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2017. Peut-on parler aujourd'hui d'une défaite de l'Etat Islamique ?

Les djihadistes arabes sunnites qui composent l'essentiel des forces dites rebelles en Syrie et en Irak, se rattachant à l'Etat Islamique (EI,) ont subi une défaite majeure à Alep-Est. Ils en ont été chassés par les troupes de Bashar al Assad appuyées par les Russes. Ils résistent encore ce jour dans quelques villes importantes, Idlib, Raqqa, Palmyre, mais leur situation devient de plus en plus fragile, compte tenu de la reprise des offensives de Damas appuyées par la Russie
Dans le cas de Mossoul en Irak, ils sont en train de subir le même sort. Mais ils ont résisté plus longtemps. Les forces de l'armée irakienne appuyées par un fort soutien kurde avaient commencé le siège de Mossoul le 17 octobre, et la ville fut atteinte le 3 novembre. Mais depuis le progrès a été lent, devant la défense des milices djihadistes. Les forces de sécurité irakienne incluant des paramilitaires chiites ont perdu 2000 hommes en novembre, selon l'ONU. La force irakienne d'élite de 10.000 hommes dite Golden Division aurait perdu 50% de ses effectifs. L'EI utilise des centaines de combattants-suicide, de snipers et de mortiers. Ils sont retranchés dans les quartiers d'habitation servant de boucliers.

Cependant, à terme de quelques semaines ou mois, le gouvernement irakien devrait s'emparer de l'ensemble de la ville. Les pertes de civils seront très nombreuses, mais elles recevront beaucoup moins de publicité que celles ayant accompagné la prise d'Alep-Est. Il est vrai qu'il est difficile d'accuser le gouvernement irakien et ses soutiens d'être des « bouchers de Mossoul », comme le firent les Occidentaux à propos de Bashar al Assad et Poutine à Alep.

Concernant l'appui américain, il en fut beaucoup parlé, sous forme de forces spéciales et d'aviation, mais il est difficile d'en évaluer l'importance et l'efficacité. En fait, on a pu à juste titre douter de la volonté américaine et de la « coalition » sunnite dont les Etats-Unis ont pris la tête, au prétexte de lutte contre le terrorisme international, d'obtenir une éviction complète de l'EI. Il semblait que les Américains de l'ancienne Administration (avant l'élection de Donald Trump dont nous reparlerons) ne souhaitaient pas obtenir cette éviction, qui aurait laissé un champ plus libre aux Syriens de Damas et au Russes. C'est ainsi que la prise du second fief de l'EI en Syrie, Raqqa, poursuivie à grand bruit par les Américains, n'est pas encore en vue. Si vraiment l'Amérique l'avait voulu, la prise de Raqqa aurait été assez facile à obtenir, en coupant ses voies d'approvisionnement. Mais les Américains le souhaitent-ils vraiment?

En ce qui concerne la France, comme l'a dit François Hollande lors de son bref séjour dans la région, elle a contribué à la bataille de Mossoul par quelques frappes aériennes. Mais on peut considérer qu'elles furent plus utiles pour l'entrainement des équipages qu'en ce qui concerne l'effet sur les cibles visées.

La quasi-défaite de l'EI en Syrie et en Irak devra être vue comme une défaite majeure pour les Etats arabes sunnites qui avaient fondé l'EI. Assad et le gouvernement irakien chiite ont résisté à leurs efforts pour un « regime change » soutenus par les Etats-Unis et les gouvernements européens. Par contre, la forte participation de l'Iran chiite au conflit a consacré le futur rôle de ce pays dans tout le Moyen Orient et au delà. L'Arabie saoudite et le Qatar n'ont subi que des reculs dans leurs efforts pour s'imposer, avec l'appui américain, en Syrie, en Irak, en Libye et au Yémen. Dans ce pays, le roi Salmane n'a subi militairement que des échecs, face aux milices houthis chiites soutenues par l'Iran. Ce qui ne l'a pas empêché de couvrir le Yémen de destructions provoquant un début de famine générale.

La Turquie

Une importante question reste à ce jour sans réponse: quelles seront la conséquence de ces évènements pour la Turquie. Les succès en Irak furent en grande partie dus aux Kurdes syriens. Or le Parti Kurde des Travailleurs  (PKK) qui mène depuis 1990 une guérilla en Turquie ne peut qu'en être renforcé. Ceci ne veut pas dire que c'est lui qui inspire les attentats majeurs que subit actuellement la Turquie. Ceux-ci ont été revendiqués par l'EI. Cependant le PKK contribue largement à la mise en place d'un quasi Etat Kurde dans le nord-Est de la Syrie, ce qu'a toujours combattu le président Turc Erdogan. Ceci par peur d'une contagion s'étendant aux communautés kurdes de Turquie.

Par ailleurs, pendant des années, Erdogan a favorisé les transferts d'hommes et de matériels vers l'EI, en échange de financements provenant de la vente du pétrole accaparé par ce même EI. Comment ressentira-t-il l'éviction très probable de l'EI?

Certes, depuis quelques semaines, il a joué la carte russe en annonçait avoir rallié la bataille contre le terrorisme menée par la Russie. Mais la Turquie, malgré la « main de fer » d'Erdogan et les arrestations de milliers d'opposant, apparaît de plus en plus comme un Etat en voie d'effondrement. Les divergences et oppositions se radicalisent, entre « musulmans modérés » qui constituent sa base électorale, kurdes, populations occidentalisées du Bosphore. Les combattants-suicides de l'EI, longtemps financés par lui, se retournent désormais contre la Turquie. On peut craindre que la liste des attentats ne s'accroissent. C'est désormais la nouvelle façon de l'EI de continuer la lutte. Il n'empeche que pour l'Union européenne, l'adhésion de la Turquie est encore négociable

Inutile de dire que les Etats européens n'échapperont pas à la vague d'attentat qui se profile. Les mesures défensives de ceux-ci, encore gravement mal adaptées, empreintes de naïveté, sinon de volonté suicidaire, ne les en protégeront pas. Les migrations massives, soutenues par la Turquie, pénétrées de djihadistes qui passeront progressivement à l'acte, et encouragées par les bonnes âmes européennes au nom du devoir humanitaire, seront la nouvelle façon permettant à l'EI de porter la guerre jusqu'en Europe.

Les yeux se tournent désormais sur Donald Trump. Il a présenté l'éradication de l'EI au Proche et Moyen Orient comme sa première priorité. Pour cela, il a décidé de rapprocher l'Amérique de Vladimir Poutine, mettant fin à la guerre froide ayant opposé les deux pays depuis plus d'un demi-siècle. Mais il y aura loin des intentions aux réalités. Les deux lobbies militaires et pétroliers qui le soutiennent continueront-ils à le faire? Ceci d'autant plus que ces mêmes lobbies comportent de nombreux éléments opposés à lui, ne se consolant pas de l'échec d'Hillary Clinton. Ils mèneront contre Trump une guerre sans pitié, pouvant, comme cela été dit, aller jusqu'à l'assassinat. Ce ne sera pas ce qui reste de l'EI qui le regrettera.


PS au 04/01. Sur la bataille de Mossoul, voyez cet article de Médiapart qui tempère l'optimisme de notre propre article

https://www.mediapart.fr/journal/international/030117/les-forces-irakiennes-sont-la-peine-dans-le-bourbier-de-mossoul?page_article=3




03/01/2017
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