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L'Espagne socialiste réaffirme son allégeance aux Etats-Unis

Les si émouvantes retrouvailles entre Nicolas Sarkozy et José Luis Zapatero, lors de la visite d'Etat conduite par le président français à Madrid, se sont faites sur fond de retour de l'Espagne, en connivence avec la France, à l'allégeance transatlantique. Le gouvernement espagnol considère sans doute celle-ci comme la seule bonne façon de relancer une économie en déroute. Mais faut-il pour autant cautionner les aspects les plus dangereux de la politique extérieure américaine ?

Le gouvernement socialiste de José Luis Zapatero avait en effet annoncé peu auparavant qu'il allait, répondant aux objurgations de Barack Obama, augmenter de 778 à 1.200 hommes sa participation à l'ISAF (International Security Assistance Force) de l'Otan déployée en Afghanistan. A cette occasion, le ministre espagnol des affaires étrangères Ánel Moratinos s'était félicité du fait que la participation espagnole était la plus élevée de celles des alliés. La ministre de la  défense Carme Chacón avait cependant en décembre devant le parti socialiste (PSOE) indiqué qu'elle n'était pas favorable à un accroissement de l'effort militaire en Afghanistan, compte-tenu du flou de l'engagement occidental dans cette région. Les électeurs sont d'ailleurs de plus en plus hostiles à ces missions. Il faut dire que l'Espagne a supporté le plus grand nombre de pertes de tous les pays européens, soit 87 morts depuis 2002. C'est devant une hostilité de même nature que Madrid  avait auparavant décidé de retirer d'Irak le contingent espagnol.

Mais pourquoi aujourd'hui cette ouverture à la guerre, alors que les éléments de l'engagement de l'Otan en Afghanistan n'ont été en rien modifiés depuis l'élection de Barack Obama ? On peut penser que José Luis Zapatero estime que la présidence Obama peut ouvrir une nouvelle phase d'amitié avec l'Amérique, se traduisant par une normalisation des relations diplomatiques compromises par l'unilatéralisme de G.W. Bush. Le ministre Anel Moratinos avait ainsi expliqué qu'un « lien d'amitié très solide s'était établi entre Zapatero et Obama, lequel offrait au monde un très grand espoir ». Dans la suite de cette nouvelle amitié transatlantique, la malheureuse Carme Chacón avait été fortement semoncée, sinon désavouée quand, croyant bien faire, elle avait annoncé le retrait prochain des 620 militaires espagnols participant à la KFOR de l'Otan au Kosovo, un autre théâtre d'engagement cher à l'encore superpuissance américaine.

Derrière un enthousiasme obamaniaque qui paraîtrait naïf se tient la volonté de participer aux grands contrats américains concernant le « verdissement de l'économie ». José Luis Zapatero espère en effet qu'en basant la relance de la croissance espagnole sur des technologies et investissements destinés à lutter contre la pollution et le réchauffement climatique, il pourrait compenser l'effondrement de la construction et du tourisme. Pourquoi pas ? Mais l'Espagne ne sera pas seule en Europe à s'accrocher à cette bouée. Quant aux Américains, on ne voit pas pourquoi ils réserveraient des partenariats privilégiés à un pays dont les compétences dans les hautes technologies sont encore limitées.

Dans cet espoir cependant et concernant l'Afghanistan, Moratinos a poussé l'illusion jusqu'à  proposer un grand plan Marshall vert pour la région. L'idée est soutenue par des sociétés espagnoles expertes en énergie renouvelables telles que  Iberdrola, Abengoa, et Acciona. Elles espèrent par ricochet pouvoir bénéficier de contrats aux Etats-Unis. Pourquoi pas ? D'autant plus que l'industrie espagnole a déjà pris quelques positions intéressantes en ce domaine dans les Caraïbes et en Amérique Latine.

Le Think Tank espagnol  Real Instituto Elcano appuie fortement ces orientations, en montrant que l'avenir de l'Espagne pourrait être dans l'énergie et notamment les énergies vertes. Le pays  pourrait ainsi renforcer son rôle dans la gouvernance mondiale au sein du G20. C'est ce que plaide un rapport récent sur ce thème “Spain and the G-20: A Strategic Proposal for Enhancing its Role in Global Governance”.

C'est bien notre avis. Nous regrettons pour notre part que le gouvernement français n'affiche pas des ambitions aussi volontaristes dans ce domaine des nouvelles énergies. Mais répétons-le, faut-il pour ce faire se mettre sous la tutelle économique et politique des Etats-Unis, plutôt que tenter de rassembler  les industries et les gouvernements européens autour de grands programmes communautaires ?
03/05/2009
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