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Pourquoi la Russie fait-elle encore peur aux Etats-Unis ?

En marge de la rencontre Trump Poutine, il faut se demander pourquoi tout l'Etat profond américain a-t-il si mal réagi aux amorces de négociations, sinon d'accords stratégiques, au moins partiels, entre la Russie et les Etats-Unis évoquées conjointement par Donald Trump et Vladimir Poutine lors de leur rencontre du 16 juillet à Helsinki.

Certes, Trump est revenu le lendemain sur ses propos. Il reste que les perspectives de rapprochement entre Washington et Moscou ont mobilisé contre elles tout ce que l'Amérique compte de représentants de la puissance militaire et politique.

Ceux-ci ont réagi comme si Trump livrait à Poutine les clefs de cette puissance, notamment au plan militaire, en considérant comme perdus d'avances tous affrontements entre les forces respectives. . Certes Trump a expliqué que les Etats-Unis et la Russie disposaient d'un arsenal nucléaire suffisant pour s'anéantir elles-mêmes en cas de conflit, d'où la nécessité d'éviter tout conflit sérieux. Mais pouvait-il penser que les chefs d'Etat respectifs, aujourd'hui ou demain, en courraient le risque.

Or, en l'absence de cette perspective, pouvait-il ignorer que la puissance militaire et économique de la Russie n'était pas d'un niveau suffisant pour pouvoir représenter une menace quelconque à l'égard des Etats-Unis ? Une analyse même rapide des forces en présence montre que la Russie ne dispose pas d'une force militaire susceptible d'inquiéter en quelques circonstances que ce soit les responsables du Pentagone. Certes, l'armée américaine est peu présente aux frontières mêmes de la Russie, et ne résisterait pas à une attaque terrestre surprise. Mais en quelques heures, l'aviation et la marine américaines, même sans faire appel à des moyens nucléaires dits tactiques, pourraient intervenir et rétablir la supériorité militaire américaine en Europe et à ses frontières.

L'examen des forces militaires russes montre que celles-ci, en aucun domaine, ne pourraient se confronter avec la moindre chance de succès à leurs homologues américaines. On en trouvera une bonne description dans un article qui vient de publier Asia Times (voir note ci dessous). Cet article montre que seule la Chine, aujourd'hui et a fortiori demain, pourrait représenter un danger notable pour l'US Army. Mais, en s'en tenant à des moyens conventionnels, la Chine ne pourrait disposer d'une supériorité relative qu'à ses frontières maritimes en mer de Chine Sud. Encore peut-on penser que cette supériorité ne résisterait pas longtemps à un engagement massif des forces aéro-navales américaines.

Dans le domaine spatial, souvent évoqué, il en est de même. Les Etats-Unis se sont dotés d'une armada de satellites militaires capable de neutraliser en cas de conflit tout ce que la Chine, sans mentionner la Russie, pourra mettre en place dans l'espace.

Sur le plan de la puissance économique et par conséquent de l'influence diplomatique que celle ci permet, il est évident que la Russie, disposant d'une économie faible et fragile, à peine supérieure à celle de la France ou de l'Allemagne, ne pourrait en aucun cas prétendre faire peur à ce que l'on nomme à juste titre l'Empire américain. Tous les pays ayant un minimum de développement économique le savent. Là encore, c'est vers la Chine qu'à travers des organisation comme celle dite de Shanghai ils tournent les yeux.

Reste l'influence idéologique. Du temps de l'URSS, par le relais d'une trentaine de partis communistes locaux, Moscou pouvait exercer une certaine influence, d'ailleurs contestée et fragile, tant sur le monde capitaliste que dans les pays en développement. L'Amérique de l'époque pouvait s'en inquiéter. Mais aujourd'hui la Russie n'a rien à offrir de tel. Elle est un exemple parmi de nombreux autres de ce que l'on nomme le néo-libéralisme. Ce n'est pas vers elle que les yeux se tournent pour imaginer les lendemains éventuels du capitalisme. L'Amérique et certains pays européens disposent d'un certain nombre d'intellectuels influents qui y réfléchissent, sans d'ailleurs beaucoup de capacités pour influencer concrètement la vie politique.

On peut donc penser que si l'Etat profond américain a si mal pris les perspectives d'accord entre Donald Trump et Vladimir Poutine, obligeant le premier à se déjuger dès le lendemain, c'est parce qu'il a craint que l'opposition d'une partie de l'opinion américaine à la politique actuelle du gouvernement ne se précise et ne s'unisse sous un POTUS tel que Trump. Celui-ci avait le tort de paraître ouvert à un rapprochement, non avec la Russie proprement dite, mais avec ce qu'elle incarne encore dans l'esprit de nombreux citoyens américains qui cherchent sans les trouver des alternatives au système néo-libéral et capitaliste dominant dans tous le monde occidental.

Ce système, vu la reculade spectaculaire de Trump dès le lendemain 17 juillet, devrait se sentir rassuré. Ce ne sera pas un guignol tel que The Donald qui pourra désormais l'inquiéter.

 

Note

Voir

http://www.atimes.com/russias-trump-card-hybrid-warfare/


Ainsi que
http://www.atimes.com/the-trump-putin-summit-russophrenia-explained/

 

 

 

18/07/2018
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