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Le futur porte-avions français. Quelle utilité ?

L'actuel Charles de Gaulle est encore très opérationnel, malgré de longues périodes d'entretien approfondi et de rénovation. Il subit depuis début 2017 à Toulon une de ces périodes, longue de 18 mois, Après cette rénovation, le Charles-de-Gaulle reprendra la mer et devrait se rendre dans l'océan Indien en 2019. Il devrait rester en service durant les 20 prochaines années, soit 2038-2040.

Aura-t-il besoin d'un successeur ? On peut se poser la question, vu que disposer d'un ou deux porte-avions de nouvelle génération est encore en discussion en Russie et en Chine. La Chine pour le moment se satisfait d'un navire baptisé le  Liaoning  mis en service en 2012. Il s'agit d'un porte-avion d'origine russe de la classe Amiral Kouznetsov construit pour la marine soviétique. Un second porte-avions plus grand devrait être construit en vue d'une mise en service au plus tôt en 2030. Ses caractéristiques ne sont pas encore connues.

Ceci peut surprendre vu l'importance du domaine maritime stratégique de la Chine dans le Pacifique sud, et alors que l'US Navy y déploie plusieurs groupes de porte-avions. Mais manifestement la Chine compte plus sur les nouvelles armes de type missile hypersonique qu'elle met au point avec la Russie. Nous avons plusieurs fois indiqué ici qu'un seul de ces missiles, bien placé, peut rendre un porte-avions momentanément ou durablement inutilisable.

Ceci n'empêche pas la France, comme vient de l'indiquer au Salon du Bourget la ministre Florence Parly, de lancer de lancer officiellement le programme de renouvellement du Charles de Gaulle. Le montant du projet sera de 40 millions d'euros. Il s'agit d'une la phase d'étude permettant de déterminer, selon la ministre, "ce que nous voulons et comment nous le voulons pour notre futur porte-avions".

La phase d'étude, qui s'achèvera en 2020, doit permettre d'établir l'architecture du futur porte-avions et de poser les bases de l'organisation industrielle nécessaire pour le bâtir dans les délais et les coûts. Cette phase servira par ailleurs à examiner les menaces que le futur porte-avions devra affronter et les missions qu'il devra accomplir, mais aussi son dimensionnement et notamment sa capacité d'accueillir l'avion de combat du futur, le Scaf, lancé en coopération avec l'Allemagne en 2017. 

La période d'étude permettra aussi d'étudier le mode de propulsion, nucléaire ou classique, de ce porte-avion de nouvelle génération, et les nouvelles technologies qu'il sera capable d'accueillir, notamment les catapultes électromagnétiques, déjà utilisés par la marine américaine. Le Charles-de-Gaulle, à propulsion nucléaire, est lui doté de catapultes à vapeur moins performantes pour lancer les avions au décollage.

Enfin, la phase d'étude sera mise à profit pour déterminer les innovations à bord du futur porte-avions. "Faisons de ce porte-avions, une véritable base avancée de notre marine, aiguillon de notre innovation", selon Mme Parly.

Ce porte-avions nouvelle génération devrait rester en service jusqu'en 2080, à supposer qu'il puisse être adapté afin de faire face aux nouvelles armes qui ne manqueront d'apparaître pendant ce temps..

Pourquoi ce projet dont le coût dans l'absolu paraîtra certainement considérable?

On penserait que la Marine Nationale pourrait se satisfaire des services du seul Charles de Gaulle pendant les 20 prochaines années. Les experts maritimes français ne peuvent ignorer la fragilité des porte-avions devant les nouvelles armes évoquées. Celles-ci, dans les années prochaines, ne devrait pas cesser de recevoir des perfectionnements les rendant encore redoutables pour les grands navires de surface. Ne vaudrait-il pas mieux doter la défense française d'un grand nombre de telles armes, constamment modernisées. Par ailleurs, la Marine Nationale est très satisfaite des services rendus par ses sous-marins, d'attaque ou lanceurs de missiles ICBM. Renouveler ceux-ci et en ajouter d'autres répondrait certainement à un besoin prioritaire.

Ceci dit, il faut préciser un point que le grand public ignore généralement. Un porte-avions français n'a pas vocation à être engagé dans une guerre hautement improbable contre la Russie ou les Etats-Unis. Il est par contre indispensable pour conduire au plus près des nombreux terrains de lutte contre le terrorisme un nombre suffisant d'appareils aériens permettant d'effectuer des frappes significatives.

C'est ce qu'avait d'ailleurs montré dans la guerre contre Daech le Charles de Gaulle. Maintenant qu'il n'est plus disponible, la France doit compter sur des aérodromes militaires prêtés, si l'on peut dire, par des alliés plus que douteux, et ne disposant que de peu d'équipements nécessaire à l'entretien et au réarmement des avions d'attaque, sans mentionner l'accueil protégé des équipages. Ces terrains sont par ailleurs de plus en plus la cible de missiles utilisés par les terroristes. Un porte-avion est doté d'anti-missiles modernes lui permettant de s'en protéger.

Par ailleurs, comme il avait été dit, un porte-avions et son groupe peuvent jouer facilement le rôle d'ambassades mobiles, permettant de porter partout le pavillon national, dans le vaste domaine maritime où la France exerce sa souveraineté, comme dans ceux des pays alliés souhaitant l'accueillir.

Inutile d'ajouter, comme la ministre de la défense l'avait réaffirmé, qu'un second porte-avions permettra de mettre au point et d'expérimenter de nombreuses technologies innovantes. Celles-ci seront réutilisés, tant par la marine de guerre que par l'aviation embarquée, dans la prochaine décennie et au delà.

Nous pouvons, pour notre part, affirmer en conséquence que le projet français de second porte-avions mérite d'être financé et mis en œuvre. Le budget actuel de la défense, malgré de récents mesures de rationalisation, restera capable d'en assurer le développement. Il faudrait mal connaître les questions de défense pour penser que ce budget, au prix de nouvelles économies très supportables, ne pourrait pas prendre en charge le projet.

De plus, une fois ce nouveau porte-avions en service, le Charles de Gaulle pourrait rester utilisable, pour jouer un rôle utile de second porte-avions dans des domaines moins contraignants que ceux du combat de première ligne.

 

 

 

24/10/2018
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