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Idlib. L'embarras russe

Les forces syrienne de Bashar al Assad, encouragée par leurs succès récents contre les rebelles djihadistes dans les provinces de Queitra et de Daraa, se préparent désormais à attaquer la province d'Idlib sur la frontière turque.

Cependant, les Turcs ont répété les avertissements précédemment donnés à la coalition syro-iranienne soutenue par les Russes qui réclame dorénavant la libération de la totalité du territoire syrien. Si Damas poursuit son offensive vers Idlib, ils se retireront du processus d'Astana initié par Moscou.

On désigne de ce nom un ensemble de rencontres multipartites entre différents acteurs de la guerre civile en Syrie. L'accord d'Astana est un traité signé en mai 2017 par la Russie, l'Iran et la Turquie portant sur la création de quatre zones de cessez-le-feu dans le pays. Elles étaient situées dans la Ghouta orientale, proche de Damas, Deraa, Idleb et Homs. Les deux premières zones ont été reprises par les Syriens en 2018.

Ankara dit craindre que les groupes terroristes se revendiquant de Daesh et qui pour le moment contrôlent Idlib résistent à l'offensive syrienne, ce qui provoquerait un afflux de réfugiés et de militants islamistes en Turquie à travers la frontière. De plus la Turquie veut maintenir sa présence à Idlib et ses liens avec les terroristes qui y sont présents, précédemment armés et soutenus par elle en vue de s'appuyer sur eux pour contrer les Kurdes syriens.

Depuis deux semaines, Vladimir Poutine et le président turc Recep Erdogan se sont entretenus à ce sujet. Erdogan demande que Poutine empêche la Syrie de lancer son offensive contre Idlib. L'ambassadeur russe dans le processus d'Astana, Alexandre Lavrentyev, s'est, selon les informations disponibles, montré embarrassé. La question de la présence syrienne à Idlib, selon lui, n'était pas réglée. Pour le moment, la Russie n'accepterait pas une offensive syrienne.

Néanmoins elle ne conteste pas la menace djihadiste à Idlib. Dans les derniers jours, les Russes ont abattu 4 drones lancés par les militants djihadistes contre leur base syrienne de Hmeymim. De son côté, Damas a répété qu'il ne pourrait tolérer la présence actuelle à Idlib de plus de 50.000 combattants venus de tout le golfe persique, dont certains comme les Russes le savent de Tchéchénie.

Mais la principale préoccupation d'Ankara provient de l'accord en vue entre Damas et les Kurdes syriens, qui s'étaient longtemps opposés. Il s'agirait d'obliger la Turquie à se retirer de territoires kurdes syriens occupés par son armée à la suite des offensives turques de ces derniers mois. Or le rapprochement entre Damas et les Kurdes est encouragé pas Moscou, qui souhaite la pacification du nord de la Syrie et l'élimination de la région d'Idlib des terroristes pouvant menacer le sud de la Russie, Dans ce domaine, les kurdes syriens sont des alliés précieux et de bonnes relations entre eux et Damas sont à rechercher.

D'un autre côté la Turquie est devenue à la suite de sa participation au processus d'Astana un allié précieux pour Moscou. La Turquie n'a pas encore définitivement choisi entre les Etats-Unis et la Russie. Elle restée membre de l'Otan et pourrait toujours se rapprocher à nouveau de Washington, avec qui elle continue à entretenir des liens. De plus elle est devenue un partenaire essentiel de l'industrie pétrolière et gazière russe, ainsi plus généralement que important dans l'établissement de contrats considérables de recherche en matière d'énergie.

On peut penser pourtant que Damas restera pour Moscou un partenaire essentiel, compte tenu du fait que l'unification de l'ensemble de la Syrie entrepris par Bashar al Assad se fera avec son accord et constituera donc un atout important pour la Russie, face à la présence militaire américaine. Certains pensent que Donald Trump décidera de se retirer militairement de la région, mais ce n'est pas encore fait. Il y maintiendra de toutes façons une zone d'influence. De ce fait, la coopération stratégique entre Moscou et Damas ne pourra que se renforcer. Les Turcs devront en prendre leur parti.

Note

On remarquera que le gouvernement et les médias français actuels, très largement au service de la diplomatie américaine, devront eux aussi se résoudre à tenir compte d'un Bashar al Assad sans doute définitivement au pouvoir à Damas, ceci avec un appui russe incontestable.

Dans les premiers temps de la République gaullienne, le père, Haffez al Assad, était considéré comme un bon allié de la France au Moyen Orient. Des armes lui avaient été vendus, en contrepartie d'autres avantages. Le Quai d'Orsay ne voulait pas prendre en considération ses méthodes sanglantes pour se maintenir au pouvoir face aux arabo-américains tentant de le renverser. Qui n'a pas de sang sur les mains dans cette région ? disait-on non sans raisons.

Malgré la mise en tutelle de Paris par Washington survenue depuis là, la France a du finir par accepter la pérénnisation du pouvoir de Bashar al Assad, soutenu par Moscou. Cependant, récemment encore, le gouvernement français, embrigadé par le Pentagone, avait failli envoyer des Rafales bombarder Damas. Il en avait été retenu par l'allié américain lui-même, ne voulant pas affronter directement Moscou à cette occasion.

Ces derniers temps cependant, les médias français officiels donnent beaucoup de publicité à la découverte de ce qu'ils nomment « l'enfer des prisons syriennes ». Voir https://www.nouvelobs.com/monde/guerre-en-syrie/20160818.OBS6497/torture-famine-viols-amnesty-devoile-l-enfer-des-prisons-syriennes.html

On parle à nouveau du « boucher de Damas » à propos de Bashar al Assad.

Ces faits dénoncés par Amnesty International sont sans doute incontestables. Mais curieusement l'ONG, très largement financée en dollars, ne cherche pas à enquêter sur les prisons saoudiennes ou celles qui se trouvent chez d'autres alliés de Washington aussi peu recommandables en termes de droits de l'homme. Serait-ce le signe du fait que des pressions américaines sur Emmanuel Macron auraient repris pour qu'il réintègre son statut précédent de meilleur allié de Washington, non seulement dans son combat contre Bashar al Hassad, mais en arrière plan, contre Moscou ?

PS au 02/08 18h

Voir pour plus de détail cet article apparemment bien informé de la Moon of Alabama
http://www.moonofalabama.org/2018/08/syria-sitrep-the-southwest-is-liberated-on-to-idlib.html

 

02/08/2018
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