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Elections. Les trois Europe

Plutôt que consacrer un éditorial à délivrer un message de plus en faveur de la participation aux élections européennes, nous voudrions tenter d'expliquer pourquoi beaucoup de gens, sans se désintéresser du projet européen, n'attendent pas grand-chose du futur parlement. C'est que pour beaucoup d'entre eux, il existe trois Europe différentes, paraissant soit dangereuses soit hors de portée, le tout du fait de la démission des hommes politiques qui prétendent se battre pour l'Europe.

La première Europe est celle des institutions actuelles, que l'adoption supposée prochaine du futur traité ne changera pas beaucoup. Même améliorées par ce Traité, elles paraîtront toujours aussi lourdes et loin du citoyen. En ce qui concerne le futur Parlement, il faut être expert pour comprendre en quoi ses pouvoirs seront augmentés par rapport à ceux de l'actuel.  La future Commission répondra sans doute à l'adage bien connu : on prend les mêmes et on recommence. Il est déjà particulièrement symptomatique de constater que le futur président de la future Commission a déjà été quasiment désigné au mépris de toute procédure démocratique. Ce serait, parait-il, Jose Manuel Barroso, présenté  comme le plus susceptible de faire l'unanimité. Sans doute fera-t-il l'unanimité, mais se sera celle des groupes de pression ultralibéraux dont nous allons dire un mot ci-dessous.  Ceci étant, les institutions actuelles sont ce qu'elles sont. Il faudra bien les faire évoluer. Mais ce sera à la saint glin-glin. Nous nous battrons pour notre part afin qu'elles évoluent dans un sens beaucoup plus fédéral.

Ajoutons cependant que, comme une vraie nouvelle constitution n'est pas en chantier, s'abstenir de voter dans le cadre des Traités actuels serait un comportement particulièrement négatif.  

La deuxième Europe est celle des milliers de groupes de pression qui par des voies aussi détournées qu'obscures, obtiennent des députés et fonctionnaires européens, comme des hommes politiques et fonctionnaires nationaux participant au fonctionnement des institutions, les décisions qui leur conviennent. Ces groupes de pression ou lobbies ne se limitent pas aux défenseurs de la chasse ou de l'automobile. Il serait faux aussi de penser que représentant des intérêts contradictoires, ils se neutralisent.  Ils ont toujours, depuis la création de la communauté européenne, œuvré en majorité au service de l'Alliance atlantique, du grand marché euro-américain et plus récemment du capitalisme financier international, lui aussi américano-centré. Personne, en dehors de quelques rares spécialistes de l'intelligence économique préoccupés d'indépendance et de souveraineté européenne  ne les a vraiment identifiés. Pourtant ils drainent  des dizaines de milliards d'euros et achètent la « sympathie » de centaines voire de milliers d'hommes politiques et de fonctionnaires influents.  

Les électeurs, sans le savoir clairement, le devinent. Pourquoi voter, se disent-ils, puisque les décisions seront prises ailleurs et dans le sens contraire à ce qu'imposerait la crise. Nous en avons un exemple récent, dénoncé par Jean-Pierre Jouyet (Le Monde du 27 mai, p. 13). Pourquoi la commission européenne renonce-t-elle  à créer le grand régulateur européen des marchés financiers qu'il avait été convenu de mettre en place à la suite des recommandations du G20 ? La réponse est simple : parce que « Bruxelles »  est instrumentalisé par les lobbies de la finance internationale, agissant directement sur la commission  et indirectement par la voix des gouvernements de Grande-Bretagne, du Luxembourg et autres pays atlantistes.

Il existe une troisième Europe, non pas telle qu'elle est mais telle qu'elle devrait être, dans l'esprit de tous ceux qui croient encore à la possibilité d'une Europe puissance indépendante et souveraine.  Il s'agit pour le moment de l'Europe du rêve. Certes des projets très précis ont été élaborés pour concrétiser ce que pourrait faire une telle Europe : lutte contre la crise environnementale et climatique, grands programmes de recherche, investissements technologiques susceptibles de créer de l'emploi pour 20 ans tout en mettant les Européens en tête de la construction d'un monde à la fois social et respectueux de l'environnement. Mais ces programmes, que pour notre modeste part nous contribuons à préciser, restent du domaine des dossiers 1). Nul grand parti politique à vocation européenne ne s'en saisit, même pas les partis de gauche qui devraient pourtant en faire un argument imparable pour convaincre les électeurs. Pourquoi alors aller voter, se disent beaucoup de ces derniers, si aucun de nos représentants ne reprendra ces idées fortes ?  

Ne soyons pas négatif. Nous continuerons, avec d'autres de nos amis, à tenter de préciser jour après jour ce que pourrait être l'Europe telle que nous la rêvons. Il en restera bien quelque chose. Mais convenons que le mutisme des partis politiques pour qui nous nous préparons à voter  n'encourage pas à le faire avec enthousiasme.

1)    Rappelons l'une de nos contributions, toujours actuelle à quelques détails près. Il s'agit du Manifeste anti-crise de novembre 2008
http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=163
27/05/2009
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