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Le « lobby pro-israélien »

On parle de « lobby juif », selon le terme américain d' « Israel lobby » pour désigner le ou les groupes de pressions que forment dans divers Etats des nationaux d'origine ou de religion juive regroupés, soit pour la défense de leur communauté dans ces Etats, soit pour la défense de l'Etat d'Israël. Nous préférons pour notre part parler pour la France de« lobby pro-israélien » afin d'éviter les généralisations 1)
En France, les études concernant le "lobby pro-israélien " sont assez rares. D'une part parce que la "communauté" se disant juive est très hétérogène, peu intégrée, et ne s'entraide pas autant qu'on le dit...De plus, la majorité d'entre eux ne soutient pas nécessairement l'Etat d'Israël dont les abus autoritaires sont difficilement défendables, y compris à leurs yeux.  D'autre part parce que les études  ne peuvent pas s'appuyer sur des enquêtes statistiques de référence, impossibles en France. Ce n'est pas le cas aux Etats-Unis, où elles sont très fréquentes 2) . Enfin le terme et les recherches à cet égard sont vite qualifiées d'antisémites, ou sont récupérées par des mouvements antisémites.

Quelques études récentes, de diffusion restreinte 3) ont tenté ce faisant d'analyser le lobby pro-israélien  français proprement dit, notamment l'influence qu'il peut avoir aujourd'hui sur la politique étrangère de la France. Nous ne les reprendront pas pour notre compte.

Ici, nous rappellerons d'abord les grandes lignes permettant de décrire le Lobby Juif américain dit AIPAC 4), les orientations géostratégiques américaines en découlant, les circonstances nouvelles auxquelles il devra s'adapter compte tenu de l'accès de Donald Trump à la Maison Blanche. Nous verrons ensuite, beaucoup plus brièvement, les choix que devra faire pour sa part le
lobby pro-israélien français, tant dans son action intérieure qu'en ce qui concerne son attitude dans le domaine de la politique étrangère de la France.

L'AIPAC et les néoconservateurs américains.

Les néo-conservateurs américains conduisent la politique étrangère des Etats-Unis depuis le 9/11/2001. Or les plus influents d'entre eux sont les dénommés Krauthammer, Kristol, Podhoretz, Perle, Kagan, Horowitz, Wolfowitz. Ils ont inspiré notamment le très influent PNAC ( (Project for a New American Century 5). Le PNAC a poursuivi et poursuit encore le rêve d'instaurer une suprématie mondiale américaine. Il précise que pour cela, il faut s'appuyer sur des alliés potentiels puissants, notamment l'Etat Hébreu. Celui-ci était considéré par ailleurs comme s'opposant, discrètement mais fermement, à la pénétration de l'influence russe au Moyen-Orient. Par ailleurs, Tel Aviv, ce n'est un secret pour personne même si la chose reste discrète, a toujours combattu pour des raisons de survie l'intégrisme des pays musulmans et plus récemment, le terrorisme islamique.

Ceci s'explique parfaitement, pour de simples raisons géographiques. Les quelques millions d'Israéliens sont cernés par plusieurs centaines de millions de musulmans. Pour ces derniers, même pour les plus modérés, l'Etat juif qualifié de sioniste, occupant illégitime d'une partie de la Palestine, n'a pas sa place au Moyen Orient et devrait disparaître. Il est donc légitime qu'Israël se défende contre cette hostilité. D'autant plus qu'elle prend aujourd'hui, avec la mise en place d'un Etat islamique (Daesh), des dimensions de plus en plus agressives, y compris en Europe et même en Amérique. La France est intéressée au premier chef par la survie de l'Etat juif.

Le puissant AIPAC ou
American Israel Public Affairs Committee le sait et ne s'est jamais opposé à cette politique israélienne, même si elle se traduit par des abus de droit divers, notamment en Palestine, de plus en plus dénoncés par les gouvernements et opinions publiques européennes. De plus, les néo-conservateurs américains ont longtemps, notamment par l'intermédiaire d'une CIA à leur service, financé et armé les mouvements terroristes qui au Moyen-Orient cherchent à entrainer la chute de Bashar al Assad, allié de la Russie. Ils ont longtemps toléré, sinon encouragé le terrorisme islamique qui s'en prend dorénavant aux démocraties européennes.

