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18 juin 2009. Un grand hommme pour l'Europe? Barroso

Même si nous sommes fortement imbus de culture systémique, selon laquelle les sociétés évoluent en fonction de contraintes dépassant largement les possibilités d'initiative d'individus fussent-ils grands, nous somme aussi fortement imbus de symbolique évolutionnaire, selon laquelle le « langage afficheur » d'un dirigeant joue un rôle important pour faire émerger des tendances sociales profondes à la recherche d'images fortes pour se préciser et se rassembler.

La date du 18 juin 2009 est attristante à cet égard. Elle montre cruellement comment l'Europe manque aujourd'hui de personnalités susceptibles de tenir un langage afficheur autour duquel tous les Européens pourraient,  non seulement se reconnaître, mais se sentir portés au grand bond en avant qui leur serait nécessaire. Au moment où en France, on rappelle, de plus en plus mollement il est vrai, le rôle absolument capital qu'avait joué pour l'avenir du pays le discours du 18 juin 1940 et l'action ultérieure de Charles de Gaulle pendant le conflit, on constate que tous les chefs d'Etats et de gouvernements réunis en Conseil Européen vont être conduits à entériner la reconduction de José Manuel Barroso dans les fonctions de président de la Commission. La décision finale incombera au Parlement, car, rappelons-le, le président de la Commission, non plus que celle-ci, ne sont soumis à l'autorité des Etats. Cependant, on ne voit pas le Parlement revenir sur une préférence fortement indiquée par le Conseil, d'autant plus que les majorités de droite dominent tant dans les Etats qu'au Parlement et que Barroso, finalement, a beaucoup d'atouts pour leur plaire.

Mais quels sont ces atouts ? Sûrement pas, ne lui en déplaise,  ceux du grand homme dont l'Europe aurait besoin pour s'affirmer dans les prochaines années, face aux Empires dominant le reste du monde, face aussi à la crise climatique et environnementale comme à la crise économique et sociale. Il a deux principaux mérites aux yeux de la majorité des chefs d'Etats et de gouvernement. Le premier est d'être resté profondément libéral sur le mode anglo-saxon, ce que beaucoup préfèrent, fussent-ils Merkel et Sarkozy, à un « interventionnisme » dont on pourrait craindre des initiatives dérangeantes. La seconde est d'être naïvement carriériste, installé dans les jouissances de l'appareil et prêt à suivre tous les vents dominants pour y rester, sans d'ailleurs apporter la touche de génie d'un vrai carriériste. Je ne voudrais pas parler au nom de tous les Européens, ce qui serait trop  pour un homme seul. Je ne peux cependant pas croire  que beaucoup se reconnaîtront dans un José Manuel Barroso (notre photo) ni dans le langage qu'il tiendra, à supposer qu'il en ait un de son cru. Car ce langage n'affichera pas grand-chose.

Le problème de l'Europe, hélas, n'est pas Barroso mais le fait qu'en faisant le tour de tous les hommes et femmes politiques européens susceptibles de répondre aux exigences minima que nous avons formulées ci-dessus, on ne voit pas qui aurait mérité d'être le président de la Commission dont l'Europe aurait besoin. La question se reposera avec encore plus de force lorsqu'il s'agira de désigner un Président européen, c'est-à-dire dans quelques mois lorsque comme il faut l'espérer le nouveau texte constitutionnel entrera en application. Franchement, nous ne pouvons pas concevoir qu'un Barroso ou que quelqu'un de son acabit puisse légitimement représenter l'Europe, non seulement aux regards des Européens, mais aussi face aux  Américains, Chinois, Indiens et autres Etats actifs au sein des organisations internationales. Si nos lecteurs ont des noms en tête, qu'ils n'hésitent pas à s'exprimer. Mais on peut craindre que notre courrier sur ce point reste muet.

Pour ce qui concerne la France, nous aurions bien ici quelques  petites idées, mais les personnes auxquelles nous pensons n'ont pas vraiment déclaré leur désir de jouer le rôle, si l'on peut dire, d'un De Gaulle européen – ceci indépendamment des chances, il est vrai assez minces, de voir leurs noms bien accueillis dans les autres Etats. Nommons les cependant car vous seriez frustrés. Nous pensons que les personnalités politiques françaises susceptibles aujourd'hui de représenter l'Europe à la hauteur des ambitions qui seraient nécessaires sont, pour des raisons différentes mais fortes, Dominique de Villepin pour la droite, Daniel Cöhn Bendit pour les écologistes et Ségolène Royal pour les socialistes.

Mais à la réflexion, pourquoi ces trois personnalités ne feraient-elles pas connaître leurs ambitions européennes, alors que nul n'ignore qu'elles en ont, même si elles n'ont pas toutes le statut représentatif nécessaire. Un discours du type de celui du 18 juin 1940 s'adresse aux peuples et pas aux institutions. Bien entendu, il faudrait que dans les autres Etats membres de l'Union Européenne, celles et ceux qui auraient des ambitions équivalentes au nom de l'Europe se fassent connaître, avec leurs programmes. Un club des candidats se formerait ainsi spontanément. Exposer ces programmes et faire clairement acte de candidature pour les incarner au plus haut niveau des institutions européennes provoquerait nécessairement un buzz (pour parler jeune) de grande ampleur, dont tous les Européens pourraient bénéficier. Pour ce qui nous concerne, nous aurions au moins de grands thèmes à discuter, plutôt que chercher désespérément, comme en cette fin de printemps 2009, de quel sujet entretenir nos lecteurs.

PS: on peut lire le dernier ouvrage de Dominique de Villepin, La Cité des hommes, Plon

18/06/2009
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