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La Chine et la mondialisation

Le dernier sommet de Davos, en janvier 2017, a été marqué par la déclaration du président chinois Li Xinping selon laquelle la Chine était désormais décidée à s'inscrire dans la mondialisation (ou globalisation). Celle-ci suppose que les Etats renoncent aux politiques protectionnistes, laissent un libre champ au capital privé et renoncent à la plupart des investissements publics jusqu'ici pratiques par eux.
Il a ciblé sans le nommer les projets actuels de Donald Trump, visant à faire pratiquer tout le contraire aux Etats-Unis. «Cela ne sert à rien de blâmer la mondialisation pour les problèmes de la planète», a-t-il rappelé, citant le chômage, les migrations et la crise financière de 2008. Li Xinping serait-il venu, trop tard il est vrai, en soutien aux partisans américains d'Hillary Clinton. Celle-ci avait promis d'étendre à toute la planète les bénéfices de la politique mondialisatrice défendue par l'ancienne administration – sans mentionner il est vrai des interventions militaires permanentes destinés à convaincre des bienfaits de la mondialisation à l'américaine les Etats jusqu'ici réticents.

Le plaidoyer de Li Xinping en faveur de la mondialisation est apparu très vite comme la manifestation de puissance propre à un pays devenant rapidement la première économie mondiale. Un tel pays ne craint pas la concurrence et peut ouvrir largement ses frontières, compte tenu de l'état de faiblesse des concurrents éventuels. Il faut voir cependant que depuis la fin des années 1990 la Chine avait décidé de s'inscrire dans une marche vers l'économie de marché à l'« occidental ».

Les protagonistes en furent notamment Wu Jinglian et Zhou Xiaochen, celui ci actuel gouverneur de la People's Bank of China. Dès 1992, le PC chinois a entrepris un vaste processus de dérégulation, de libéralisation et de privatisation ayant permis en 2001 à la Chine d'entrer dans l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC)

Mais l'arrivée d'une économie dynamique de 1,4 milliard d'individus dans la règle libérale a rapidement bouleversé le jeu de l'OMC. Dans la mesure où jusqu'à présent, la marche à la mondialisation était pilotée par une seule super-puissance, les Etats-Unis, les choses se passaient bien. Les pays plus faibles n'avaient que deux solutions, se soumettre ou entrer en résistance, comme la Corée du Nord. Mais l'arrivée de la Chine a tout bouleversé. A qui la mondialisation allait désormais profiter?

C'est ainsi que le cycle de Doha, lancé un mois avant l'intégration de la Chine à l'OMC et destiné à finaliser en trois ans la libéralisation du commerce mondial (avec pour objectif officiellement annoncé d'assurer le développement des pays du tiers-monde), s'est retrouvé bloqué par les Occidentaux. Si la globalisation au service d'un pôle unique de puissance (ou impérialisme), ne pose guère de problèmes, l'arrivée de la Chine a provoqué un changement structurel profond, introduisant la notion de monde multipolaire – en l'occurrence « bipolaire ».

La Chine a longtemps cherché à mettre, au moins en apparence, sa puissance au service de plusieurs partenaires différents, comme dans le cadre du Brics. Mais ces derniers temps, l'Inde s'est pratiquement retirée du Brics. Quant à la Russie, elle a vite paru ressentir la crainte d'une concurrence chinoise potentiellement déstabilisatrice, au sein du Brics ou ailleurs.

Devant les offensives, principalement américaine dont le Brics a été l'objet, la Chine s'est repliée sur une stratégie de création d'une nouvelle série d'institutions internationales à initiative BRICS ou chinoise (OBOR, NDB, AIIB, etc.) Nous en avons ici plusieurs fois rendu compte, en notant d'ailleurs que divers pays européens, dont la Grande Bretagne, avaient accepté de braver les interdictions américaines en devenant membres de certaines de ces organisations. Ce faisant la Chine a établi autour d'elle un réseau de partenariats commerciaux, économiques, politiques et stratégiques avec un nombre croissant de pays et de régions, appartenant à son environnement géographique proche, ou relevant de l'influence européenne. L'influence chinoise a ainsi cru au sein de l'ASEAN, malgré la présence en son sein d' alliés notoires des Etats-Unis, Vietnam, Japon, Corée du Sud, Philippines...Quant aux Philippines, celle-ci a basculé, sans doute définitivement, hors de la zone d'influence américaine.

Perspectives d'une guerre, au moins économico-politique, entre Etats-Unis et Chine

Les Etats-Unis, concernant les conflits potentiels en mer de Chine sud, avaient sous la présidence d'Obama et dans le cadre d'un prétendu pivot vers l'Asie, considérablement renforcé les moyens militaires américains dans cette zone. Mais les affrontements directs avec la Chine avaient été évités.

L'arrivée à la Maison Blanche de Donald Trump risque de changer le jeu. Il peut se traduire par un affrontement direct Etats-Unis-Chine, y compris sur le plan militaire. Donald Trump, dès avant son élection, avait montré qu'en affichant une volonté de rapprochement avec la Russie, il avait l'intention de mener au sein d'un Brics russo-chinois la politique de « diviser pour régner ». Depuis, toutes ses initiatives, tant au plan du protectionnisme économique qu'au plan directement militaire, avec des ministres ouvertement anti-chinois, sont dirigées contre la Chine. Il ne semble pas en craindre les conséquences potentiellement catastrophiques.

Au plan international la Chine se heurte désormais à l'hostilité de l'Inde qui avec son grand plan de démonétisation, s'est dégagée de sa dépendance financière envers la Chine. Le Japon ne manifeste aucune intention de se libérer de la tutelle américaine. Quant aux gouvernements européens, s'ils conservent encore beaucoup de réserve face à Donald Trump, ils ne manifestent pas pour autant de grande sympathie à l'égard du géant chinois.

L'avenir ultime de la confrontation Etats-Unis-Chine dépendra pourtant en grande partie de ces mêmes pays européens. Si ceux-ci rejettent la Chine, s'étendra un nouveau rideau de fer sur le monde dès avant la fin de 2017. Nul n'y sera gagnant. Les nouvelles nécessités de coopération, notamment dans le cadre de la lutte contre le réchauffement climatique et la dégradation de l'environnement, seront tuées dans l'oeuf.

Si au contraire l'Europe se montrait capable d'échapper à la domination américaine, qu'elle soit ou non représentée aujourd'hui par Donald Trump, les conditions seraient réunies pour l'émergence d'un monde multipolaire, comprenant aussi bien la Russie que la Chine, auquel l'expérience durement acquise au sein de l'Union européenne permettra aux pays européens de contribuer à la hauteur de ses nombreuses capacités. Il conviendra donc que les mouvements politiques européens cessent de présenter Vladimir Poutine et Xi Jinping comme des ennemis existentiels de l'Europe.

28/01/2017
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