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Iran. Nouvelles sanctions américaines. Beaucoup de bruit, quels résultats?

Donald Trump a fait une affaire personnelle de la guerre qu'il entend mener contre l'Iran. Il est fortement soutenu en cela par Israël, qui considère de plus en plus l'Iran comme capable de lui faire concurrence en tant que grande puissance régionale.

Cependant, compte tenu des appuis russes dont bénéficie l'Iran et des réactions européennes probablement très hostiles, il ne s'est pas encore résolu à engager contre Téhéran des opérations militaires proprement dites. Mais il a décidé d'utiliser à fond l'arme dite des sanctions économiques. Manifestement, il compte que celles-ci mettraient en très grande difficulté l'économie iranienne, déjà quelque peu chancelante.

Il espère qu'il pourrait en résulter un soulèvement généralisé des couches populaires pauvres, susceptible d'entraîner la chute du Président Rouhani et même celle du gouvernement de la République Islamique et son remplacement par des éléments politiques proches des Etats-Unis. Certains observateurs considèrent au contraire que dans ce cas, des mouvements plus radicaux prendrait le pouvoir...d'autant plus que les Gardiens de la Révolution ne manqueraient pas d'intervenir.

Le 3 novembre, Washington a confirmé qu'il rétablirait dès le 4 novembre toutes une série de sanctions. Les principales, dites primaires, toucheront les pays importateurs de pétrole iranien. Comme celui-ci constitue la principale ressources d'exportation de l'Iran, les difficultés en résultant pourraient être considérables. Mais ces sanctions atteindraient aussi toutes les entreprises, notamment européennes, qui investissent ou projetaient d'investir dans le pays. Huit Etats alliés des Etats-Unis pourraient cependant bénéficier de dérogations, vient d'annoncer Mike Pompeo, secrétaire d'Etat aux affaires étrangères.

A ces sanctions s'en ajouteront d'autres dites secondaires. Ainsi 700 personnes vont être ajoutées à la « liste noire » interdisant l'entrée sur le territoire américain ou le commerce avec elle. Par ailleurs, plus gravement, les institutions financières iraniennes seraient interdites d'accès au circuit bancaire international SWIFT, très largement dominé par les Etats-Unis.

L'Iran en souffrira-t-elle?

Les deux sites officiels de la République islamique d'Iran, publiant tous deux dans des versions en français, l'un du « Guide Suprème » (http://www.leader.ir/), l'autre plus généraliste, Pars Today http://parstoday.com/fr/ éditent aujourd'hui de très nombreux articles expliquant que l'Iran ne souffrira que très peu des sanctions américaines. C'est ainsi qu'ils rappellent que l'Iran et de nombreux pays étrangers ont décidé de mettre en place une unité monétaire internationale qui se substituera au dollar. Ceci n'est pas encore fait, mais les sanctions américaines devraient pousser notamment la Russie, la Chine, l'Inde et la Turquie et d'autres pays à soutenir plus activement ce futur système de paiement.

Par ailleurs d'autres projets internationaux de coopération devraient être relancés. Il s'agira notamment d'une nouvelle voie de passage de marchandises, le Corridor de transport international nord-sud (INSTC). Il devrait relier l'océan Indien à la Russie et à l'Europe via le golfe Persique. Le corridor de 7 200 kilomètres combinera des routes maritimes et ferroviaires.

Son itinéraire permettra de livrer par exemple des cargaisons indiennes au port iranien de Bandar Abbas. Ensuite, les marchandises seront acheminées par voie terrestre à Bandar Anzali, un port iranien sur la mer Caspienne. Après cela, les marchandises seront expédiées vers le port d'Astrakhan, dans le sud de la Russie, où elles seront acheminées vers l'Europe par chemin de fer. Ceci paraît compliqué, par rapport au Canal de Suez que cette voie devrait concurrencer. Mais compte tenu des gains de plusieurs jours en temps de transport, et pour les transports non pondéreux, l'INSTC devrait trouver de nombreux usagers. Il est évident que celui-ci une fois mis en place, toute action militaire américaine menaçant la voie soulèverait la très vive hostilité des pays concernés, notamment la Russie, l'Inde et peut-être les Etats européens directement concernés.

En fait, il est clair que les sanctions américaines vont de plus en plus obliger l'Iran à se rapprocher de la Russie et du groupe des Brics, au détriment des relations qu'elle avait avec l'Occident. Les Brics, et plus particulièrement la Chine, sont prêts à y investir massivement.  Si le gouvernement français laisse, comme il semble en avoir l'intention, les grands groupes français se retirer d'Iran de peur des sanctions américaines, ce sera le rôle de la France au Moyen-Orient, déjà très affaibli, qui sera le premier sanctionné.

Note au 03/11

* Sur l'INSTIC, voir plus de détails dans 
https://russia-insider.com/en/russia-india-and-iran-cooperate-new-trade-route-alternative-suez-canal/ri25269

* Sur  les sanctions, voir un article du Figaro concernant les réactions iraniennes
http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2018/11/03/20002-20181103ARTFIG00085-le-numero-un-iranien-s-en-prend-a-trump-avant-les-nouvelles-sanctions.php

Note au 04/01

* Le fait que Washington utilise le système SWIFT pour sanctionner l'Iran devrait éclairer les Européens sur la vraie nature de SWIFT: un moyen pour dominer politiquement et économiquement les pays utilisateurs. Voir pour plus de détails l'analyse de l'expert financier indépendant Tom Luongo
https://tomluongo.me/2018/11/02/russia-change-comes-swift/

* Sur SWIFT et l'Iran, voir aussi
https://www.zerohedge.com/news/2018-11-04/us-threatens-swift-sanctions-if-iran-isnt-cut

Note au 05/11
Voir http://www.atimes.com/article/iranian-hardliners-dig-in-as-us-sanctions-snap-back/

03/11/2018
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