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Double sommet de l'Organisation de Coopération de Shanghai et du BRIC à Ekaterinbourg les 16 et 17 juin

On a peu parlé ni en France ni en Europe de deux sommets très importants intéressant le monde que l'on qualifiera de non-occidental, c'est-à-dire le monde non soumis à la domination du monde occidental, lui-même essentiellement représenté aujourd'hui par le lobby militaro-industriel américain et par Wall Street.

Alors que ce monde occidental, ainsi défini,  cherche à fuir une crise économique qui ne fera que s'aggraver en se persuadant que la reprise est au coin de la rue, alors que pour faire oublier l'alourdissement du climat social interne il polarise son attention sur  les « héroïques efforts » de la jeunesse iranienne pour découvrir les joies de la démocratie, le reste de monde, The Rest of the World,  c'est-à-dire le monde qui comptera bien plus demain que le monde occidental, si celui-ci persiste dans des aveuglements, s'organise de plus en plus sérieusement.

Le sommet de l'OCS (ou SCO, Shanghai Cooperation Organisation) réuni les 16 et 17 juin en Russie, à Ekaterinbourg,  représente désormais une force de coopération puissante et organisée. Le noyau central en est la Chine et la Russie. Les pays voisins sont invités régulièrement en « observateurs »  (Inde, Pakistan, Iran, etc.). Les Etats-Unis ont découvert le phénomène et ont demandé, sans succès à ce jour, une place d'observateur. L'Union Européenne n'a rien découvert du tout et n'a, apparemment, rien demandé non plus. C'est dommage parce que l'OCS est devenue une structure fondamentale de l'Eurasie, pouvant étendre son action jusqu'au sous-continent indien. Les " solidarités " Russie-Chine restent encore limitées, mais elles grandiront très certainement, d'autant plus vite d'ailleurs que l'Europe n'offrira pas grand chose de concret à ces deux grands pays.

L'OCS n'est pas une organisation à vocation militaire, comme l'Otan. Elle ne peut pas cependant se désintéresser des problèmes de sécurité dans la région. Ceux-ci sont nombreux, comme on le sait, le dernier en date provenant des gesticulations nord-coréenne. Mais le sommet s'intéresse aussi aux problèmes économiques. Il a lancé l'étude d'une « monnaie commune » ou monnaie de règlement supranationale,  faite de droits de tirages. Celle-ci  servirait de substitut au dollar, dont les nuisances croissantes ne cessent d'être soulignées. Ces sujets ont fait l'objet de travaux actifs à la réunion d'Ekaterinbourg. On en entendra nécessairement reparler.

Dans le même temps, et également à Ekaterinbourg se tenait le sommet du BRIC, qui réunit les quatre principaux pays émergents (Brésil, Russie, Inde, Chine). Comme le sommet de l'OCS, le sommet du BRIC s'est attaché à la crise financière et à l'examen de l'état  du système de règlements internationaux fondé sur le dollar, pour souligner son obsolescence.

Dans l'esprit des participants à ces deux sommets se trouve la volonté manifeste, plus ou moins clairement exprimée, de définir l'architecture d'un nouvel ordre international global couvrant les sphères financières, économiques, commerciales et monétaires. Le point qui  devrait alerter l'Occident, tel que défini ci-dessus, et en tous cas l'Europe, est que ce nouvel ordre international, le « nouveau monde » qui s'y dessine, ne se pose même pas en concurrent de l'Occident, il l'ignore purement et simplement.

L'Amérique, disposant encore d'une énorme puissance technologique et financière, peut  ne pas tenir compte de ce qui s'esquisse là, étant toujours capable de déchaîner si besoin était contre les pays du SCO et du BRIC des mesures de rétorsions de toutes natures, y compris militaires. Mais l'Europe ne peut pas se permettre ce luxe, si l'on peut parler de luxe. Elle devrait donc être particulièrement attentive à ce qui se passe en Asie.

Hélas, ce n'est pas le cas. Le même jour où se tenait le double sommet d'Ekaterinbourg, les  membres du conseil européen prenaient  la décision de reconduire l'illustre José Manuel Barroso à la tête de la Commission, sur un programme dont la hauteur de vue n'a échappé à personne. Dans le même temps, ils s'entendaient (à grand peine) sur quelques mesures de régulation commune microscopiques que les spéculateurs de toutes sortes se sont préparés depuis longtemps à contourner.

19/06/2009
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