L'AIPAC, qui connaissait tout cela par définition, n'a longtemps rien fait pour contrer cette politique extérieure américaine, dont les conséquences catastrophiques, même pour les Etats-Unis, apparaissent pleinement désormais. Il pensait sans doute servir les intérêts de l'Etat juif, pour qui Bashar al Assad a longtemps été présenté comme une menace existentielle.

Concernant la Russie, il faut noter que Poutine et Netanyahu n'ont jamais affiché une grande complicité, sans pourtant marquer d'hostilité ouverte. Une part importante de l'establishment politico-militaire russe est constitué d'anciens émigrés qui restent très soucieux de bonnes relations avec Israël. Cependant jusqu'à présent, Israël n'avait pas fait grand chose pour se rapprocher concrètement de Moscou et des intérêts russes. Au contraire, ses alliances, ses choix militaires, notamment en matière d'équipement, sa politique générale avaient été conforme aux exigences des néo-conservateurs et par conséquent à celles de l'AIPAC.

Cependant tout laisse penser que dans l'avenir la lutte contre Daesh, priorité également majeure de Poutine, poussera celui-ci à des rapprochement discrets ou au contraire affichés, notamment au plan militaire, avec Netanyahu et ses successeurs, quels qu'ils soient. L'AIPAC s'alignera vraisemblablement.

Donald Trump

Le panorama d'ensemble risque de changer sensiblement avec l'accès de Donald Trump à la Maison Blanche. L'AIPAC, toujours réaliste, ne pourra pas ne pas en tenir compte. L'AIPAC avait certes consacré de puissants moyens financiers au soutien de la candidature d'Hillary Clinton. Celle-ci était considérée, par sa politique étrangère militariste, la mieux capable de défendre les intérêts d'Israël face aux pays musulmans. Il faut noter cependant que l'AIPAC a réservé environ 1/5 de ses soutiens à la candidature Donald Trump. Il fallait en effet tout prévoir. Bien lui en a pris.

Certes Trump est resté prudent vis-à-vis de sa future attitude à l'égard de l'AIPAC. Mais on peut penser que celui-ci se rapprochera désormais de Trump afin d'obtenir son soutien dans ses préconisations, tant au plan intérieur qu'au plan de la politique étrangère. Nous n'avons pas d'information à ce jour concernant l'attitude de Trump. Quant à l'Etat d'Israêl, ses récentes propositions, notamment concernant le déplacement de l'ambassade à Jérusalem, donnent à penser qu'il ne négligera pas son  soutien.  D'autant plus que l'Etat hébreu sera un élément essentiel de la lutte contre Daesh, mise en tête du programme que Trump s'est assigné.

Quant aux néoconservateurs américains, et par conséquent une partie influente de l'AIPAC, ils semblent s'être divisés en deux tendances fortes: continuer à combattre Trump et l'application de son programme par tous les moyens disponibles, y compris les plus illégaux, et entrer en connivence avec lui pour profiter des succès éventuels de sa politique. Il est notable en effet désormais que le lobby militaro-industriel américain, constitué en partie de membres influents à la fois de l'AIPAC et des mouvements néo-conservateurs américains, se répartit aujourd'hui en anti-Trump et pro-Trump.

Si comme il est probable, les pro-Trump finissent par s'imposer, l'AIPAC se rapprochera du nouveau président, à la fois pour le soutenir et tenter de l'influencer. Ceci sera vraisemblablement bien reçu par l'Etat juif, l'éradication (espérée) de Daesh promise par Trump ne pouvant que satisfaire ses besoins de sécurité. De même l'alliance stratégique envisagée entre Trump et Poutine facilitera évidemment l'adoption commune d'objectifs conformes aux voeux de l'AIPAC.

