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La Turquie rejoindra-t-elle l'Eurasie ?

La Turquie a été dès le début membre de l'Otan. Elle l'est encore formellement. Mais c'était du temps où les pressions américaines voulaient à tous prix élargir le périmètre de celle-ci jusqu'à inclure un pays détenant une position clef dans une partie de l'Asie mineure proche de la Russie.


Les premiers ministres d'alors, notamment Mesut Yilmaz puis Süleyman Demirel, devenu en avril 1993 Président de la République, étaient très sensibles, si l'on peut dire, aux arguments américains.

C'est aussi sous la pression des Etats-Unis que la Turquie avait manifesté la volonté d'entrer dans l'Union européenne – perspective fort mal accueillie dans les pays européens compte tenu du fait que seraient entrés ainsi dans l'Union 80 millions de musulmans, qui auraient radicalement changé le visage de celle-ci.

L'arrivée au pouvoir le 3 novembre 2002 des conservateurs du parti AKP et de Recep Tayyip Erdogan qui devint premier ministre en mars 2003 puis président en 2009 a marqué la volonté non seulement de se rapprocher du monde sunnite et de retrouver les « valeurs » de l'islam mais aussi celle d'échapper à l'influence américaine.

Ainsi en 2003, le Parlement turc a refusé de permettre le stationnement des troupes américaines sur le sol turc lors du déclenchement de la guerre en Irak. Les bases américaines existantes sont restées en place, mais dans un climat de méfiance réciproque croissant. Parallèlement, les relations de la Turquie avec Israël, de tous temps alliée des Etats-Unis se sont gravement dégradées, pour ne pas dire plus, à la suite de l'attaque par Israël du navire turc Mavi Marmara, en 2010, qui tentait de briser le blocus israélien de la bande de Gaza.

Mais dans le même temps Ankara s'était activement engagé dans la lutte contre le gouvernement alaouite de Bachar al Assad, soutenu par la Russie. Pour ne pas rentrer dans les détails, disons que sa position entre Etats-Unis et Russie était restée longtemps imprécise. La tentative de coup d'Etat militaire du 15 juillet 2016 contre Recep Tayyp Erdogan, provenant de Washington et déjoué grâce aux informations fournies par le renseignement russe, a marqué un début de rapprochement avec la Russie. Des purges très importantes ont éliminé du pouvoir pratiquement tous les fonctionnaires et militaires favorables aux Etats-Unis.

Depuis, l'opération menée contre les Kurdes de Syrie, notamment dans l'enclave d'Afrine, baptisée Rameau d'Olivier, a aggravé les tensions avec Washington car elle menace les militaires américains se disant engagés dans la lutte contre l'Etat islamique mais continuant sans doute à encourager discrètement Daesh.

Au contraire, la Russie a réussi à convaincre Erdogan de s'engager de plus en plus concrètement, malgré les tensions avec Damas, dans un axe dit chiite, comprenant l'Irak, la Syrie et l'Iran, dont les succès diplomatiques récents ont, comme nous l'avons plusieurs fois rapporté, marqué un recul important, sinon décisif, de l'influence américaine dans cette partie du Moyen-Orient.

Le rapprochement avec la Russie et la Chine

En décembre dernier, un accord de principe a été signé avec la Russie concernant la construction en Turquie d'une première centrale nucléaire dans la ville de Akkuyu, pour le prix de 20 milliards de dollars. Celle-ci devrait produire de l'électricité à partir de 2023. Curieusement, elle restera possédée par la Russie.

Parallèlement, l'accord concernant la livraison de missiles anti-missiles russes du type S.400 devra être exécuté avant 2020. Washington, qui espérait vendre ses Patriots, avait considéré cela comme une quasi-déclaration de guerre. Il faut également mentionner l'avancement de la construction du gazoduc dit Turkish Stream dont le débouché vers l'Europe sera en Turquie.

Mais ceci n'est rien au regard du désir de plus en plus évident d'Ankara de ne pas être oublié dans les organismes de coopération internationale où la Russie et de plus en plus la Chine, jouent le rôle moteur. Il s'agit pour le moment et en premier lieu de l'Union Economique Eurasiatique, Eurasia Economic Union (EEU), qui dès la fin de 2018 se traduira par la création d'une zone de libre échange. L'EEU comprend d'ores et déjà la Russie, le Kazakhstan, la Biélorussie, le Kyrgyzstan et le Vietnam. La Chine, l'Inde, l'Indonésie et différents autres pays comptent y participer. Erdogan ne pourra pas accepter d'en être tenu à l'écart, d'autant plus que ses espoirs de rentrer dans l'Union européenne et la zone euro se font de plus en plus ténus.

Au moment où Recep Tayyp Erdogan se voit de plus en plus comme l'héritier de l'ancien Empire Ottoman, il sera de plus en plus sensible aux intérêts russe et chinois visant à construire une Eurasie qui concurrencera efficacement l'Empire américain et la zone dollar.

Les Etats européens seront dans cette perceptive confrontés à une choix crucial. Resteront-ils, comme l'est encore l'Allemagne et l'Europe du Nord, un avant poste américain à la pointe de l'Eurasie? Voudront-ils, en suivant l'exemple turc, profiter du développement de l'Eurasie pour bénéficier de ses perspectives économiques et stratégiques. Si l'on consultait le géant pétrolier français Total, comme nombre de producteurs agricoles et industriels de l'hexagone, y compris dans le domaine des nouvelles sciences,  la réponse ne ferait aucun doute.


 

08/04/2018
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