Europe Solidaire
CultureEconomieEducationEnvironnementInstitutionsInternationalSciencesSécurité/DéfenseSocialTechnologiesValeurs
Aggrandir Réduire Reinitialiser

Coup d'Etat en Italie

Le mot n'est pas trop fort. Le 27 mai, le Président de la république italienne Sergio Mattarella a refusé le projet de gouvernement présidé par Giuseppe Conti sur mandat de la nouvelle majorité formée par le Mouvement Cinq Etoiles et la Ligue du du Nord. Ceci au prétexte de la présence au gouvernement de Paolo Savona, un économiste se disant lui-même hostile à la présence de l'Italie au sein de l'Union européenne, à qui devait revenir le portefeuille de l'économie et des finances.

Carlo Cottarelli, est connu pour avoir mené une politique d'austérité sous le gouvernement d'Enrico Letta en 2013. Il avait été surnommé «Monsieur Ciseaux» ou «Monsieur Austérité» Ancien haut responsable au FMI où il représentait l'Italie, la Grèce et Malte, il a quitté ses fonctions en 2017 pour devenir directeur de l'observatoire italien des comptes publics. Il s'affiche aujourd'hui comme un opposant au protectionnisme économique, prôné, entre autres dans le contrat gouvernemental de la coalition. Plus précisément, comme la grande majorité des ministres des finances européens, il refuse les mesures qui sous prétexte de réduction de la dette empêcheraient tout investissement productif sur ressources publiques. Ceci en premier lieu afin de ne pas permettre aux intérêts européens de concurrencer les multinationales américaines.

A priori et sous plus ample informé, la constitution italienne ne donne pas au Président de la république le droit de s'opposer aux décisions d'une majorité politique régulièrement élue, sauf pour des motifs exceptionnels mettant en danger l'ordre public. Il est donc possible de parler d'un véritable coup d'Etat institutionnel conduit par Sergio Matterella et la minorité conservatrice italienne.

Comme nous l'avions suggéré précédemment, cette minorité est pilotée par tous les affairistes italiens qui tirent partie du fonctionnement de l'Union européenne pour obtenir des lobbies de multiples commissions interdites. Mais plus grave est l'est aussi par les intérêts américains qui refusent aux Italiens, comme précédemment aux Grecs, le droit de quitter l'Union européenne. Celle-ci avait été mise en place par les Etats-Unis pour s'opposer à l'influence en Europe de la Russie, qu'elle ait été d'abord communiste ou aujourd'hui hostile à l'unilatéralisme de l'Empire américain. Il n'est donc pas question qu'ils laissent s'exprimer la moindre volonté de laisser plus d'autonomie politique et diplomatique aux Européens.

Pas de réaction prévisible au coup d'Etat

Que va faire la nouvelle majorité politique italienne ? Peu de choses. Aujourd'hui, Luigi Di Maio, chef de file du Mouvement 5 étoiles, a déclaré vouloir la destitution du gouvernement. «Disons-le clairement, il est inutile d'aller voter, puisque les gouvernements ce sont les agences de notation, les lobbies financier et bancaire qui les font. Toujours les mêmes». De son côté, le leader de la Ligue, Matteo Salvini, a déploré une «occupation financière» de son pays : «L'Italie n'est pas un pays libre, c'est un pays occupé financièrement [...] par les Allemands, par les Français et par les bureaucrates de Bruxelles.»

Mais derrière ces déclarations parfaitement justifiées, ils ne pourraient qu'appeler à des troubles et manifestations qui provoqueront immédiatement le recours de l'Etat actuel à la force. Il faudrait que dans les autres pays européens, à commencer par la France, s'exprime la volonté de laisser les Italiiens libres de leur choix.

Les protestations qui se font entendre aujourd'hui, notamment en France, sont discréditées par le pouvoir et ses soutiens, notamment la République en marche et le Parti Socialiste, comme « populistes », anti-constitutionnelles et anti-européennes. Certes, Marine Le Pen, entre autres, vient d'en appeler à la « colère des peuples » :« L'Union européenne et les marchés financiers confisquent à nouveau la démocratie. Ce qui se passe en Italie est un coup d'État, un braquage du peuple italien par des institutions illégitimes. Face à ce déni de démocratie, la colère des peuples grandit partout en Europe ! »

Mais cela n'inquiétera pas ceux qui détiennent le pouvoir.

Note au 28/05 14h

Nous publions cette réaction de l'un d'entre nous:

Quand les peuples votent mal... l'Europe dans son infinie sagesse nous sauve. Ce n'est pas la première fois. Le gouvernement et les socialistes (enfin ce qu'il en reste) se sont à nouveau déshonorés. Mais c'est l'air du temps, 'la gauche' (qui comme chacun le sait est aussi la droite) a gagné. Sa grande maxime est appliquée de façon féroce : pas de liberté pour les ennemis de la liberté. Et il y a tant d'ennemis de la liberté... tiens par exemple :  ceux qui critiquent l'Europe, ceux qui prônent les frontières. 
Vous écrivez:  la colère des peuples grandit partout en Europe. Mais cela n'inquiétera pas ceux qui détiennent le pouvoir.

