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Le partenariat oriental

L'Union européenne a lancé le 7 mai à Prague un « partenariat oriental » destiné à monter une association avec six ex-Républiques soviétiques. L'initiative parait hasardeuse car elle suggère l'idée d'une coalition destinée à affaiblir l'influence russe dans la région. Ceci d'autant plus que cette dernière n'était pas invitée. Il y aurait pourtant bien d'autres choses plus essentielles à négocier avec la Russie

Dans l'esprit des promoteurs directs de ce partenariat, la Pologne, la Suède et la Tchéquie, c'est bien pourtant ce dont il s'agit. Les pays concernés, la Géorgie, la Biélorussie, l'Ukraine, la Moldavie, l'Azerbaïdjan et l'Arménie sont tous à des titres divers soucieux de se rapprocher de l'Union et dans certains cas (Géorgie, Ukraine) d'entrer dans l'Otan. Ils comptent y trouver un appui politique leur permettant d'échapper à une pression russe visant à les garder sous son influence et qui prend différentes formes certainement désagréables.

Mais cette influence est inscrite dans la géopolitique locale. Elle ne disparaîtra pas par enchantement. L'Union européenne, de toutes façons, n'a pas l'intention de s'engager dans une lutte d'influence directe avec la Russie.  Officiellement, en échange de réformes politiques et économiques, elle se propose de libéraliser le commerce, voire, à terme, d'assouplir l'octroi de visas aux ressortissants des pays partenaires. Un budget de 600 millions d'euros est prévu pour financer l'initiative d'ici à 2013. Chacun des 6 peut même espérer négocier un accord d'association avec l'Union, à condition de faire des progrès en matière de démocratie et de droits de l'homme.

En sous-mains, il est certain que les pays européens de l'Est visent effectivement à élargir une sphère d'influence « occidentale », politique et économique, qui éloignerait un peu de leur frontière l'actuelle présence russe. Le pétrole et le gaz sont évidemment pris en compte. Ces pays caressent l'espoir, illusoire à nos yeux, de mieux maîtriser leurs approvisionnements en rapprochant les 6 de l'Est des 27 de l'Union. Nous disons que c'est un espoir illusoire car la Russie conservera toujours, en cas de conflit dur sur l'énergie, la possibilité de couper les sources.

Plus inquiétante est l'action souterraine des intérêts américains dans la région. Même si Barack Obama adopte actuellement un ton conciliant vis-à-vis de la Russie, il faudrait être bien naïf pour oublier  que l'objectif américain reste toujours d'affaiblir la Russie en l'isolant dans ses actuelles frontières. Les manœuvres  de l'Otan en Géorgie,  avec les mini-incidents qu'elles ont provoqués, étaient particulièrement significatives à cet égard – et par conséquent bien mal venues. Ces manoeuvres qui doivent se poursuivre jusqu'au 1er juin, devaient initialement rassembler 1.300 hommes de 19 pays. Mais plusieurs nations ont annoncé leur décision de ne pas y prendre part, notamment l'Arménie, l'Estonie, la Lettonie, le Kazakhstan, la Moldavie et la Serbie. La Russie a largement critiqué l'organisation d'exercices de l'Alliance atlantique, estimant que cela encourageait le président géorgien Mikhaïl Saakashvili à reconstruire l'armée géorgienne. Dans ce contexte, des expulsions croisées de diplomates ont eu lieu.

Concernant le partenariat, le ministre russe des affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a mis en cause cette initiative, disant craindre qu'elle ne suscite de nouvelles lignes de partage au sein du continent : « Certains veulent que les pays de ce partenariat fassent le choix entre la Russie et l'Union européenne » a-t-il dit à l'issue d'une rencontre à Varsovie avec son homologue polonais, Radoslaw Sikorski. Les pays européens de l'Est ne sont pas en reste d'accusations. Plusieurs capitales se sont plaintes des pressions exercées par Moscou sur les pays du partenariat pour les dissuader d'y jouer un rôle actif. Juste avant la réunion, le vice-premier ministre tchèque, Alexandr Vondra, s'était dit préoccupé par le regain de tension avec la Russie qui aurait, selon lui, accompagné la genèse du projet, au sein de l'Otan comme dans les pays associés au projet. D'après M. Vondra, les événements « peu clairs » survenus en Géorgie à la veille de manoeuvres communes avec l'Otan pourraient être liés au lancement du partenariat. Tout ceci rappelle fâcheusement la guerre froide.

Les Européens, comme d'ailleurs la Russie, n'ont pas été cependant sans noter que l'Allemagne et la France se sont tenus très en retrait lors du lancement de ce partenariat. Les gouvernements  de la « vieille Europe » ne veulent manifestement pas affronter la Russie sur ce qu'il faut bien appeler des détails, alors que des enjeux de négociations bien plus importants sont plus que jamais d'actualité. Mais il ne suffirait pas à la France et à l'Allemagne de prendre du recul pour que les conditions favorables avec un réel partenariat Union européenne- Russie soient engagées. Il faudrait faire des propositions plus précises et les négocier avec persévérance.

D'autres grands pays n'ont pas la même timidité. Les diplomates ont noté qu'à la date du 12 mai, des accords économiques de grande ampleur avaient été conclus entre le Japon et la Russie. Il s'agit notamment, outre l'engagement de régler les problèmes de voisinage, d'un accord sur l'utilisation de l'énergie nucléaire. Selon l'accord, la Russie fournira un approvisionnement  régulier de combustible nucléaire au Japon et en retour, des  grandes entreprises japonaises dans le domaine, telles que Toshiba et Hitachi,  transféreront  des technologies (sic) et fourniront des équipements à la Russie pour l'aider à améliorer son industrie nucléaire. Derrière ces firmes se trouvent l'américain Westinghouse,  concurrent de Areva.  L'accord a été signé à l'occasion de la visite du Premier  ministre russe Vladimir Poutine à Tokyo. 
13/05/2009
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Relations euro-russes
13/05/2009 18:25:55 | Par : Joseph Leddet
Ne faudrait-il pas profiter des bonnes relations franco-allemandes actuelles, et de l'état présent de crise qui oblige tout le monde à se remettre en question, pour suggérer la mise en place d'un axe Paris/ Berlin/ Moscou autour de 5 ou 6 grands projets (défense, espace, énergie, recherche….) ?
Arrêtons-donc de laisser le champ libre à la CIA et aux atlantistes européens de tous bords quant à la politique étrangère européenne, car c'est clairement du « no future » pour nous!

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