Europe Solidaire
CultureEconomieEducationEnvironnementInstitutionsInternationalSciencesSécurité/DéfenseSocialTechnologiesValeurs
Aggrandir Réduire Reinitialiser

Valls et Hamon, ou la gauche face à la mondialisation

Dans RT du 25 janvier https://francais.rt.com/opinions/32964-valls-vs-hamon-deux-programmes-mettre-poubelle l'économiste et homme politique français Jacques Nikonoff constate, après avoir écouté les programmes des deux candidats du PS à la présidentielle française Manuel Valls et Benoît Hamon, que ceux-ci n'abordent aucune des difficultés résultant de la soumission de la France à la mondialisation, l'Union européenne sous sa forme actuelle étant l'instrument le plus efficace de celle-ci.

Jacques Nikonoff (https://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Nikonoff) est peu connu en France. C'est un économiste français et professeur associé à l'Institut d'études européennes de l'Université Paris 8. Il est également président du Parti de la démondialisation (https://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Nikonoff)

Pour lui, un vrai programme de gauche, qui pourrait être aussi un programme s'inscrivant dans la ligne dite souverainiste, devrait remettre en cause l'actuel rapport à la mondialisation. Le terme de mondialisation désigne généralement le refus de toute politique national (voire européenne) face aux intérêts financiers transnationaux. Ceux-ci étaient liés jusqu'à présent à la politique américaine. Donald Trump semble vouloir aujourd'hui s'en libérer en ce qui concerne les Etats-Unis. Mais ceci ne se fera pas au profit des pays européens, si ceux-ci ne prennent pas directement leur avenir en mains.

Jacques Nikonoff

Un bon programme c'est un programme qui va scier les trois piliers sur lesquels reposent les politiques de mondialisation néolibérale. C'est à cette condition qu'un programme pourra réduire le chômage, améliorer le niveau de vie de la population, améliorer la qualité de l'environnement et résoudre les problèmes de protection sociale et de services publics.

Le premier pilier c'est le libre-échange. Il faut arrêter le libre-échange. Aucun des candidats, ni Manuel Valls, ni Benoît Hamon, ne propose de l'arrêter. Ça signifie que la mondialisation va continuer, la désindustrialisation va continuer, le chômage va continuer avec leur programme.

Le deuxième pilier c'est la globalisation financière. C'est-à-dire, la dictature des marchés financiers. Il faut se retirer des marchés financiers, il faut revenir à un système simple de financement de l'économie par le crédit bancaire. Aucun de ces deux programmes ne propose quoi que ce soit en la matière, nous allons rester sous la domination des marchés financiers, et les entreprises continueront d'être étouffées, car elles n'auront pas de crédit. Et l'Etat lui-même sera placé sous la tutelle des marchés financiers, comme aujourd'hui. Leurs programmes ne changent rien de ce point de vue-là.

Le troisième pilier qu'il faut scier c'est la domination des institutions supranationales, telles que l'OTAN, l'UE, l'euro, l'OMC, la Banque mondiale, l'Organisation mondiale du commerce. Toutes ces institutions ont été mises en place pour étouffer la souveraineté des nations, afin que seule une politique néolibérale puisse s'appliquer. Il faut que la France et chaque pays sorte de l'ordre néolibéral mondial.

Aucune des propositions dans les programmes de Benoît Hamon et de Manuel Valls ne porte sur ces trois piliers, ils veulent rester dans le système mondial actuel. Tout le reste, toutes les différences qui existent entre eux, sont des différences périphériques qui ne vont rien changer d'essentiel.          

Nous sommes ici globalement d'accord avec ces trois grandes orientations. Tout au plus faudrait-il souligner que chacun des Etats européens ne pourrait à lui seul – sauf peut-être l'Allemagne - s'engager dans une politique aussi ambitieuse. Des regroupements entre Etats sur la base d'engagements mutuels contractuels seraient nécessaires.

Convaincre les électeurs

Mais dans l'immédiat, la question n'est pas là. Aucun candidat à la présidentielle française, ni aucun des partis le soutenant, n'auraient de chances d'être entendus par les électeurs s'ils proposaient de s'engager au service des trois objectifs définis par Jacques Nikonoff. Si Manuel Valls ou Benoît Hamon, en ce qui les concerne, avaient proposé ce programme, même avec des nuances, lors des débats pour la primaire de la gauche, ils n'auraient pratiquement pas été compris. La mise en place d'un revenu de base, recommandée par Benoît Hamon, parle beaucoup plus aux imaginations. Cependant, cette mise en place n'aura aucune chance d'aboutir, sauf à dose infinitésimale, si les trois piliers de la mondialisation, tels que définis par Jacques Nikonoff, n'étaient profondément remis en cause.

La même objection pourrait être faite au Front National, s'il s'en tenait aux quelques réformes mises à son programme.

Les démondialisateurs

La remise en cause de la mondialisation telle que définie par Jacques Nikonoff supposerait, au minimum, que le futur gouvernement français se rapproche, concrètement et en profondeur, avec des pays apparaissant aujourd'hui comme démondialisateurs. Ce pourrait être l'Amérique de Trump, cela serait à coup sûr la Russie de Vladimir Poutine. Mais il semble bien que le choix aujourd'hui s'arrête là. Ainsi la Chine de Xi Jinping s'est-elle présentée à Davos comme résolument favorable à la mondialisation, mondialisation qu'il faut d'ailleurs dans son cas associer avec la volonté de domination de ce qui sera bientôt la seconde ou première puissance économique mondiale.

Se rapprocher des démondialisateurs ne devrait pas par par ailleurs signifier accepter de se mettre sous la coupe de ces pays, qu'il s'agisse de l'Amérique de Trump ou de la Russie de Poutine. Cela voudrait dire faire les sacrifices nécessaires pour devenir à leur égard des partenaires respectables et avec qui négocier.

Mais ni la France ni aucun Etat de l'actuelle Union européenne ne sont prêts à franchir ce pas. Faut-il en conclure que ni Manuel Valls ni Benoît Hamon, en ce qui les concernait, ne devaient aborder les grandes objectifs de la démondialisation? Certainement pas. Si avant 1914 les hommes politiques socialistes n'avaient pas proposé de remettre en cause le capitalisme et le libéralisme, aussi irréaliste que ceci puisse paraître à l'époque, nous en serions restés à Adam Smith ou Jean Baptiste Say.

26/01/2017
Vos réactions
Dernières réactions
Actuellement, pas de réaction sur cet article!
Votre réaction
Vérification anti-spam
Nom/pseudo*


Email*


Titre*


Commentaire*


* champs obligatoires
Europe Solidaire