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L'Europe a-t-elle déjà perdu la guerre de la 5G ?

Nous avons précédemment signalé les craintes d'espionnage et de vol de données que font naître les perspective de recours pour les futurs réseaux de télécommunications en 5G 1) aux solutions proposées par le géant chinois Huawei.

Ces craintes, déjà très vives aux Etats-Unis, au Japon et en Australie, gagnent toute l'Europe. Le Royaume-Uni, la France et l'Allemagne, ainsi que la République Tchèque, commencent à s'inquiéter.

Les pays européens sont en train de mettre en place des réseaux 5G et pour cela ils ont lancé des appels d'offres internationaux. Or comme il fallait s'y attendre, Huawei, qui maîtrise déjà en Chine la technologie correspondante, a présenté les offres les plus compétitives.

Aussi, le gouvernement américain multiplie-t-il actuellement les mises en garde. Vu l'interconnexion des réseaux mondiaux, il dit craindre que Huawai, à partir d'applications européennes, ne pénètre les applications sécurisées des Etats-Unis. En Grande Bretagne, pays le plus attentif à ces questions, le Huawei Cyber Security Evaluation Centre (HCSEC) chargé par les autorités de contrôler les applications faisant appel à Huawai, a reconnu dans son dernier rapport ne pas pouvoir proposer de garanties suffisantes 2) Aussi British Telecom vient de décider d'exclure les équipements Huawai de ses applications les plus critiques.

En Allemagne, les services de contre-espionnage craignent également que Huawai n'introduise des « backdoors » (portes dissimilées d'entrée-sortie) dans ses équipements, permettant éventuellement des opérations d'espionnage et de sabotage. En France, à la demande des services de contre-espionnage, Huawai avait déjà été exclu de certaines applications.

La raison de cette méfiance est que l'opérateur chinois travaille en étroite collaboration avec le gouvernement. Celui-ci détient une grande partie de son capital. Il en est de même de celui de ZTE, équipementier chinois de téléphone, qui fournit déjà de nombreux services dans le monde 3).

En Europe, après des années d'indifférence, voire de sympathie, la Chine est de plus en plus perçue comme susceptible de mettre en danger l'autonomie économique, voire politique, des entreprises et des gouvernement européens. En ce qui concerne Huawai, si celui-ci devient le principal, sinon le seul, fournisseur en Europe de réseaux de télécommunications 5G, et s'il est financé par l'Etat et les grandes banques chinoises, il ne faut pas être un expert pour comprendre qu'il pourra accéder aux principales bases de données politiquement sensibles ou comportant des informations essentielles concernant les secrets industriels. Par ailleurs les cyber-attaques dont sont de plus crédités les services chinois, deviendraient permanentes.

Le risque est d'autant plus grand que la Commission européenne, à l'initiative du vice-commissaire européen Andrus Ansip en charge du Marché Unique pour l'économie digitale vient de faire adopter une résolution recommandant le passage dans les meilleurs délais aux réseaux 5G. 4)

Une révolution? 

Rappelons que la 5G est présentée comme devant révolutionner à court terme le mode de vie des sociétés humaines, même dans les pays encore peu impliqués. En Europe, la généralisation prévue des objets connectés au sein des domiciles et des villes, dans ce que l'on appelle l'Internet des Objets, pourrait impliquer l'abandon de toute confidentialité concernant les moindres détails de la vie quotidienne. Les entreprises vendeurs de services et de produits en profiteront immédiatement. Ce qui signifie que les messages publicitaires ou commerciaux deviendront permanents. Mais il en sera de même de la surveillance qu'exerceront certains individus sur d'autres.

On dira qu'il suffira de ne pas s'équiper de tels objets connectés. Mais cela sera aussi illusoire que la volonté qu'avaient certains de ne pas faire appel à Internet pour leurs échanges interpersonnels. Il n'est pas possible d'en revenir au courrier postal. De plus, comme le montre la prolifération des pages et photos personnelles sur les réseaux sociaux, l'ivresse de s'exhiber l'emporte sur la prudence.

A terme, les applications d'Intelligence Artificielle avancée qui proliféreront sur les réseaux 5G laisseront présager la mise en place sur ces réseaux d'automates intelligents qui pourraient éventuellement devenir autonomes.

La Commission Européenne prévoit que les réseaux 5G, même s'ils seront destructeurs de millions d'emplois, devraient pouvoir en générer des millions d'autres. Mais comme Huawai et plus généralement les industriels chinois se préoccupent d'abord des emplois en Chine, il est prévisible que ces futurs emplois connectés seront d'abord au bénéfice du milliard de Chinois menacés actuellement par le chômage.

Lorsque les autorités européennes découvriront ceci, il leur sera trop tard pour réagir. Lorsqu'elles ont découvert que le web avaient généré l'explosion des « géants du web » américains (ne citons pas de nom) dont le poids économique et sociétal est devenu considérable, il était trop tard. Le marché était déjà pris. Il est prévisible d'ailleurs que ces géants du web, face à la concurrence chinoise, disposeront de suffisamment de ressources pour offrir des solutions 5G à leur clientèle captive.

En Europe, Nokia et Ericsson détiennent une avance certaine en matière de technologies 5G. Mais elles ne seront pas de taille, sans une aide massive des pouvoirs publics, de répondre aux besoins du continent. Or cette aide vue les difficultés budgétaires en Europe, n'est pas à espérer. Les Européens n'auront donc que deux choix, se tourner vers l'Amérique ou se tourner vers la Chine. C'est malheureusement déjà le cas dans la plupart des applications avancées, y compris dans le domaine spatial.

Références

1) https://fr.wikipedia.org/wiki/5G

2) https://assets.publishing.service.gov.uk/government/uploads/system/uploads/attachment_data/file/727415/20180717_HCSEC_Oversight_Board_Report_2018_-_FINAL.pdf https://fr.wikipedia.org/wiki/ZTE.

3)  https://fr.wikipedia.org/wiki/ZTE.

4) http://europa.eu/rapid/press-release_STATEMENT-18-6419_en.htm

 

 

 

 

31/12/2018
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