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Trump: le moins pire mais de peu

Beaucoup attendaient de la conférence de presse tenue par Donald Trump le 11 janvier 2017 dans sa Trump Tower des éclaircissements sur la politique qu'il avait l'attention d'appliquer après son accès officiel à la Présidence le 20 janvier. Allait-il changer en profondeur l'Etat profond américain qui domine depuis des décennies une grande partie du monde, Europe comprise?

Au sein de cet Etat profond, comme nous l'indiquions ce même 11 janvier dans l'article référencé ci-dessous 1), beaucoup le redoutait, ce qui pouvait expliquer la véritable perversité des attaques menées contre Trump. Mais celui-ci, lors de cette conférence de presse, n'a pas donné à l'establishment américain de véritables raisons d'inquiétude.

Certes, au plan personnel, il s'est présenté comme on le connaissait déjà: spontané (parlant apparemment sans notes), impulsif, non respectueux des règles concernant les rapports avec la presse. En comparaison avec les discours empesés de tous les responsables politiques et parlementaires américains, cela n'a pu que paraître rafraichissant. Qu'il continue à l'avenir.

Mais la conférence de presse, en dehors des questions liées à ses relations avec Poutine, que nous n'évoquerons pas ici, devait d'abord lui permettre de s'expliquer sur les rapports qu'il entretiendrait avec ses intérêts personnels une fois en charge des intérêts de la nation Il a réaffirmé qu'ils ne se confondraient pas dorénavant. Mais dans les faits on peut en douter.

Le but de la conférence était en effet pour lui d'annoncer qu'il confierait désormais la gestion de sa propre entreprise, la Trump Organisation, à ses deux fils Donald Jr et Eric. Il ne prendrait plus de responsabilité dans la direction de celle-ci, tout en y gardant des pouvoirs d'actionnaire majoritaire.

Jusqu'ici, les Présidents avaient pris soin de confier leur fortune à un trust indépendant afin de prévenir les conflits d'intérêts. Ceci était évidemment assez formel mais moins cependant que de faire directement appel à des fils, dont on peut douter qu'ils s'opposent jamais aux intérêts de leur père, d'autant plus que ceux seront un jour les leurs.

Ministres multimilliardaires

Quand on constate par ailleurs qu'il a choisi ses ministres et les membres de son cabinet parmi les plus visibles des multimilliardaires représentant le pouvoir extra-légal de l'oligarchie sur l'économie et la diplomatie, on peut douter qu'il s'oppose jamais à cette oligarchie. Celle-ci représente la forme la plus visible des 1% de super-riches et super-puissants désormais reconnus par tous comme dominant le monde, et dont les mieux représentés se trouvent aux Etats-Unis.

Trump s'était acquis le soutien électoral des « pauvres blancs » représentant l'Amérique ruinée par le capitalisme financier. Aujourd'hui, il propose encore de créer des millions d'emplois nouveaux. Mais en considérant Wilbur Ross, son secrétaire au Commerce, dit aussi le « Roi de la faillite » car il a fait fortune en rachetant les entreprises en difficulté afin de construire des conglomérats hyper-rentables - ou Andy Puzder, son secrétaire au Travail, par ailleurs magnat de la restauration rapide fortement concentrée, on doute que le gouvernement fédéral soit pris désormais d'une passion d'investir au profit des emplois pauvres et non rentables.

Manifestement, à la Maison Blanche, Donald Trump sera la personnalisation du pouvoir de ces 1%, tirant leurs profits principaux de pratiques extra-légales pour ne pas dire semi-criminelles, dans le monde entier comme en Amérique même...sans mentionner la fraude et la dissimulation fiscale au sein d'innombrables paradis.

Mais alors, dira-t-on, ne fallait-il pas que les « pauvres » élisent Hillary Clinton ? Or cela aurait été encore pire pour eux. Les oligarchies démocrates et républicaines, sous la présidence de celle-ci, auraient été tout autant représentées et défendues, mais ceci se serait fait de façon moins visible.

L'Etat profond américain, cité au début de cet éditorial, n'est pas seulement le complexe militaro-industriel et diplomatique. Il est aussi constitué des intérêts financiers dits néocapitalistes, qui prolifèrent autour de Wall Street et de la Banque Fédérale de Réserve, sans mentionner le Département d'Etat chargé de les défendre au plan international. Mais ils ont toujours eu l'habitude de se cacher, pour n'en agir que plus facilement, non seulement dans l'économie mais au niveau du Congrès et de la Présidence. Avec Trump, cette dissimulation sera sans doute moins visible. C'est ce que nous pourrions considérer comme le moins pire.

Pour les forces politiques européennes de demain, s'il en était qui veuillent s'affranchir un tant soit peu de la domination historique de Wall Street and Co, les adversaires, avec Trump, seront en tous cas plus visibles.


  1. Voir: "Trump effraie de plus en plus l'Etat profond américain"

    http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=2433&r_id=&t=Trump%20effraie%20de%20plus%20en%20plus%20l%27Etat%20profond%20am%E9ricain


12/01/2017
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