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La Roumanie et la France

Nous avons reçu cet article d'un auteur roumain. Il est intéressant à lire. Personnellement, je ne partage pas son horreur de ce qu'il appelle "la fille Le Pen", mais le thème général me parait utile à méditer ici. Ceci dit, on ne voit pas très bien pour qui il appelle les français à voter. Macron serait plutôt pire à mon sens que "la fille Le Pen". Merci en tous cas à l'auteur et à Eric Campion, qui nous a communiqué l'article

Traduit depuis "România liberă" (la "Roumanie libre").

 

En 2000, nos amis français jouissaient de se moquer gentiment de nous, avec un petit air condescendant, parce qu'au second tour de nos présidentielles Corneliu Vadim Tudor, qu'ils surnommaient "le Le Pen roumain", s'est retrouvé en seconde position derrière le communiste Ion Iliescu. Ils ignoraient, faute d'avoir lu sa biographie, que Vadim Tudor aussi était issu du parti communiste. Les plus inquiets voyaient déjà ressurgir les démons de la seconde guerre mondiale et nous plaçaient à nouveau un couteau entre les dents : "une telle chose",  disaient-ils, "serait inconcevable en France". On pouvait lire alors dans leur presse, à notre sujet, des amabilités comme : "peuple raciste" , "peuple antisémite"  ou "horreur roumaine".

Et ils nous donnaient en exemple nos voisins hongrois, tellement plus civilisés, tellement plus proches des normes européennes. A leurs présidentielles de 2002, nos amis français avaient déjà perdu beaucoup de leur panache, avec Le Pen (l'original) en seconde position derrière le libéral de droite Jacques Chirac. La gauche libérale française était alors sonnée d'avoir été éliminée.

Entre-temps, de l'eau a coulé sous les ponts de la Seine et du Danube : en Hongrie l'extrême-droite, avec le Fidesz et le Jobbik, fait 75%, tandis que chez nous, avec le PRM de feu Tudor et la Noua-Dreapta ("Nouvelle-droite"), elle fait 4% en 2014. Notre parlement n'a jamais cessé d'être social-démocrate, et les plus à droite de nos présidents, dont l'actuel, ont pour équivalent français le centriste François Bayrou.

Quant aux français, ils ont à nouveau porté un candidat d'extrême-droite au second tour : la fille de Le Pen. Son parti fait entre 15 et 30% des voix, autant que les communistes il y a trente ans. S'imaginer que tous les électeurs français sont des démocrates par tradition est un leurre. Cette fois, non seulement la gauche libérale, mais la droite libérale aussi, les deux minées par des scandales financiers qui valent bien les nôtres, sont cette fois éliminées du second tour ! Cette fois, l'extrémisme français triophant fait face à un jeune centriste proche de Bayrou, hier encore inconnu, et plus aucun français ne nous donne de leçons ; depuis le réveil de notre société civile et nos récentes manifestations, certains viennent même en prendre, initiés par Clotilde Armand (française devenue roumaine, candidate à la Mairie de Bucarest).

En France, les extrémistes de droite se rallient à la fille Le Pen, tandis que ceux de gauche refusent de se rallier au centriste car pour eux, tout ce qui rend le capitalisme supportable éloigne la perspective d'une révolution, tandis qu'une présidence fasciste rallierait, espérent-ils, le peuple à leur cause. Leur imaginaire, nourri des barricades parisiennes du XIX-e siècle, met en scène un peuple idéalisé, forcément de gauche et prêt à prendre des risques pour abattre le capitalisme. Par conséquent, il est très probable que le peuple français, qui n'est en fait pas très révolutionnaire (ce sont leurs intellectuels qui le sont), se donne pour la première fois une présidente femme, mais aussi une présidente fascisante.

Moderne par l'apparence (de loin elle paraît plus "jeune, belle et dynamique" que Theresa May ou Angela Merkel), mais archaïque par le programme : avec son isolationnisme, sa xénophobie et sa peur des défis de notre monde, elle fera de son pays ce qu'Hitler et Pétain avaient déjà réussi à faire en 1940 : un tout petit état frileux, replié sur lui-même, perdant ce qu'il lui reste de prestige international (qui apprend encore le français dans nos écoles ?) - mais sans l'excuse d'avoir perdu une guerre, et sans un De Gaulle pour fédérer ceux qui refuseraient ce naufrage.

Si cela arrive, dans cinq ans, la Roumanie sera en Europe un modèle, et la France un souvenir : un parc d'attractions pour riches américains, russes ou chinois où mode, strass, gastronomie et oenologie masqueront de plus en plus mal un effondrement économique, social et culturel. Notre "grande soeur tutélaire" va-t-elle se suicider ? Réponse le 7 mai prochain.

Adrian Barbulescu.

 
02/05/2017
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