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Pour une forme de protectionnisme européen.

Le libre-échange est une idéologie. Elle est le vernis qui permet de donner une apparence de rationalité à des comportements économiques dont l'objectif ressort de la prédation. Un protectionnisme européen intelligent s'impose. Jusqu'à quand faudra-t-il répéter ces évidences ?
NDLR. Le texte original de cet article, que l'auteur souhaite signer sous le pseudonyme de Ando Ni,  a été publié sous forme de commentaire à un article de notre ami Philippe Grasset, « L'Europe qui se compte », dont nous recommandons par ailleurs la lecture (comme  celle de tous les autres...). http://www.dedefensa.org/article-l_europe_qui_se_compte_27_02_2009.html


Sur un plan "doctrinal" le libre-échange est invalidé depuis longtemps. Les théories économiques pseudo scientifiques, ou à tout le moins ayant une apparence de rationalité ou de raison, ont déjà été défaites dans des exposés magistraux. Les vertus du "libre-échange", et son pendant, le "consensus de Washington", et non celles des échanges (la distinction est fondamentale) ressortent d'un pure idéologie. Globalement, le libre-échange détruit de la richesse. Dans le détail, c'est différent. Il fait la prospérité d'une minorité et favorise la paupérisation du plus grand nombre. Hors des frontières, il est une arme économique permettant d'imposer ses règles et ses intérêts à de plus petits et plus faibles que soi (arme à double tranchant comme on le voit dans le cas du désastre américain. Les puissances britanniques, japonaises (le Meiji) puis des Etats-Unis se sont construites à l'abri de puissantes barrières protectionnistes. Sur un plan pratique, l'économiste Joseph Stiglitz a pu démontrer récemment que les gains et les pertes du libre-échange font ressortir un solde net négatif pour les pays qui ont joué et jouent à ce jeu dangereux. Les cas les plus extrêmes, les plus visibles car ils sont les plus brutaux, se trouvent en Afrique (le mécanisme bien connu de la substitution des cultures d'exportation à des cultures vivrières traditionnelles).

Mais ailleurs, et bien que moins visibles car s'étalant sur une longue période, l'ouverture accélérée des frontières a eu des effets également pernicieux. L'un des effets du libre-échange est un processus de déflation salariale qui a touché toutes les économies développées depuis les années 80, l'une des conséquences de cette déflation étant un partage de plus en plus déséquilibré de la valeur ajoutée produite dans l'entreprise en faveur de l'entreprise elle-même (le capital) et au détriment des salaires (travail). En fait, c'est à la fois une cause et une conséquence. Conséquence parce que pour rester compétitives, les entreprises ont du soit baisser leur prix soit accroître leur productivité. Dans le premier cas (la baisse des prix), la conséquence a été la rigueur salariale. Dans le second cas (des efforts de productivité), une nouvelle organisation du travail (informatisation, formation, personnels de plus en plus spécialisés et polyvalents, délocalisations) a certes permis aux entreprises de rester compétitives, mais avec des effectifs fortement réduits.

Le pari que, grâce à des formations adaptées, les personnes "laissées sur le carreau" pourraient réintégrer le salariat dans des conditions acceptables s'est révélé en partie une illusion. Nous avons donc déflation salariale et chômage (d'ajustement et structurel). Mais la déflation salariale est aussi une cause puisqu'elle déprime la demande, rendant atone le marché intérieur et contraignant les entreprises à exporter quand elles le peuvent. Enfin, les Etats ont du s'endetter dans des proportions colossales afin de compenser par une politique massive de redistribution aux particuliers et d'aides aux entreprises les effets de cette déflation salariale généralisée (déflation parfaitement identifiée également aux Etats-Unis).

Un autre effet du libre-échange, relevé pratiquement partout, c'est l'explosion de l'échelle des rémunérations au sein des sociétés (cf. l'ouvrage de Hans-Peter Martin et Harald Schumann de 1996 "Le piège de la mondialisation" ISBN 2-7427-1260-7). Une grande masse endure restructuration sur restructuration, crise après crise, voit son pouvoir d'achat net (après prélèvements obligatoires et malgré la redistribution étatique) stagner ou chuter tandis qu'une sorte d'élite aux intérêts apatrides se constitue sur les décombres de la cohésion sociale. Car en instaurant des quart-mondes au sein même des sociétés où des "élites" l'ont imposé, le libre échange fait peser une vraie menace sur la cohésion des nations. Menace qui invalide le discours politique (sentiment d'impuissance face à une "mondialisation" présentée comme inéluctable dans ses effets) et donc les possibilités de mettre en œuvre un vrai projet collectif.

Le libre-échange est une idéologie. Elle est le vernis qui permet de donner une apparence de rationalité à des comportements économiques dont l'objectif ressort de la prédation. Pour la petite minorité qui s'en fait le héraut (avec le soutien de sa presse mainstrean type Le Monde) elle est la justification qui permet d'accaparer une richesse au détriment du plus grand nombre. On ne répétera jamais assez que le discours économique n'a rien d'une science. Qu'il s'agit d'une activité idéologique et donc sociale ayant  tout à voir avec le maniement des foules et la captation des richesses (on relira avec profit les ouvrages de feu Henri Guillemin et en particulier "Nationalistes et nationaux (1870-1940)" ). C'est sans doute vieux comme le monde mais autant ne pas être dupe.

Il n'est pas question de renoncer aux échanges ni aux nécessaires changements et adaptations qu'une économie doit accepter. Ce qui pose problème, c'est le rythme et la vitesse d'adaptation qu'impose aux sociétés l'ouverture béante des frontières. Il a fallu 250 ans de développement économique aux sociétés européennes pour atteindre la relative prospérité qu'elles connaissent depuis les années 60. Pourquoi la Chine devrait-elle arriver au même stade en vingt ans seulement et au prix du sacrifice de la cohésion des nations et du niveau de vie de la plus grande partie des populations de ces sociétés ? Qui peut prétendre qu'en terme de coût le salarié européen puisse rivaliser avec celui de Shanghai ?

Un protectionnisme bien pensé (au niveau européen bien sûr) n'empêchera pas les échanges. Simplement, il permettra de réguler le flux des bouleversements et d'étaler les transformations issues de la nature des choses sur une durée acceptable par la société. On devrait avoir honte de répéter de telles évidences. Mais apparemment elles n'ont pas encore eu la force de renverser les murailles de Jéricho.
28/02/2009
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Trahison en haut lieu ?
03/03/2009 16:47:23 | Par : Calypso
Cette information dans le Figaro de ce matin : M. Gérard Errera, ambassadeur de France, Secrétaire général du Ministère des Affaires Etrangères, devrait
rejoindre en avril prochain le fonds d'investissement américain Blakstone comme conseiller spécial et membre international de l'Advisory board. Il sera chargé de la France et de l'Europe. Inimaginable. Pire que M. Pérol. Qui réagira dans les médias?
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