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Crise et reconversion au Japon

Alors que le Japon souffre actuellement de la crise et reconsidère ses alliances économiques et politiques, l'Union Européenne, faute d'une vision géopolitique en Asie, ne tirera aucun avantage d'un éventuel rééquilibrage des stratégies japonaises

L'économie japonaise a enregistré un recul record de -4% au premier trimestre de 2009, soit la plus forte contraction de son histoire en rythme trimestriel, bien que les économistes s'attendent à une reprise prochaine. La chute est un peu  moins importante que les 4,2% attendus par les économistes et elle fait suite à une contraction de 3,8% du PIB lors du dernier trimestre de 2008. En rythme annuel, et après quatre trimestres consécutifs de baisse, la récession japonaise s'établit à 15,2%. A titre de comparaison, l'économie de la zone euro a connu une récession de 2,5% pour le premier trimestre 2009. Cette baisse continue pendant un an a annulé la totalité de la croissance enregistrée entre la mi-2003 et le début 2008.

Rappelons que le Japon représente la seconde économie du monde, à quelques détails près. Il est évident qu'il ne peut échapper à la crise économique actuelle. La prospérité de son économie, notamment celle des grands groupes industriels, a toujours reposé sur l'exportation de produits à haute valeur ajoutée technologique. Les clients en étaient principalement les Etats-Unis, l'Europe et dans une moindre mesure la Russie. Sans que le Japon soit à proprement parler un pays protectionniste et dirigiste, le rôle de l'Etat dans la promotion des filières technologiques et industrielles, tant dans la recherche que pour les aides à l'exportation, a toujours été important. On se souvient de l'importance du MITI, ministère de l'industrie, pour l'encouragement à l'électronique de pointe dans les années 1980.

Comme beaucoup de pays asiatiques, le marché intérieur japonais n'a pas le développement qu'il a pris dans les pays occidentaux de taille et de compétence comparables. Les services sociaux et de santé sont par ailleurs en mauvais état.  Mais la dette publique japonaise, comme la faiblesse politique de l'actuel gouvernement, ne laissent pas espérer une relance importante du marché intérieur provenant de  l'Etat. Celui-ci se borne à garantir les dettes des grandes banques, comme partout ailleurs. L'économie intérieure est encore aux mains de familles traditionnelles, voire de mafias qui renforcent ses tendances à l'autarcie. Ce ne sera pas de toutes façons la demande de consommation  qui relancera la production industrielle.

Le Japon est en fait, par la généralisation de la crise, confronté à de grands choix. Concernant l'orientation de son industrie et de sa recherche, il devra tenir de plus en plus compte de la nécessité de s'adapter à la crise environnementale, qui sera très sévère en Asie. Une décroissance inévitable des activités les plus polluantes sera nécessaire. Mais le Japon dispose d'une compétence technologique qui devrait lui permettre de s'adapter aussi vite et bien que les Etats-Unis et la Chine, bien mieux que l'Europe. Encore faudra-t-il que ceci soit soutenu par un réel retour à un  gouvernement économique « intelligemment » dirigé, qui soit capable de négocier sa place dans le monde  plutôt que l'imposer de façon impériale.

Sur le plan de ses relations politiques et subséquemment commerciales, il est clair que l'alliance avec l'Amérique restera un point fort de l'équilibre régional. Barack Obama lui-même en est convaincu. Mais l'Amérique cessera sans doute d'être l'Alliée de référence. On peut sans risque de se tromper prévoir que des relations d'échange, nécessairement négociées sur le plan de la réciprocité,  s'établiront avec la Chine, sans doute aussi avec la Corée du Sud et les autres pays de l'Asie du Sud-est. Enfin, comme indiqué, la cohabitation avec la Russie, voire la coopération, s'imposeront de facto, même si cette perspective n'entraîne pas d'enthousiasme populaire, de part et d'autre. L'Amérique ne retrouverait une influence politique d'importance que si des menaces de guerre nucléaire, provenant notamment du Pakistan, se concrétisaient dans les années prochaines. 

A nouveau, malheureusement, l'Union Européenne souffrira de son incapacité à définir une vision géopolitique en Asie. Elle se bornera à jouer le rôle d'un marché d'exportation pour les industries japonaises. Les quelques alliances existantes entre firmes européennes et nippones ne doivent pas faire illusion. A taille économique comparable, le Japon et l'Europe sont aujourd'hui incapables de peser ensemble sur l'évolution mondiale.
21/05/2009
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Nombre de réaction(s) : 1
Ajouter la grippe
22/05/2009 19:06:02 | Par : JPB
Aux dernières nouvelles, comme nul n'en ignore, la menace d'un foyer autonome de grippe A(H1N1) commence a paralyser l'économie japonaise. Mais qu'ils se rassurent. Ils ne seront pas les seuls à souffrir de la pandémie qui s'annonce
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