Notons par contre que les relations futures de Trump avec l'Iran poseront un problème à Israël et donc à l'AIPAC. Tel Aviv a toujours considéré l'Iran comme une menace possible. Or Trump a affiché son souci de prendre plus que de la distance avec Téhéran, alors que celui-ci constitue, de même que le Hezbollah, des éléments essentiels du soutien russe à son allié Bashar al Assad. L'AIPAC devra se situer efficacement dans ces relations complexes. Il devra choisir sur ce point entre Trump hostile à l'Iran et ses futures bonnes relations espérées avec Moscou. Cependant, il n'y a pas d'incompatibilité qui ne se résolve avec un peu de diplomatie.

Ajoutons qu'un point rarement mis en évidence est l'implication des principaux représentants de l'AIPAC dans la politique pétrolière américaine. Celle-ci jusqu'à présent s'était traduite par une étroite complicité avec l'Arabie saoudite et les autres pétro-monarchies. L'AIPAC ne trouvait rien à y redire, au contraire. Cependant, très probablement, à terme, la Russie s'efforcera de concilier, bien qu'a priori ils apparaissent concurrents, ses propres intérêts gaziers et pétroliers, y compris en terme de pipe-line, avec ceux de l'Iran. Plusieurs questions seront ouvertes. Comment Donald Trump prendra-t-il cela? Comment Israël réagira-t-il et comment en conséquence se positionnera l'AIPAC?

Le lobby pro-israélien français.

Sans tomber dans l'antisémitisme, il faut considérer que le lobby pro-israélien français, bien que bien moins influent que l'AIPAC, a toujours inspiré la diplomatie française au sein de laquelle il trouve de nombreux représentants très influents. Un précédent ministre des Affaires étrangères ne se cachait pas en privé sa sympathie à son égard. Sans s'y inscrire toujours ouvertement, un grand nombre d'hommes politiques, à l'exception des représentants de l'extrême gauche, n'hésitent pas à montrer une grande compréhension à son égard et par conséquent un large soutien à la politique américaine au Moyen Orient. Ce fut le cas aussi de responsables politiques éminents qui viennent seulement de démissionner. Si bien que la France s'est toujours alignée sur  la politique internationale américaine, notamment dans son hostilité permanence à Moscou et accessoirement dans ses efforts pour contribuer à la chute de Bashar al Assad. Ceci jusqu'à l'imprudence, comme dans la crise des armes chimiques censées être détenues par Damas.

Comment ce lobby pro-israélien français va-t-il réagir à l'égard d'éventuels changements stratégiques importants résultant d'une nouvelle politique diplomatique inspirée par Donald Trump? On peut penser qu'il suivra en ce cas comme d'habitude les nouvelles orientations de l'AIPAC. Autrement dit, il manifestera éventuellement une position beaucoup plus ouverte qu'à présent à Donald Trump et à ses choix politiques, notamment vis-à-vis de la Russie. Mais cela ne se fera pas sans de nombreuses hésitations.

Si le lobby pro-israélien français était plus indépendant qu'il ne l'est de Washington, il proposerait que la France, suivie éventuellement par d'autres Etats européens, en revienne à la grande politique d'équilibre au Moyen Orient qui était celle de Charles de Gaulle, dans le cadre de la « politique arabe de la France ». Ce terme a symbolisé pendant un certain nombre d'années la volonté de se situer de façon équilibrée entre les différents Etats et politiques arabes du Moyen-Orient, sans pour autant, au contraire, perdre de vue les intérêts d'Israël. Cette équilibre n'était pas supportable ni par l'AIPAC du moment, ni par la diplomatie américaine. Si bien que de Gaulle a été renversé par une action permanente de la CIA et de ses représentants en France. La politique arabe de la France a cessé d'exister. Le concept lui-même n'est plus compris, sauf par les historiens.

Références

             1) Voir Lobby juif Wikipedia https://fr.wikipedia.org/wiki/Lobby_juif

              2) Voir par exemple https://en.wikipedia.org/wiki/The_Israel_Lobby_and_U.S._Foreign_Policy

             3) Nous ne les citerons pas ici, pour des raisons évidentes. Le lecteur souhaitant se renvoyer aux sources devra les obtenir lui-même

      4) Voir Wikipedia https://fr.wikipedia.org/wiki/American_Israel_Public_Affairs_Committee

      5) Voir Wikipedia https://fr.wikipedia.org/wiki/Project_for_the_New_American_Century



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22/12/2016
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