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Les Kurdes s'aperçoivent que l'« allié » américain les abandonne

Les combats qui se développent au nord de la Syrie paraissaient ces derniers jours difficilement compréhensibles. On y voit s'affronter les Turcs, les Kurdes, les Syriens de Bashar al Assad, les tribus arabes dites « proxies » ou mandataires des Etats-Unis et en arrière plan les aviations américaines et russes.

Aujourd'hui, à nos yeux tout au moins, une explication paraît pouvoir s'imposer. Tout serait du à une nouvelle volonté d'intervention militaire américaine pour renverser le gouvernement de Damas. qui est en train d'échouer

Apparemment abandonnée, cette volonté américaine avait été à nouveau exprimée par les déclarations incendiaires de Rex Tillerson, Secrétaire d'Etat nommé par Donald Trump. Tillerson y affirmaient que les Américains ne quitteraient jamais la Syrie, qu'ils allaient au contraire y renforcer leur présence militaire, avec la création d'une force de dite de protection de la frontière de 30.000 hommes dont au moins 2.000 américains.

Il avait également repris la vieille affirmation selon laquelle « Assad must go ». Pourquoi persister à vouloir renverser Assad? Parce qu'il est un allié indéfectible des Russes et qu'il a permis leur installation dans deux bases militaires syriennes. C'est en fait le départ des Russes que Washington recherche.

Pour cela, Tillerson avait en dernier lieu imaginé de créer un bastion américain au nord de la Syrie par l'intermédiaire des Kurdes de Syrie. Ceux-ci, toujours en quête d'indépendance, avaient cru qu'ils pourrait pour cela bénéficier de l'appui américain. A partie de cela, ils auraient pu gravement fragiliser Damas.

Mais depuis quelques jours, Tillerson enregistre une série de déconvenues en chaine, provenant de réactions que les services américains n'avaient pas prévues.

Déconvenues américaines

La première a été l'intervention militaire de la Turquie en Syrie. Recep Erdogan , avec des moyens militaires puissants, est entré sur le territoire kurde dont Tillerson souhaitait faire son bastion avancé.  Les peshmergas kurdes,  malgré une forte résistance, perdent de plus en plus de terrain. Or les Américains semblent ne pas encore vouloir s'opposer militairement aux Turcs, encore formellement leurs alliés au sein de l'Otan.

La seconde déconvenue, non prévue par Tillerson, tient au fait que Moscou vient de déclarer ouvertement son appui aux Turcs. Cela signifie que les Russes pourraient, en cas de nécessité, s'opposer militairement à la présence américaine au nord de la Syrie. Le risque de guerre russo-américaine serait si grand que Washington ne paraît pas encore près à le courir. Paris et Berlin, en dehors de Londres, toujours aux ordres, manifestent de plus en plus de réticences à soutenir les ambitions miliaires américaines en Syrie. 

Une troisième déconvenue découle de ce que le gouvernement de Damas, un instant fragilisé, a repris tout le terrain conquis, là encore avec le soutien des Russes. Lui aussi, Bashar al Assad s'oppose énergiquement à la création d'un territoire kurde indépendant en Syrie, sous tutelle américaine, premier pas vers la partition de la Syrie en plusieurs provinces s'opposant les unes aux autres.

L'Iran, en voie de devenir une grande puissance régionale, elle aussi alliée de la Syrie et des Russes, ne laissera manifestement pas de son côté se créer un bastion kurdo-américain en Syrie. Là encore, Tillerson et Donald Trump, malgré leurs proclamations menaçantes à l'égard de Téhéran, ne semblent pas prêts à ouvrir un nouveau front en Iran. 

La dernière (à ce jour) déconvenue américaine est que les Kurdes syriens eux-mêmes semblent découvrir leurs fragilités. Ils seraient près à refuser l'alliance militaire américaine. Des émissaires, discrètement envoyés par eux auprès des Russes, en discuteraient aujourd'hui avec ceux-ci.

Une future déconvenue peut être prévue. Les alliés arabes sunnites, dont en premier lieu l'Arabie saoudite, se méfieront de plus en plus des efforts américains pour les embrigader à leur service dans une guerre avec les puissances chiites. Jusqu'ici, notamment au Yémen, les Américains ne les ont guère aidés, sauf avec des livraisons d'armes, à éliminer les Houthis, alliés de la Syrie et de l'Iran. Quant à Israël, jusqu'à quand restera-t-il fidèle à une politique américaine qui les ménera à la catastrophe? 

Nous pourrions ajouter que ce qui reste en Syrie de représentants de l'Etat islamique ont repris quelques offensives contre les Syriens et les Russes. De plus, il reste une grosse poche de l'EI dans le sud est de la Syrie en principe sous contrôle des kurdes-américains. Pour un Donald Trump qui avait affirmé au début de ses fonctions présidentielles que la lutte contre le terrorisme serait sa première priorité, le résultat n'est guère concluant. A moins qu'il ne veuille conserver des terroristes pour justifier son maintien.

Au vu de tout cela, Rex Tillerson devra-t-il, selon l'expression française, manger son chapeau, c'est à dire de nouveau annoncer le retrait militaire américain de Syrie? Le proche avenir le dira.

 

 

 

 

24/01/2018
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