Ils ont peut-être tort...

Voir aussi, du 29/05

https://www.causeur.fr/italie-europe-mattarella-conte-salvini-151476

https://insolentiae.com/coup-de-force-en-italie-un-ancien-du-fmi-nomme-premier-ministre-ledito-de-charles-sannat/

Nous publions par ailleurs ici  in extenso un article repris de Il Manifesto du 29 mai et traduit en anglais

Bannon urges Italian 'Sovereignty' from Brussels, but not from Washington
By Manlio Dinucci

Steve Bannon – the former strategist of Donald Trump, theorist of national-populism -- expressed his enthusiastic support for the alliance of the Lega with the 5 Star Movement for "the government of change." In an interview he stated: "The fundamental question, in Italy in March, was the question of sovereignty. The result of the elections was to put in office those Italians who want to regain sovereignty and control over their country. Put an end to these rules coming from Brussels.” (Sky TG24, May 26)

However, it does not say “Put an end to the rules coming from Washington.”

It is not only the European Union that is exerting pressure on Italy to guide its political choices, dominated by the powerful economic and financial circles, especially in Germany and France, which fear a break in the “rules” that serve their interests.

Strong pressure is exerted on Italy, in a less evident but no less intrusive way, by the United States, which fears a break in the "rules" that subordinate Italy to its economic and strategic interests.

This is part of the policies Washington has adopted towards Europe, through different administrations and with different methods, pursuing the same objective: to keep Europe under U.S. influence.

NATO is a key instrument of this strategy. The Treaty of Maastricht establishes, in Art. 42 that the EU “shall respect the obligations of certain Member States, which see their common defense realised in the North Atlantic Treaty Organisation (NATO).” And Protocol 10 on cooperation states that NATO "shall remain the foundation of defense" of the European Union.

Today, 21 of the 27 countries of the EU, with about 90 percent of the population of the Union, are part of NATO, whose "rules" have allowed the United States to maintain, since 1949, the position of Supreme Allied Commander in Europe and all other key commands; they allow the United States to determine the political and strategic choices of the Alliance, with agreements made under the table especially with Germany, France and Great Britain, and then have them approved by the North Atlantic Council, where according to the "rules" of NATO there is no voting or majority decision, but decisions are always taken unanimously.

The entry into NATO of the countries of Eastern Europe - once members of the Warsaw Pact, of the Yugoslav Federation and also of the USSR, has allowed the United States to bind these countries, to which Ukraine and Georgia are added and in fact are already in NATO, more so to Washington than to Brussels.

Washington has thus been able to push Europe into a new Cold War, making it the first line of an increasingly dangerous confrontation with Russia, which functions in the political, economic and strategic interests of the United States.

Emblematic is the fact that, just in the week in which Europe was debating the "Italian question" bitterly, the 1st Armoured Brigade of the 1st U.S. Cavalry Division, coming from Fort Hood in Texas, landed in Antwerp (Belgium), without provoking any significant reaction. Some 3,000 soldiers landed, with 87 Abrams M-1 tanks, 125 Bradley combat vehicles, 18 self-propelled Paladin cannons, 976 military vehicles and other equipment, which will be deployed at five bases in Poland and sent from there close to Russian territory.

This continues to "improve the readiness and lethality of U.S. forces in Europe," to which $16.5 billion dollars since 2015.

Just as the tanks sent from Washington landed in Europe, Steve Bannon encouraged Italians and Europeans to "recover their sovereignty" from Brussels.

Complément au 29/05, 20h

En fait, il apparaît ce soir que si le Mouvement 5 Etoiles et la Ligue du Nord réussissent à maintenir leur coalition, le coup d'Etat de Bruxelles et de Washington se retournera contre ses auteurs. La coalition ne manquera pas de voter, comme c'est son droit constitutionnel, afin de destituer le gouvernement Mattarella à peine formé. Lors de la campagne pour les élections suivantes, elle recueillera encore plus de voix de la part d'un électorat révulsé par le coup d'Etat qui lui avait été imposé. A ce moment, sauf à déclarer vraiment la guerre à un Etat membre de l'Union européenne, les putchistes devront s'incliner.

Mise à jour au 03/06

Finalement, devant l'indignation générale, le Président Matarella a du accepter un gouvernement Cinq Etoiles -Ligue du Nord, avec peu de changements. Mais le programme de celui-ci sera difficile à établir. Nous y reviendrons. 

 

28/05/2018
Vos réactions
Dernières réactions
Actuellement, pas de réaction sur cet article!
Votre réaction
Vérification anti-spam
Nom/pseudo*


Email*


Titre*


Commentaire*


* champs obligatoires
Europe Solidaire