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Mohammad bin Salman pris dans les conflits géopolitiques mondiaux

Ce texte fait suite à deux précédents articles, référencés ci-dessous, que nous avions consacrés à un effort pour tenter de comprendre ce qui se passe depuis quelques semaines en Arabie saoudite

Addendum au 13/11/2017

Voir la mise à jour que nous venons de publier
http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=2757&r_id=&t=Avenir%20de%20l%27Arabie%20et%20de%20Mohammed%20bin%20Salman

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Lors de sa visite surprise à Riyad le 10/11 auprès du nouvel homme fort de l'Arabie Saoudite, le prince héritier Mohammad bin Salman (MBS), Emmanuel Macron a voulu rappeler la position de la France. Le communiqué diffusé par l'Elysée à l'issue de la rencontre semble vouloir, derrière les généralités diplomatiques, indiquer que Paris s'inquiète de voir Riyad qui poursuit une guerre de plus en plus meurtrière au Yemen, qui participe à une « coalition arabe » menée par les Etats-Unis laquelle accumule les échecs au Sahel, et plus récemment qui fait monter la tension avec l'Iran jusqu'à risquer un affrontement militaire.

Au Liban, la France traditionnelle alliée des partis libéraux et francophones libanais, se demande si, sous couvert de lutter contre une prétendue emprise du Hezbollah dans ce pays, l'offensive menée par MBS contre le premier ministre Hariri, l'ayant poussé à démissionner et se réfugier à Rihad, où il semble aujourd'hui détenu, ne marque pas la volonté de la maison des Saoud de reprendre la main sur le Liban tout entier, ceci au détriment des intérêts français.

Le communiqué, de façon non conflictuelle, s'est félicité de " la stratégie de développement " du prince héritier définie dans sa “vision 2030” , ainsi que de « son discours sur l'ouverture de son pays et l'appui à un islam modéré ». Mais là encore le communiqué fait silence sur les doutes de la France quant à la viabilité d'une « vision » visant à remplacer le pétrole comme facteur de développement par de nouvelles sciences et technologies. Les Saoudiens seront incapables de le faire par eux-mêmes faute de compétences.

De même, en France, on ne perçoit pas clairement, quelles que soient les ambitions affichées par MBS, comment le pays qui a toujours abondamment financé et politiquement aidé le djihadisme islamique, cesserait de le faire. Comment notamment pourrait il se débarrasser d'un islam whahabite de plus en plus extrémiste, présent dans l'ensemble de la société. Concernant les mœurs, le fait d'avoir autorisé les femmes à conduire des automobiles ne sera qu'un alibi pour protéger voire renforcer la domination absolue des hommes.

Que deviendra MBS?

La visite de Emmanuel Macron, autant que l'on puisse l'interpréter sans connaître les pensées et arrières pensées de ce dernier, vise à conforter l'avenir de MBS. Celui-ci, malgré les apparences découlant du succès momentané de son « coup d'état », sous prétexte de lutte anti-corruption, contre une partie de la monarchie et des pouvoirs jusqu'ici dominants, n'est en rien à l'abri d'un éventuel « contre-coup d'état » provenant des intérêts momentanément écartés.

On parle beaucoup de la possibilité d'une prise de pouvoir provenant de militaires humiliées par les échecs de la guerre au Yemen et les reculs, face notamment aux Turcs. Les généraux saoudiens sont incapables de commander efficacement des forces sur le terrain, mais seraient parfaitement capables d'un putsch comme il y en a eu de nombreux autres de par le monde. Derrière les militaires se rassembleraient probablement les princes et hommes d'affaires évincés par MBS.

Même s'il n'y avait pas de coup d'état militaire, il pourrait y avoir un coup d'état d'inspiration whahabite qui mobiliserait tous les conservatismes refusant les réformes que, pour son propre avenir politique, MBS voudrait imposer au pays.

Mais dans de telles perspectives, comme l'Arabie Saoudite n'est qu'un pion dans des affrontements géopolitiques mondiaux la dépassant, l'avenir de MBS ou celui de ses opposants dépendra presqu'exclusivement de la façon dont les Etats-Unis pourront les utiliser dans leur volonté d'éliminer l'influence russe au Moyen-Orient.

