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Nicolas Sarkozy: prochain grand écart à l'Otan.

Nicolas Sarkozy se prépare à un exercice difficile, lors de la prochaine réunion de l'Otan: continuer à satisfaire son mentor américain G.W.Bush tout en prenant des distances avec la dernière initiative irresponsable de ce dernier: pousser à l'entrée de l'Ukraine et de la Géorgie dans l'Organisation.

Nicolas Sarkozy affiche depuis quelques semaines l'ambition de voir la France réintégrer complètement l'Otan. Ce retour au bercail devait être gagé par des concessions substantielles des Etats-Unis,  visant à mieux partager avec les autres membres de l'Organisation, et notamment avec la France, les responsabilités de commandement mais aussi les grandes décisions stratégiques.  Mais ne s'agissait-il pas seulement d'un prétexte ? Les experts se sont interrogés sur les motifs profonds de ce changement de cap historique que Sarkozy veut imposer à une France restée profondément gaulliste quand il s'agit de l'Otan. Ne s'agit-il pas seulement de se distinguer (à titre personnel) des positions prises par son prédécesseur ? En attendant, comme Sarkozy s'est fait le champion de l'atlantisme le plus docile, le grand allié américain lui a bien fait comprendre qu'au-delà des mots, il fallait faire des concessions radicales aux stratégies du Département d'Etat et du Pentagone, même lorsqu'elles ont abouti comme en Irak à des impasses catastrophiques.

Dans cet esprit, contre l'avis non seulement de l'opinion, mais des diplomates et militaires, Nicolas Sarkozy a décidé, tout seul une nouvelle fois, d'envoyer des renforts en Afghanistan. On peut prévoir à terme le retour de bâton lorsque les premiers morts et blessés reviendront en France, victimes de la guerre délirante de Bush contre un terrorisme que l'armée américaine ne cesse d'encourager par ses bavures.

Mais dans l'immédiat, se pose un nouveau problème. C'est celui que Bush a décidé d'imposer  aux membres de l'Otan. Comme il fallait s'y attendre, il vient d'attiser les tensions à l'Est de l'Europe, entre les Etats européens et la Russie. G.W.  Bush a tenu en effet à se rendre à Kiev le mardi 1er avril, pour la première étape de sa tournée européenne, afin d'affirmer qu'il voulait obtenir lors du prochain sommet de l'Otan, un Plan d'action pour l'adhésion (MAP) au profit de l'Ukraine et de  la Géorgie. Le MAP confèrerait aux deux anciennes républiques soviétiques le statut de candidates officielles à l'entrée dans l'Alliance, ce qui suscite la colère de la Russie.

 On comprendra le caractère irresponsable de cette visite et de cette déclaration, en constatant avec quel enthousiasme les forces les plus nationalistes et conservatrices de ces deux pays ont accueilli le président américain. Quant on voit Bush attiser le feu dans ce qui devrait être la sphère d'influence diplomatique de l'Europe et de la Russie, on ne peut que lui souhaiter de retourner au plus vite chez lui s'occuper de traiter l'état économique de l'Amérique.

Sans employer un langage aussi vert, le  Premier ministre français François Fillon a clairement signifié de Paris la désapprobation de la France, au nom de "l'équilibre des rapports de puissance en Europe et entre l'Europe et la Russie". Il a affirmé la nécessité du dialogue avec Moscou. Même l'opposition a félicité  François Fillon du courage de cette prise de position. Une douzaine de membres de l'Alliance, dont l'Allemagne, semblent partager les mêmes préoccupations. Ces pays estiment que l'Ukraine et la Géorgie ne sont pas mûres pour l'Otan. Ils s'alarment du manque de soutien populaire au projet d'adhésion en Ukraine et de l'aggravation des tensions avec les territoires séparatistes pro-russes en Géorgie.

Le vice-ministre russe des Affaires étrangères Grigori Karassine a prévenu, également mardi Ier avril, que l'entrée de l'Ukraine dans l'Otan provoquerait une crise profonde" entre Kiev et Moscou, qui aurait "un impact négatif sur la sécurité européenne".

M. Bush a en revanche répété à plusieurs reprises son ferme soutien aux aspirations des gouvernements ukrainien et géorgien, lors d'une conférence de presse avec son homologue ukrainien Viktor Iouchtchenko. Il a espéré que la Russie n'aurait pas dans les faits un droit de veto sur l'élargissement à terme de l'alliance occidentale à ses deux voisins. Il a aussi écarté un "marchandage" avec la Russie, dans lequel les Etats-Unis renonceraient à pousser à l'entrée de l'Ukraine et la Géorgie dans l'Otan, tandis que la Russie se montrerait plus conciliante avec un projet antimissile américain en Europe, autre motif de tensions entre Washington et Moscou ces derniers mois.  " Il n'y aura pas de marchandage, point final", a-t-il affirmé. Selon lui  il s'agit de continuer à récompenser les pays qui ont fait le choix du camp occidental, de la réforme et de l'économie de marché, mais aussi le choix de l'engagement au côté des Etats-Unis en Irak ou en Afghanistan.

Les amateurs de spectacles d'équilibrisme diplomatique se réjouissent à l'avance de voir le grand écart que devra consentir Nicolas Sarkozy lors de la réunion de l'Otan, s'il veut continuer à satisfaire son mentor américain sans désavouer son Premier ministre et nos alliés européens. Mais ils seront seuls à se réjouir. Ceux qui, par le passé, se félicitaient de la continuité de la politique française à l'Est de l'Europe, autour d'un certain nombre de grands principes directeurs qui nous rendaient crédibles auprès des gouvernements les plus intransigeants, n'auront plus que leurs yeux pour pleurer. Voici venu le temps des contorsions déshonorantes.
01/04/2008
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