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La Turquie, atout stratégique pour une Europe puissance

Nous ne pourrions que recommander l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne, à condition que celle-ci devienne une véritable puissance indépendante et solidaire. Si l'Europe demeurait par contre l'ectoplasme informe qu'elle est encore, l'adhésion turque ne sera qu'une porte ouverte de plus dans un édifice en proie à tous les courants d'air extérieurs.

Il est très difficile de se faire une opinion sur l'intérêt que présentera l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne. La question de l'entrée elle-même ne devrait pas se poser, puisqu'elle a déjà fait l'objet d'accord avec la Turquie et que les procédures préparatoires à l'adhésion sont en cours.  Il reste qu'en politique, rien n'est irrévocable et que si les opinions publiques sont hostiles, rien ne se fera. Concernant la Turquie, il est difficile de savoir exactement ce que pensent la majorité des citoyens, d'autant plus que le gouvernement d'Ankara commence à faire connaître son agacement devant ce qui est ressenti comme un refus voilé humiliant. En Europe, il est certain que les réticences à voir un grand pays musulman entrer en Europe sont de plus en plus vives, alors que les gouvernements et administrations luttent déjà pour empêcher l'intensification du communautarisme d'inspiration islamique dans les banlieues dites défavorisées. De plus, le retard économique de la Turquie orientale fait peser la menace d'une immigration considérable de Turcs en recherche de travail dans des économies ayant déjà du mal à intégrer les travailleurs provenant des  Etats de l'Est de l'Europe.

On pourrait donc penser que de moins en moins d'hommes politiques ou d'intellectuels européens ne se sentent portés à militer pour l'intégration de la Turquie, contrairement à ce qui s'était produit  les années précédentes. Pourtant, un appel vient d'être lancé le 7 septembre par un groupe de personnalités politiques européennes, dont le prix Nobel de la paix 2008 et ancien président finlandais Martti Ahtissaari, l'ancien premier ministre français Michel Rocard, et l'ancienne commissaire européenne Emma Bonino. Selon les termes de cet appel, si l'Europe aspire à jouer un rôle de puissance, elle doit cesser de  gâcher les opportunités que lui offre la candidature de la Turquie. Celles-ci sont multiples : un relais d'influence auprès du monde musulman, une capacité renforcée de projection en politique étrangère vers des régions diverses comme le Moyen-Orient, le Caucase, l'Asie centrale, toutes  zones où se jouent des enjeux stratégiques, notamment pour les approvisionnements en énergie, un dynamisme économique et commercial non négligeable, tout au moins dans la partie occidentale du pays.

De plus, la Turquie s'est alignée en 2008 sur 109 des 124 déclarations communes de l'Union. Alliée importante, elle participe aux grandes missions européennes en Bosnie, au Kosovo et ses troupes sont présentes en Afghanistan. Sa politique régionale est décrite dans le rapport comme un atout de taille pour l'Europe si celle-ci veut réaliser ses ambitions extérieures. Ajoutons qu'elle a su se débarrasser ces derniers mois d'une allégeance  que certains Européens jugeaient excessive à l'égard de Washington. En contrepartie, elle s'est rapprochée de la Russie, un peu sur le modèle de l'Allemagne.

L'Europe a décidé, en décembre 2004, de lancer des négociations d'adhésion avec la Turquie. Un pays dont le rang de "candidat" à l'intégration avait été formellement reconnu en 1999 et qui postule au club depuis 1963. Or il faut bien constater l'actuel blocage de la moitié des chapitres de négociation. La Turquie en ayant conclu qu'elle ne serait jamais la bienvenue dans l'Union européenne, même si elle devait remplir un jour tous les critères d'adhésion, a ralenti le processus de réformes entreprises  à une période plus propice (2000-2005) où la perspective d'adhésion agissait comme un puissant moteur de transformation interne. Un cercle vicieux s'est engagé, la lenteur des réformes ayant  nourri en retour l'opposition de certains Européens à l'intégration turque.

Pour en sortir, les auteurs de l'appel demandent aux Institutions européennes de revenir à leurs engagements et à leurs  textes. Il faut réaffirmer ce qui avait été approuvé par tous les gouvernements en 2005 : "L'objectif commun des négociations est l'adhésion". Ce qui on le sait, ne préjuge en rien de leur aboutissement.

Malheureusement, les dirigeants de plusieurs Etats tiennent des discours très décourageants à l'égard de l'adhésion turque, faisant montre de ce que le rapport qualifie de populisme. Personne n'est nommé, mais il s'agit bien évidemment en premier lieu de Nicolas Sarkozy et de Angela Merkel. En France, la nomination de Pierre Lellouche au  poste de secrétaire d'Etat en charge des Affaires européennes n'a rien arrangé. Il affirme en permanence que la Turquie n'a pas sa place en Europe. Seule la formule creuse de partenaire privilégiée – ce qu'elle est déjà – devrait lui être proposée.  Il s'agit, dit le rapport, d' « une excuse populiste,  une formule vague dont personne n'a réussi à expliquer le contenu ».  

Pour notre part, nous ne pourrions que recommander l'adhésion de la Turquie à l'Union, à condition que celle-ci devienne une véritable puissance indépendante et solidaire. Dans ce cas, les forces d'homogénéisation joueraient au profit tant des pays européens actuels que de la Turquie. Si l'Europe demeurait par contre l'ectoplasme informe qu'elle est encore, l'adhésion turque ne sera qu'une porte ouverte de plus dans un édifice en proie à tous les courants d'air extérieurs.   C'est pourquoi nous pensons que les défenseurs de cette Europe puissance qui nous parait indispensable  devraient dès maintenant intégrer dans leurs argumentaires et leurs projets le rôle d'adjuvant que pourrait jouer une Turquie devenant sincèrement européenne.

10/09/2009
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