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Changement de route à l'Asean

Les dirigeants des pays membres de l'Association des Etats de l'Asie du Sud-Est (Asean) comprenant aussi l'Australie et la Nouvelle Zélande, se sont réunis du 27 février au 1er mars en Thaïlande pour un 14e sommet. Les objectifs de cette conférence étaient loin d'être routiniers. Il s'agissait d'examiner la faisabilité d'un changement de route complet des politiques économiques des géants de la région.
 

On assimile quelquefois, à juste titre, la marche en avant d'ensembles regroupant des milliards d'individus à celle de super-pétroliers ou super-porte-conteneurs en haute mer. Vus du haut de la passerelle, ils semblent à peine avancer. Mais à la timonerie, on sait très bien que pour infléchir la route de quelques degrés, la machine parait bien peu puissante. Il faudra plusieurs milles avant qu'un changement notable se fasse sentir. Encore faut-il qu'un ordre clair soit donné.  Or c'est bien cet exploit que semblent en train de tenter  les gouvernements de ces pays, à commencer par celui de la Chine. Avec une rapidité que pourraient leur envier leurs homologues des pays occidentaux, ils paraissent avoir compris qu'en affaiblissant la consommation américaine et européenne, la crise financière a en effet infecté, à travers la chaîne de la sous-traitance globale, non seulement la Chine, atelier du monde industriel, mais aussi toutes les économies voisines, qui avaient fait de la Chine la base de leurs propres exportations. Ce sont les pays les plus développés, Chine, Japon, Corée du Sud, Taïwan, Singapour qui ressentent le plus le choc, car leur croissance (parfois à 2 chiffres jusque là) reposaient sur leurs exportations. Les autres (Vietnam, Philippines, Malaisie, Cambodge, Laos...), bien que moins dépendants, ne peuvent pas non plus sortir indemnes de ce qui parait un effondrement durable du modèle globale de développement.

On connaît les limites de ce modèle, dont on peut s'étonner qu'il ait fallu la crise pour que les yeux des dirigeants s'ouvrent : en reposant sur les capacités d'achat des économies occidentales, elles-mêmes dopées par des politiques de crédit à la consommation qui ne pouvaient pas durer, la croissance asiatique était nécessairement fragile. De plus, elle accumulait les conséquences négatives, dites des externalités : destruction des éco-systèmes, pollutions, hausses des matières premières, etc. . Au plan interne, mal managée, elle se traduisait par une aggravation des inégalités entre un prolétariat maintenu au seuil de la survie et des classes moyennes supérieures devenant obèses dans tous les sens du terme. 

L'aveuglement des dirigeants asiatiques n'avait il est vrai que d'égal celui des dirigeants des pays occidentaux, notamment ceux des Etats-Unis. Mal conseillés par un système financier qui ne voyait que les possibilités immédiates de profit découlant d'une consommation reposant sur des crédits sans garanties, ces derniers ont cru pouvoir fonder des politiques structurelles de long terme (guerres extérieures, dépenses d'armement notamment) non sur des investissements productifs réalisés chez eux mais sur la bonne volonté de prêteurs asiatiques censés prêts à financer ad aeternam  leurs déficits par l'achat de bons du trésor américain.  Le super-porte-conteneur américain, comme ceux composant le reste du convoi occidental, se voient obligés eux-aussi de donner de nouveaux ordres à la machine. Mais en l'espèce (pour rester dans le domaine des comparaison maritimes), il ne s'agit pas d'une simple inflexion de route mais d'un véritable crash-stop : arrière toute partout.

Les économies asiatiques ont en effet davantage de marges de manœuvres. Les Etats y disposent d'atouts qui font aujourd'hui défaut aux pays occidentaux afin de trouver une issue à la crise économique et inventer un modèle de croissance moins dépendant des exportations. Ils peuvent en principe reconvertir leur appareil de production vers la satisfaction des besoins intérieurs, besoins en consommation mais aussi besoins en infrastructures. Ils peuvent y affecter leurs considérables réserves de change, jusqu'ici investies essentiellement en bons du Trésor américain. Ils peuvent également, pour les plus riches d'entre eux, envisager le développement des pays les plus pauvres de la zone.

C'est la Chine qui peut le mieux donner l'exemple. En effet, aucune économie n'a aujourd'hui de projet de développement aussi précis et clairement intégré à sa planification économique que la Chine, avec son programme de  mise à jour de sa structure économique et sociale, en termes de capital humain, d'innovation technologique et d'économie verte, dont l'objectif ultime est de rééquilibrer l'économie en faveur de la consommation. Ces mots d'ordre ne sont pas des déclarations vertueuses. Ils sont nés du constat, lors de la surchauffe de ces dernières années, que les pénuries d'énergie et la raréfaction des ressources menaient le navire chinois droit sur les hauts fonds. Les avantages d'un régime relativement autoritaire apparaissent alors à plein. Il n'y a qu'une voix sur la passerelle et elle n'est pas discutée. De plus, les dirigeants chinois ne semblent pas s'être laissés intoxiquer par de soi-disant experts économiques qui leur imposaient un discours néo-libéral qui pour eux, tradition marxiste bienvenue oblige, n'avait aucun sens.

Comme nous l'avions indiqué précédemment ( http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=235&r_id= ), le premier plan de développement post-crise, évoqué au sommet du PNUE à Nairobi le 16 mars et publié fin 2008 par l'agence chinoise de planification économique, porte sur le sud-est, la région exemplaire de l'ouverture économique des années précédentes. Très dépendante des exportations, elle est aujourd'hui en souffrance et un changement de route y est urgent. D'ici à 2020, elle deviendra un centre d'innovation doté de pôles de recherche, repoussant ailleurs les industries les moins efficaces et les plus polluantes. L'ampleur du plan de relance chinois de 4 000 milliards de yuans (461 milliards d'euros), soit 13 % du produit intérieur brut (PIB), s'explique ainsi par cette volonté de faire passer en priorité les investissements qui vont dans le sens d'une transformation qualitative du modèle chinois. Les difficultés et résistances seront nombreuses. Mais comme il n'existe pas d'alternatives, elles seront sans doute dépassées.

On aimerait qu'à bord du convoi des navires marchands européens règne la même clairvoyance et la même détermination.

Les notes :
28/02/2009
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