Europe Solidaire
CultureEconomieEducationEnvironnementInstitutionsInternationalSciencesSécurité/DéfenseSocialTechnologiesValeurs
Aggrandir Réduire Reinitialiser

Portée des émeutes anti-capitalistes de Hambourg

Le G20 à Hambourg les 7 et 8 juillet 2017 s'est accompagné de ce qui a été décrit comme de violentes émeutes. Le phénomène est ancien mais en recrudescence. Elles ont été provoquées notamment par quelques activistes d'ultragauche autoproclamés "Black Blocs" estimés à 7.000 ou 8.000.

On rappellera que Hambourg est un bastion de la contestation violente. C'est dans cette ville qu'a été créé le « Black Block » après 1970. La manifestation "Bienvenue en enfer" est notamment l'émanation du Rote Flora (la Flore Rouge), une "alliance autonome et anti-capitaliste" issue du quartier de Schanze et déjà actif en 2007, à l'occasion du sommet du G8 organisé dans la petite ville d'Heiligendamm près de Hambourg. Une autre organisation, la Roter Aufbau Hamburg (Structure rouge de Hambourg) y a participé, dans le cadre d'une "manifestation révolutionnaire anti-G20" vendredi.

À ces militants locaux se sont ajoutés un millier d'activistes étrangers, pour la plupart venus de Scandinavie, de Suisse et d'Italie, selon les autorités. En 2015 déjà, des centaines d'autonomes venus d'Italie avaient participé aux manifestations organisées par le mouvement Blockupy devant la banque centrale européenne à Francfort . Des activistes suédois, finlandais ou danois ont également été identifiés dans les cortèges. On cite ainsi l'Alliance révolutionnaire nordique autonome (Arna), qui rassemble plusieurs groupuscules d'extrême gauche. S'y sont même ajouté des nationalistes turcs, proches des mouvements kurdes hostiles au président Erdogan.

Europe1 a rappelé que la tradition des manifestations altermondialistes souvent accompagnées de violences est déjà ancienne :

  • En 1999, 40.000 personnes défilent dans les rues de Seattle, provoquant l'échec de la conférence ministérielle de l'OMC. Près de 400 personnes sont interpellées et l'état d'urgence est décrété.

  • En avril 2001, à Gênes, en Italie, ils sont près de 300.000 à battre le pavé en marge du G8. Au terme de trois jours d'émeute et de répression, le bilan est d'un mort, 600 blessés du côté des manifestants et près de 200 voitures brûlées. Amnesty International condamne alors "la plus grave atteinte aux droits démocratiques dans un pays occidental depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale".

  • Quelques années plus tard, en 2007 à Heiligendamm, en Allemagne, un millier de personnes, dont 430 policiers, sont blessées dans des heurts entre activistes des "Black Blocks" et forces de l'ordre, à la fin d'une marche pacifique anti-G8.

  • À Londres, en 2009, en marge d'un défilé contre le G20, des manifestants s'en prennent à une banque du centre-ville. Un passant, frappé et jeté au sol par un policier, succombe à une hémorragie interne. Trois jours plus tard, lors du sommet de l'Otan à Strasbourg, 2.000 membres des "Black Blocks", cagoulés et armés de barres de fer, incendient plusieurs bâtiments. Une centaine de policiers sont blessés et 330 personnes interpellées. En décembre, le sommet sur le climat à Copenhague donne également lieu à des manifestations et des débordements. Au total, environ 1.800 personnes seront interpellées.

Quelles conséquences politiques?

Peut-on penser cependant que ces organisations et leurs manifestations pourraient avoir une portée efficace dans la contestation de plus en plus répandue tant aux Etats-Unis qu'en Europe de l'emprise croissante des grands intérêts transnationaux à forte domination américaine sur les économies et les organisations sociales mondiales?

Jusqu'à ce jour, on peut en douter. En Amérique, le mouvement Occupy Wall Street ayant dénoncé les abus du capitalisme financier s'est éteint de lui-même. En Europe, les manifestations organisées par le mouvement des Indignés en Espagne ou les Nuits debout en France n'ont eu que de faibles répercussions dans l'organisation politique. Il est vrai qu'ils se voulaient pacifiques, ce qui n'a pas permis aux opinions publiques de leur prêter une grande attention. Il faut dire également que les médias « officiels » ont tout fait pour minimiser leur influence. Tout laisse donc penser que dans quelques jours les manifestations et violences de Hambourg seront oubliées.

Ceci n'a rien d'étonnant. La prise en mains des sociétés dites occidentales par les quelques pour cent provenant des « hyper-riches » ne s'arrêtera pas pour autant. Ces dominants disposent de tous les pouvoirs pour dans un premier temps minimiser l'écho des manifestations et, dans un second temps, utiliser les forces dites de l'ordre pour obliger les contestataires à rentrer dans le rang. A l'extrême, ils utiliseront les contestataires comme alibi visant à démontrer qu'ils tolèrent les oppositions alors qu'ils font tout pour étouffer le mécontentement beaucoup plus général des populations dominées.

Plus en profondeur, il faut se poser la question de savoir ce que veulent exactement les altermondialistes en terme de construction politique, à supposer tout au moins qu'une certaine unité de vue puisse être dégagée. On doute que, compte tenu des multiples évolutions technologiques et sociétales, beaucoup d'entre eux puissent encore se reconnaitre dans les anciens objectifs des années 1980-1990 tels que « penser globalement, agir localement ».

L'on dira qu'avec l'explosion des réseaux numériques, cet objectif devient aujourd'hui possible. Mais le local risque de se limiter à la prolifération des « réseaux sociaux » ou celle de très petites associations de production. Quant il s'agira de produire à grande échelle, distribuer et investir, la mobilisation de ressources humaines et de moyens autour de ces objectifs nécessitera des compétences et des organisations rigoureuses. Le global s'imposera de plus en plus. Nous ne pouvons pas aborder ce sujet dans le cadre de cet article. Disons seulement que les altermondialistes et contestataires les plus convaincus ne pourront pas à l'avenir éviter le sujet.

Est-ce à dire cependant que ceux ayant les moyens d'organiser des manifestations anti-capitalistes et anti-mondialistes devraient renoncer à le faire? Certainement pas. L'histoire montre, y compris au plan anthropologique, que des évènements apparemment marginaux peuvent avoir des conséquences considérables. Ceci notamment s'ils révèlent des déséquilibres profonds jusqu'ici mal observés, ou s'ils suscitent le passage à l'acte de facteurs de changement jusqu'ici inconscients.

Selon l'expression, l'on pourrait dire « manifestons, manifestons, il en restera bien quelque chose ! ».

09/07/2017
Vos réactions
Dernières réactions
Actuellement, pas de réaction sur cet article!
Votre réaction
Vérification anti-spam
Nom/pseudo*


Email*


Titre*


Commentaire*


* champs obligatoires
Europe Solidaire