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Trump encourage-t-il un coup d'Etat militaire ?

Les lecteurs qui lisent, ne fut-ce que superficiellement, nos articles consacrés à Donald Trump ont pu noter qu'après avoir, un peu naïvement, vu en lui un président capable de bousculer la domination de l'Etat profond américain qui avait soutenu Hillary Clinton, nous sommes revenus à beaucoup plus de réalisme. Depuis son accession à la Maison Blanche, Donald Trump s'est révélé comme un nouvel avatar de cet Etat profond, d'autant plus dangereux qu'il avait initialement caché son jeu.
Toutes les décisions qu'il a prises et les discours qu'il a tenu depuis 10 jours, à quelques nuances près, le montrent. Il est surprenant de constater qu'en France comma ailleurs en Europe ceux qui se qualifient d'anti-Système, continue à voir en lui le champion dudit anti-Système. Si certaines des apparences du Système sont un peu bousculées par lui, l'essentiel demeure. Il serait temps de s'en rendre compte et de cesser de baisser la garde.

On avait pensé, non sans raisons, qu'Hillary Clinton aurait fait une large place aux militaires les plus belliqueux, les poussant notamment à reprendre toutes les guerres catastrophiques menées par Obama et ses prédécesseurs. Mais Trump fait pire. Il appelle ouvertement les militaires à prendre le pouvoir aux Etats-Unis, transformant l'Amérique en une véritable dictature du type latino-américain.

Il en a donné une preuve évidente le 6 février, lors d'une visite surprise qu'il a faite à la base MacDill de l'US Air Force Base à Tampa, en Floride. Sortant du protocole policé de telles visites, il a dénoncé les abus de la presse et des tribunaux, en appelant à la formation d'une alliance entre la Maison Blanche et les militaires contre ces « fauteurs de troubles ». Il avait précédemment remercié les aviateurs pour le soutien qu'ils lui avaient apporté durant son élection. « Vous m'aimez et moi aussi » - « Je vous donnerai plein de nouveaux beaux appareils et de nouveaux beaux équipements » .

Il a accusé la presse d'être la complice de l'islamisme radical en dénonçant les restrictions aux entrées de voyageurs provenant des Etats musulmans – sans d'ailleurs expliquer pourquoi le pire de ces Etats représentant le terrorisme islamique, l'Arabie saoudite, semble encore bénéficier de toutes ses faveurs. Il a porté la même accusation à l'égard du juge qui avait momentanément suspendu son interdiction d'entrée aux voyageurs musulmans. Il a convié ses auditeurs à le soutenir dans sa lutte contre tous ceux, à l'extérieur comme à l'extérieur, veulent détruire l'Amérique.

Ses appels, dont on ne sait de quelle façon ils furent reçus par les aviateurs, ne sont qu'un des aspects de la politique de Trump visant à mettre en place des généraux dans tous les postes sensibles de son administration. Il s'agit notamment de James “Mad Dog” Mattis comme secrétaire à la défense, Michael Flynn comme conseiller à la sécurité et John Kelly comme responsable du département de la sécurité intérieure. Celui-ci pourra légalement réprimer par la force tous les mouvements d'opposition civile à la politique de Trump.

La caste des militaires n'a pas attendu Trump pour pénétrer progressivement toutes les instances de la vie politique américaine. Mais d'ores et déjà les nouvelles dimensions du phénomène ne peuvent qu'attirer l'attention des commentateurs indépendants. Des articles significatifs sont publiés.“Is Civilian Control of the Military in Jeopardy?” (The American Conservative), “The 'Civilian Control of the Military' Fallacy” (Defense One), ou “Trump is surrounding himself with generals. That's dangerous” (Washington Post). Le magazine Atlantic s'est posé la question “Are Trump's Generals Mounting a Defense of Democratic Institutions?” La réponse était négative.

Ceci dit, les adversaires de Trump, notamment dans le camp démocrate, ne feront pas appel aux institutions civiles pour limiter ce qu'ils estiment être les dérives fascistes du Président. Ils compteront sur d'autres généraux pour le faire. On pourra parler ouvertement de coup d'Etat militaire si ceux-ci se mettent en mesure d'arbitrer entre Trump et ses adversaires, dictant ainsi la politique de l'ex démocratie américaine.

Pour en savoir plus

Sur la visite, voir un compte-rendu qui n'est pas nécessairement entièrement objectif http://abcnews.go.com/Politics/wireStory/trump-make-visit-macdill-air-force-base-45295387



08/02/2017
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