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Quel rôle en Libye pour la France?

Le 25 juillet 2017, le chef du gouvernement « d'union nationale » Fayez al-Sarraj, et l'homme fort de l'Est, le maréchal Khalifa Haftar se sont rencontrés à la Celle Saint Cloud, sur l'invitation d'Emmanuel Macron. Ont participé à la rencontre le nouvel émissaire des Nations unies pour la Libye, Ghassam Salame, et le ministre des affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian.
Pour la première fois, les deux « hommes forts » et rivaux, qui se disputent le contrôle de la Libye et qui s'étaient déjà vus, sans résultat, début mai, à Abou Dhabi, se sont entendus sur une déclaration commune en dix points évoquant notamment un cessez-le-feu et la tenue d'élections législatives et présidentielles au printemps 2018.

Le président français leur a fait valoir qu'ils avaient « la légitimité et la capacité de réunir autour d'eux » et d'influencer la myriade de groupes et de factions agissant dans une Libye en plein chaos. Pour l'Elysée et le gouvernement, cette entente a été considérée comme prioritaire dès l'arrivée de Macron au pouvoir, notamment pour ses implications sécuritaires au Sahel, en Tunisie et évidemment aussi en Europe. On sait que désormais transitent par la Libye des centaines de djihadistes, mêlés aux migrants, qui en voie d'être chassés de la Syrie, veulent reprendre la guerre au nord de la Méditerranée.

Moscou et Washington

La France veut aussi réparer la désastreuse image qu'elle s'était donnée en 2011 en aidant les Etats-Unis à renverser et finalement faire assassiner le Colonel Muammar Kaddafi. Le prétexte de cette double intervention militaire était la défense des droits de l'homme menacés par le « dictateur » libyen, mais en fait il s'agissait de mettre la main sur les richesses pétrolières du pays. La tentative a échoué face aux désordres s'étant installés dans le pays.

Le maréchal Khalifa Haftar, ancien officier de l'armée libyenne, s'était réfugié au Etats-Unis en 1990 à la suite de dissensions avec Kaddafi. Revenu en Libye en 2016, il avait vite conquis le soutien d'un certain nombre de factions qui ont fait valoir son expérience. Ses liens avec la « Chambre libyenne des Représentants », installée à Tobrouk, près de la frontière égyptienne, et surtout l'influence qu'il exerce sur «  l'Armée Nationale Syrienne » laquelle est évidemment encore loin de pouvoir se dire nationale, lui donnent un prestige grandissant.

Ce fut cette armée qui a repris à l'Etat islamique le contrôle de la ville de Benghazi. Haftar est soutenu par l'Egypte avec qui il avait coopéré pour aider une campagne de bombardement anti-terroriste de l'aviation égyptienne sur le sol libyen. Il se flatte par ailleurs de bonnes relations avec Moscou, où il s'était rendu récemment.

Par contraste, Fayez al-Sarraj censé diriger le Gouvernement d'Accord National, installé à Tripoli, semble avoir du mal à contrôler sa capitale et surtout les groupes terroristes qui prolifèrent dans l'ouest de la Libye. Il se heurte par ailleurs à un « gouvernement de salut national  », puissante faction elle-aussi installée à Tripoli. Fayez al-Sarraj a en principe le soutien de l' « Occident », mais ce qui est plus suspect par le soutien de militants, pour ne pas dire des terroristes, appuyés par la Turquie et le Qatar, opposées à l'Egypte.

Malgré l'assistance de l'Ouest, Fayez al-Sarraj a semblé jusqu'ici peu capable de s'imposer, ne fut-ce que à Tripoli et dans la région. Il est vrai que nul responsable libyen de haut niveau ne s'est montré en état de faire mieux.

On peut penser que Macron n'ignore pas ces oppositions et n'espère pas trop de résultats de son intervention médiatrice. Le cessez le feu convenu entre les deux leaders sera-t-il appliqué. Les élections prévues pour le printemps 2018 se tiendront-elles et donneront-elles naissance à un véritable gouvernement d'Union nationale? Espérons cependant le meilleur. La réunion de la Celle Saint Cloud ne devrait pas être en tous cas totalement inutile.

Il serait naïf cependant d'oublier que derrière Khalifa Haftar et Faïez Sarraj se trouvent les intérêts contradictoires de la Russie et des Etats-Unis. On ne voit pas pour quelles raisons ces deux puissances renonceraient à soutenir leur candidat. Une Libye unifiée et pouvant  éliminer le terrorisme islamiste ne leur apporterait pas d'avantages immédiats. Si Macron ne réussissait pas personnellement à montrer qu'il est capable de se dégager des pressions américains, il pourrait espérer continuer à jouer un rôle d'arbitre entre les deux « hommes forts ». Mais en sera-t-il capable?



26/07/2017
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