Eliminer l'influence russe

Jusqu'à ce jour, le pouvoir saoudien s'était inscrit en tête de la coalition sunnite visant à combattre ce que l'on a nommé l'axe chitte, comprenant en premier lieu l'Iran, l'actuel gouvernement de Damas et certains représentants de Bagdad. Cet axe ne se caractérise pas seulement par des convictions religieuses à faibles conséquences politiques, mais par la volonté de s'affranchir de l'influence américaine qui jusqu'à ces derniers temps avait mis l'ensemble du Moyen-Orient au service des intérêts politiques et pétroliers américains. Les Russes, depuis l'allocation de bases militaires par Damas et leurs interventions armées ayant réussi à sauver le pouvoir de Bashar el Assad, sont une composante essentielle de cet axe chiite s'opposant à la coalition sunnite.

Plus personne ne discute aujourd'hui le fait que les Etats-Unis se soient engagés depuis la fin de la 2e guerre mondiale dans un effort de longue haleine visant à neutraliser la Russie, seule puissance disposant d'une arme nucléaire suffisante pour leur tenir tête. Dans cette perspective, leur capacité de mobiliser à leur service la totalité de l'Arabie saoudite a toujours constitué, en dehors des enjeux pétroliers et économique, la raison essentielle de l'alliance américaine avec un pays par ailleurs aussi rétrograde.

Il faut donc se demander, sans pouvoir apporter de réponse claire vu l'opacité du pouvoir saoudien, si le coup d'état de MBS n'aurait pas été provoqué, ou tout au moins fortement aidé, par les services américains au prétexte de rallier à l'influence américaine les composantes les plus modernistes de la société saoudienne. Il est difficile en effet de croire que subitement un prince saoudien, aussi ambitieux soit-il, surnommé récemment le prince rouge compte tenu de son ouverture apparente à une certaine forme de démocratie sociale, aurait pu décider seul de s'opposer à une partie très puissante de la monarchie saoudienne, et plus encore réussir à le faire.

Si donc comme il est probable, Washington continuait à soutenir de multiples façons MBS contre des opposants restés très puissants, ledit MBS n'aurait pas trop d'inquiétude à avoir concernant sa possibilité de s'imposer à la totalité du Royaume et les multiples princes dont il a fait ses ennemis. Ceci d'autant plus qu'il continuera à apparaitre, y compris à Tel Aviv, comme un adversaire déterminé de l'Iran

Les choses seraient très différentes si Washington découvrait que MBS pourrait être d'une certaine façon influencé par Moscou et indirectement par l'Iran dont Donald Trump affirme vouloir la perte. Ceci paraissait inimaginable jusqu'à ces derniers temps. Cependant Vladimir Poutine a fait récemment quelques avances au Royaume, qui été bien accueillies.  La visite du roi Salman à Moscou le 5 octobre, a constitué la première venue officielle d'un dirigeant saoudien en Russie. Elle a marqué la volonté russe de se rapprocher du monde sunnite, et celle du Roi Salman, avec l'appui russe, de s'opposer à l'influence grandissante de l'Iran. A la suite de cette visite a été définitivement signé l'accord permettant à Rihad de se doter de missiles russes S.400. Il est vrai que ceux-ci ne pourraient être utilisés que contre d'éventuels missiles iraniens ou venant du Hezbollah,  ce dont le Pentagone se réjouirait.

Ceci ne signifie pas que l'alliance russo iranienne sera remise en question ni que l'Arabie se rangera subitement du côté russe.  Mais ces divers éléments ne doivent pas manquer d'inquiéter Washington. Dans ce cas, MBS pourrait perdre brutalement l'appui américain et se retrouver à son tour dans des geôles saoudiennes. Ni la Russie, ni moins encore la France, à défaut d'interventions militaires improbables, ne pourraient alors le sauver

Références

06/11 http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=2749&r_id=&t=Changement%20de%20cap%20en%20Arabie%20Saoudite?

08/11 http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=2751&r_id=&t=Le%20conflit%20Iran%20Arabie%20Saoudite%20va-t-il%20prendre%20de%20l%27ampleur?

Note

Sans partager nécessairement en tous points l'analyse d'Alexandre del Valle, nous conseillons la lecture de son article bien documenté 

http://www.atlantico.fr/rdv/geopolitico-scanner/tres-bonne-nouvelle-qui-pourrait-se-cacher-derriere-coups-force-mbs-prince-heritier-saoudien-mohammed-ben-salman-alexandre-del-3221429.html

11/11/2017
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