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Pas de trève estivale sur le front du gaz

Lors d'une cérémonie officielle de signature à Ankara le 6 août, la Turquie a donné son accord pour que le projet de gazoduc South Stream traverse ses eux territoriales en Mer Noire, évitant à celui-ci de passer par l'Ukraine. Un nouvel échec pour l'Amérique après les déclarations triomphantes de Joe Biden retour de Moscou?

Lors de cette cérémonie, les premiers ministres respectifs Wladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan ont souligné que South Stream ne devait pas être un rival du projet Nabucco soutenu par l'Occident. Plus il y aura d'infrastructure de ce type, mieux ce sera, a déclaré Wladimir Poutine. La Commission européenne partage officiellement ce point de vue. Cependant Nabucco vise à approvisionner en gaz les pays européens en échappant au contrôle possible de la Russie. South Stream  vise à desservir l'Italie et la Bulgarie, à partir de Beregovaya, en Russie. Sylvio Berlusconi a déclaré qu'il ne craignait pas de se mettre sous la dépendance russe.

Beaucoup d'experts pétroliers estiment que si South Stream est construit, Nabucco sera abandonné. De toutes façons, le gaz de la Caspienne lui reviendrait  à un prix plus élevé que le gaz russe. Les Occidentaux, sous la pression des Etats-Unis, espéraient grâce à Nabucco desserrer l'étreinte russe sur les pays d'Asie centrale et du Caucase.

La Turquie avait il y a un mois signé un protocole d'accord concernant Nabucco.  Mais elle montre avec l'accord sur South Stream qu'elle tient à se situer sur un pied de neutralité entre l'Est et l'Ouest. Elle estime n'avoir qu'à gagner si elle devient un « hub gazier ».  L'Ukraine est évidemment perdante à ce dernier accord, puisque actuellement transitent par son territoire 80% du gaz russe destiné à l'Europe. Mais les incidents de l'hiver dernier ont montré que ceci n'était qu'une fausse sécurité, la Russie pouvant à tout moment perturber les écoulements. Il en serait de  même évidemment avec le futur Nabucco, s'il se fait.

On notera que parallèlement à l'accord d'Ankara, Wladimir Poutine a définitivement dénoncé la participation russe au Traité dit Charte de l'Energie. Celui-ci, signé en 1991, encourageait l'entrée des compagnies européennes dans le secteur énergétique russe.

La conclusion de tout ceci s'impose. Tant que l'Union européenne n'aura pas réduit sa dépendance au gaz et au pétrole russe, elle sera forcée d'entretenir de bons rapports avec la Russie. Pourquoi pas d'ailleurs? L'Allemagne en est depuis longtemps convaincue et ne fait rien pour se rendre plus indépendante en matière d'énergie.

L'autre conclusion est que la Turquie a renoncé depuis longtemps à devenir un allié muet des Etats-Unis et de l'Otan. Ses espoirs d'intégration rapide dans l'Union européenne diminuant, elle se rapproche tout naturellement des autres pôles  d'influence, à commencer par la Russie.

Post-Sriptum au 10/08. Alain Terrenoire, président de Paneurope Internationale, nous adresse ce point de vue, tout à fait conforme à des articles déjà édités sur ce site.

Pour l'Union européenne, l'indépendance est un objectif absolu sans lequel elle ne sera ni une puissance, ni souveraine, ni un acteur du monde multipolaire . Son indépendance doit se construire au plan politique, militaire, technologique, spatial, sanitaire, culturel, économique donc alimentaire, donc énergétique .

Cela implique certes de développer les énergies locales ou renouvelables et protectrices de l'environnement, mais cela devrait surtout entraîner une politique européenne de l'énergie, sous la responsabilité conjointe des Etats membres et de la Commission . Comme l'Europe est importatrice nette d'énergie primaire, principalement d'hydrocarbures, une telle politique devrait être confiée, sous la tutelle des Etats et de la Commission, à une agence européenne ayant la responsabilité exclusive de négocier avec les producteurs et fournisseurs extérieurs à l'UE ( y compris la Norvège ) les prix et les quantités délivrés à tous les opérateurs au sein de l'UE . Ce n'est qu'à cette condition, l'UE étant le premier importateur mondial d'énergie primaire, que l'on aurait un marché équilibré et moins erratique .

L'Allemagne de Schröder et de Merkel a eu bien tort de jouer en solitaire privilégié avec la Russie, et tous ceux qui se prêtent à ces opérations nationales jouent contre l'intérêt collectif européen et contribuent à la dépendance européenne à l'égard de la Russie . Cette dernière, qui n'a guère profité de la manne énergétique pour moderniser, diversifier et développer son économie, en est elle-même totalement dépendante . Ce n'est pas un service à lui rendre que de la maintenir dans cette situation.

La géopolitique des oléoducs et des gazoducs et de l'ensemble des outils industriels traitant de l'énergie devrait dans l'UE être guidée selon les mêmes principes .

09/08/2009
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