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Braves Atlantistes européens, réjouissez vous

Vous aurez pire que Bush
Il est singulièrement étrange, - ou bien singulièrement logique, si l'on accepte l'idée d'une mécanique interne suicidaire du système - de voir se profiler la possibilité d'une présidence McCain encore plus extrême que la présidence extrême de Bush, dénoncée pourtant de tous côtés et de toutes les façons. Les Européens si férus d'atlantisme ont-ils prévu cela?

Le 25 mars, dans le Financial Times, Anatol Lieven commençait un article sur John McCain par cette remarque: «It may seem incredible to say this, given past experience, but a few years from now Europe and the world could be looking back at the Bush administration with nostalgia. This possibility will arise if the US elects Senator John McCain as president in November.»

McCain, comme le décrit Lieven, est l'homme des “cent ans” de guerre en Irak, d'une attitude très agressive contre l'Iran (“Bomb, bomb, bomb Iran”), mais aussi, en supplément, d'une attitude très agressive contre la Chine et surtout contre la Russie. Pour l'Europe, comme l'observe Lieven, une présidence McCain serait une catastrophe, conduisant l'OTAN à une confrontation ouverte avec la Russie par le biais des projets en cours (élargissement de l'organisation à l'Ukraine et à la Géorgie, réseaux anti-missiles, sécurité énergétique, déstabilisation de certaines régions limitrophes de Russie). Ces actions seraient poussées au maximum malgré les avis des Européens. Avec un McCain, le sommet de Bucarest ne se serait pas terminé comme il s'est terminé; les Européens auraient du céder sur l'Ukraine-Géorgie ou bien il se serait produit une rupture au sommet. Il est vrai que cette rupture entre Europe et les USA, selon nous, aurait été la bienvenue, paraissant de plus en plus la seule issue pour échapper à l'entraînement de la politique pathologique américaine.


Ainsi  McCain serait désormais une bien réelle possibilité pour la prochaine présidence, actant ainsi un formidable échec de plus de la part d'un système qui ne parvient plus à une représentation acceptable de ses propres tendances internes. Celles-ci sont pourtant claires. Il va de soi, au moins depuis 2006 (Iraq Study Group de Baker et élections de novembre) que le système considère dans sa majorité que la guerre en Irak est une catastrophe. Il va de soi qu'il considère que tout doit être tenté pour essayer d'en extirper les USA. Il va de soi qu'une majorité existe également pour considérer que la politique d'interventionnisme belliciste systématique de l'administration GW Bush doit être modérée, au moins jusqu'à ce que les capacités militaires américaines aient été restaurées à un niveau acceptable, si cela était possible. Or on semble parvenir à une situation électorale où le contraire pourrait  s'affirmer, où le favori serait de plus en plus le candidat de la tendance inverse, minoritaire, défendue par simple fidélité obligée de type féodal à l'égard d'une administration noyautée par les tendances néo-conservatrices. 

Il est singulièrement étrange, – ou bien singulièrement logique, si l'on accepte l'idée d'une mécanique interne suicidaire du système – de voir se profiler la possibilité d'une présidence encore plus extrême que la présidence extrême de Bush, dénoncée pourtant de tous côtés et de toutes les façons, avec un président sans doute plus neocon que ne l'a été Bush lui-même. Une présidence McCain mettrait les Européens à rude épreuve, entre leur fidélité-servilité à Washington, les tendances de leurs élites intellectuelles dites (selon le terme US) “liberal hawks”, et la perspective d'engagements absolument catastrophiques sous l'égide d'une puissance américaine incapable de se concrétiser en une stratégie acceptable, incapable de se modérer, incapable de concevoir des relations internationales autrement que selon les canons de la barbarie.

La tendance actuelle nous conduit à conclure qu'il va de plus en plus de soi que ce système est irréformable. Il est enfermé dans une logique de “montée aux extrêmes” par tous les moyens, y compris les plus accessoires et les moins politiques, résultant en dernier ressort de la concurrence démagogique entre candidats. Les candidats démocrates ne sont-ils  pas eux-mêmes enfermés dans cette logique de “montée aux extrêmes”. Avec Hillary Clinton, c'est presque l'évidence; avec Obama, considérant son évolution dans le sens du système, nous n'en serions plus très loin.

Les Européens si férus d'atlantisme ont-ils prévu cela?

Philippe Grasset est responsable du site Dedefensa.org
13/04/2008
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