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Le plan de démonétisation en Inde

L'Inde aspire à dépasser la Chine dans vingt ans. Cette dernière n'est pas sans problèmes, que nous avons relaté. Mais l'Inde, qui dispose certes d'atouts certains, rencontre un nombre de problèmes apparemment plus importants.

Les premiers, dans l'immédiat, proviennent des effets du plan de démonétisation lancé en 2016. Il visait dans le cadre de la réforme de la structure économique de la société indienne, à faire abandonner l'utilisation d'argent liquide, très largement répandu, notamment dans les campagnes, au profit de règlements bancaires. Près de la moitié de la population a du se faire ouvrir un compte en banque.

Le plan prévoyait que tous les billets de 500 et de 1 000 roupies (représentant plus de 80 % de la monnaie en circulation1) soient retirés du marché. La population s'est vu donner 50 jours pour les déposer sur un compte en banque ou les échanger contre de nouveaux billets de valeur équivalente ( voir https://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9mon%C3%A9tisation_des_billets_de_500_et_1_000_roupies

Le but principal de cette opération était de combattre le marché noir afin de supprimer l'argent sale et la fausse monnaie. Mais très peu de monnaie a été rendu aux banques. En fait, les acteurs du marché noir indien préfèrent investir leurs bénéfices dans des bijoux ou de la propriété immobilière. Le peu de liquide avec lequel ils se retrouvaient a été généralement échangé de manière détournée en obligeant des personnes plus faibles pour qu'elles l'échangent à leur place. Quant à la contrefaçon, de faux billets de 2 000 roupies sont apparus presque en même temps que les vrais.

Un autre objectif du plan était de changer les habitudes des consommateurs qui effectuaient la quasi-totalité de leurs transactions en liquide. Une tendance qui, dans les mois qui ont suivi l'annonce du plan, a été largement enrayée. Mais beaucoup du fait d'un manque de liquidité suite à l'incapacité des banques de fournir suffisamment de nouvelle monnaie aux consommateurs. Ensuite les anciennes habitudes ont eu tendance à reprendre, les retraits de billets aux distributeurs ayant repris tandis que les règlements bancaires, après avoir fortement cru, se sont stabilisés à la baisse.

A court terme, les effets sur l'économie indienne globale sont très modestes, sinon négatifs. On a constaté un ralentissement de la croissance, déjà amorcé, ainsi qu'un déclin dans les lancements de nouveaux projets. Les revenus de la banque centrale indienne ont également diminué du fait de la nécessité d'absorber l'excès de liquidités dû à la démonétisation.. Le plan de démonétisation a eu des conséquences extrêmement lourdes sur les plus petites entreprises. Celles qui fonctionnaient uniquement avec du cash ont eu de mal à survivre dans les premiers mois de la démonétisation alors que le manque de liquidités poussait les consommateurs à se rediriger vers des entreprises de plus grande taille, mieux structurées et surtout mieux équipées pour ce qui est des modalités de paiement.

Or selon les estimations, les très petites ou petites entreprises représenteraient 45 % de l'économie indienne et emploieraient 60 millions de personnes. Il s'agit très souvent d'affaires familiales, faisant appel à un personnel issu de l'exode rural, qui n'était pas prêtes et n'avait pas les moyens de suivre le plan de démonétisation. Beaucoup d'entre elles ne déclaraient pas toutes leurs activités, voire n'en déclaraient aucune. Dès lors, elles furent sévèrement impactées par le plan de lutte contre la « black economy ». Cela dit, la mesure de démonétisation avait été décidée par le gouvernement en partie pour faire disparaître ces entreprises traditionnelles peu retables au profit d'entreprises plus modernes et mieux équipées.

Mais la médication a été brutale. Comme le montre une étude de l'All Indian Manufacturers' Organisation, http://www.aimotnsb.com/  au cours du premier trimestre ayant suivi la décision (octobre-décembre 2016), une perte de 35 % des emplois pour les PME contre 15 % pour les plus grandes entreprises a été constatée. Au cours du trimestre suivant (janvier-mars 2017), les PME ont subi une perte de 30 % des emplois. Une relance est tout de même apparue à partir du troisième trimestre (avril-juin 2017) avec un retour de 15 % des emplois pour les PME comme pour les plus grandes entreprises

C'est non seulement en ville mais dans les campagnes que le plan de démonétisation a eu des effets mal acceptés. L'agriculture connaît une grave crise à laquelle la démonétisation n'a pas su répondre. Plus de la moitié de la population indienne vit en région rurale et l'agriculture, bien qu'elle ne représente plus la principale source de revenu, y tient une place centrale. Obliger les agriculteurs à s'ouvrir des comptes en banque a représenté un véritable choc de civilisation.

Ceci d'autant plus que le secteur agricole fait face à un énorme défi de modernisation et ses difficultés sont immenses. À commencer par l'incertitude qui accompagne, depuis plusieurs décennies déjà, mais de manière croissante, une mousson devenue totalement imprévisible. La migration vers les villes a fortement augmenté, accroissant les difficultés de ces dernières.

Le gouvernement doit être réaliste. Le processus de démonétisation devra mettre 20 ans pour se généraliser.

 

30/04/2018
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