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Berlin. Les illusions françaises

Lors de sa rencontre avec Angela Merkel le 12 juin, Emmanuel Macron s'est dit confiant dans l'excellent climat de coopération qui régnera désormais entre la France et l'Allemagne du fait de la convergence de vue des deux dirigeants.

Il est certain que les propos échangés et la bonne ambiance générale de la rencontre pouvaient faire espérer à Emmanuel Macron, comme aux téléspectateurs français qui suivaient l'affaire en direct, le retour d'une excellent coopération entre la France et l'Allemagne. Cette coopération avait pu paraître en France, si l'on en croyait les déclarations électorales des divers candidats à l'Elysée, comme fonctionnant exclusivement au profit de l'Allemagne. La soumission de la France aux intérêts de celle-ci avait été généralement dénoncée, de même que si l'on peut dire la germanisation de l'Union européenne et de l'euro, la chancelière Merkel s'étant au fil des mois révélée de fait comme la véritable Présidente européenne .

Aussi, même s'ils ne promettaient pas compte tenu de l'impopularité générale de la chose, une sortie de la France (un francexit) ces candidats annonçaient qu'ils n'auraient de cesse, une fois élus, de provoquer une modification des traités européens permettant de répondre aux multiples critiques faites en France à l'égard de l'Union, de l'euro et de la Commission.

Emmanuel Macron avait fait de même. Une fois élu Président, il se devait, et pas seulement en fonction des règles de la déférence diplomatique, de rendre visite à Angela Merkel. Il a voulu semble-t-il lui exposer clairement les domaines de réforme des traités européens correspondant aux exigences s'étant fait connaitre durant la campagne, et qu'il avait repris à son compte. Il lui a indiqué par ailleurs les points sur lesquels le libéralisme (le refus du protectionnisme) imposé par l'Allemagne à l'Europe pouvait être contraire à certains intérêts de la France.

Ce qu'il a fait. Peut-être a-t-il pensé qu'il avait convaincu Angela Merkel. Celle-ci n'a eu de cesse de confirmer pour sa part ces propos, faisant seulement quelques réserves apparemment anodines sur certains points.

Cela serait mal connaître, pensons-nous,  la Chancelière allemande. Après sa réélection triomphale comme présidente de la CDU, elle n'aura aucunement l'intention de « refonder l'eurozone en crise », selon les termes employés. Macron découvrira vite, comme avant lui Tsipras, qu'elle n'acceptera aucune modification de traités et de pratiques qui ont si bien jusqu'à ce jour servi les intérêts de l'Allemagne. Ce sont les succès économiques de celle-ci qui ont permis à Merkel de rester Chancelière. Comme elle souhaite manifestement le demeurer un nombre indéterminé d'années, elle ne fera rien pour introduire des modifications qui pourraient, même sur des points marginaux, paraître favoriser les intérêts de la France aux dépens de ceux de l'Allemagne.

Macron aurait certainement été plus convaincant s'il avait d'emblée expliqué à Merkel qu'en cas de refus de ses exigences, la France sortirait de l'eurozone. Mais comme il s'est présenté à Berlin en excluant cette possibilité, il n'aura aucune chance à l'avenir d'obtenir la moindre réforme. Pour réformer un traité, comme le savent tous les diplomates, il faut être deux.

16/05/2017
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