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Faux listings suisses, escroquerie ou manipulation?

Ce 13 décembre, Médiapart publie un article dont nous reprenons ici quelques extraits. L'accès aux articles du journal est en effet réservé aux abonnés. Mais il nous paraît nécessaire de faire connaître à nos lecteurs cette affaire d'un grand intérêt général. Médiapart nous le pardonnera, espérons-le.

Le texte de Médiapart:

Un article du Canard enchaîné daté du 5 décembre raconte que fin 2015 des individus ont tenté de vendre environ 3 000 relevés de comptes suisses à la Direction nationale des enquêtes fiscales (DNEF), le service de renseignement du fisc. Ils ont également envoyé des documents au parquet national financier (PNF), chargé des plus grosses affaires de corruption et de fraude fiscale. Mais ces deux institutions ont pu établir, en décembre 2016, qu'une partie au moins des documents avait été fabriquée.

Après avoir mené sa propre enquête, Mediapart a acquis la conviction que les documents douteux envoyés à notre journal, à la DNEF et au PNF viennent des mêmes faussaires. Ils concernent en effet les trois mêmes banques (UBS*, Hottinger et Julius Baer) et sont datés, eux aussi, de la fin juin 2012. Il y a également plusieurs noms en commun, dont celui d'un ancien ministre.

Il est très probable que ce sont les mêmes faussaires qui avaient déjà, il y a quatre ans, tenté de piéger la Direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières (DNRED), le service secret des Douanes. Il s'agissait de relevés des mêmes banques avec les mêmes dates. En 2013 comme en 2017, les faussaires ont tenté d'utiliser Mediapart pour faire pression sur les services de l'État afin qu'ils exploitent les données.

Selon les experts que nous avons interrogés, il apparaît impossible que les faussaires aient été motivés par l'argent. Et vu la qualité et la crédibilité des faux, fabriqués à partir d'informations confidentielles, il est peu probable que ce soit l'œuvre d'escrocs isolés.

Bref, il s'agit, selon toute vraisemblance, d'une tentative de manipulation très organisée et d'une ampleur inédite, qui rappelle à certains égards l'affaire Clearstream. Visait-elle à nuire à des personnalités figurant sur les relevés ? À décrédibiliser les services de l'État chargés de la lutte contre la fraude fiscale ou torpiller certains de leurs dossiers ?

On ne le saura peut-être jamais. Alors même que des services ultrasensibles ont été visés, la justice n'a, très curieusement, pas ouvert d'enquête à l'encontre des faussaires. Contactés, la DNEF et le PNF n'ont pas souhaité commenter.

Quelques commentaires

* Il est évident que les documents, bancaires ou non, dérobés par les personnes se disant « lanceurs d'alerte » peuvent être des faux. Ils peuvent viser à déconsidérer d'authentiques lanceurs d'alerte, ou toute institution ou personne vises par les documents.

* Il est évident aussi que ces documents peuvent être authentiques. Il serait inadmissible de ne pas en prendre connaissance sous prétexte qu'ils pourraient être faux.

* Mais prendre connaissance est une chose, rediffuser très largement en est une autre. Dans ce cas, le rediffuseur fait le jeu du faussaire, quel que soit ce faussaire et quel que soit ce jeu. Sur ce plan, Médiapart s'est comporté en média responsable: signaler la manipulation mais n'en tirer à ce jour aucune conclusion.

* Cependant, ne pas mener des enquêtes approfondies sur les documents, leur origine, le but de la diffusion ne serait pas admissible. C'est d'abord aux services « officiels » à mener ces enquêtes. L'on comprendrait que dans un premier temps, ils ne communiquent pas aux citoyens les résultats de leurs investigations. Mais après le temps nécessaire au respect des procédures administratives et judiciaires, ces services se rendraient suspects, aux yeux de ces mêmes citoyens, en faisant silence sur la manipulation. Chacun est concerné car, dans la société numérique qui est la nôtre, chacun peut être victime de telles manipulations. Une veille attentive s'impose donc à tous.

* Le même raisonnement devrait s'appliquer, en ce qui concerne les médias recevant de tels listings. Il serait inadmissible qu'ils ne cherchent pas à s'informer sur l'origine et les objectifs de ces manipulations. Il serait également inadmissible qu'ils n'informent pas leurs lecteurs des résultats de leurs enquêtes. Mais ils doivent le faire avec beaucoup plus de prudence encore que les « services officiels », car ils ne disposent pas de tous les moyens d'investigation de ces services.

* Ajoutons que, si le citoyen doit faire a priori confiance aux « services officiels » censés, dans une démocratie, travailler pour lui, des situations inextricables pourraient apparaître si les enquêtes, publiques ou privées, révélaient que certains services sont en conflit d'intérêt avec d'autres. Ils peuvent l'être d'abord pour des motifs politiques, mais aussi dans des cas, espérons-les rares, de corruption. Dans ce cas, ceux qui oseraient parler, malgré les risques encourus, auraient un devoir à le faire. C'est ainsi que sous l'Occupation, les médias clandestins qui ont osé dénoncer les propagandes officielles ont joué un rôle essentiel dans la constitution des mouvements de résistance

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Mutatis mutandis, la même politique devrait s'imposer dans les affaires de dénonciation d'abus sexuels. Ne pas faire silence, certes, mais ne pas dénoncer à tout va, compte tenu des innombrables chantages ou vengeances pouvant s'exercer à cette occasion. Là encore, le recours à la police et au juge serait nécessaire. Encore faudrait-il que ces institutions aient le temps d'instruire des affaires qui se multiplieront nécessairement, vu le nombre des « porcs » en circulation.

13/12/2017
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