Singularité, s'enfermeraient dans des itérations régressives les ramenant à un Point Zéro.
(voir http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2009/99/actualite.htm#actu03).

Que Nicolas Chevassus-au-Louis se fasse plaisir en dénonçant les errements de certains projets technologiques volontaristes n'ayant pas abouti est son affaire. Mais il faut bien voir que ce faisant, il tend à décourager toutes les « visions » un peu prometteuses, qu'elles proviennent d'individus isolés ou de petits groupes. Il tourne le dos par ailleurs à la compréhension de ce que nous appelons par ailleurs des systèmes anthropotechniques. Il ferait mieux de rappeler la logique de la démarche scientifique, qui devrait aussi être celle des gouvernements : on doit formuler librement des hypothèses, sur le mode de ce que Feyerabend nommait l'anarchisme méthodologique, puis les soumettre à l'expérience (autrement dit à la compétition darwinienne) pour ne retenir finalement que celles permettant une meilleure adaptation aux contraintes d'un univers en changement permanent. C'est bien ainsi d'ailleurs que la vie a procédé, ceci très en amont de l'apparition de l'homme.
12/09/2009
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