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Qu'attendre d'une guerre économique avec la Chine?

Selon la presse, la Chine s'est dite «gravement préoccupée» lundi 12/12 par les déclarations du président américain élu Donald Trump, qui a menacé d'entretenir des relations avec Taïwan en dépit des engagements pris depuis près de quatre décennies par les Etats-Unis vis-à-vis de Pékin. Si Washington devait revenir sur cet engagement, «il ne saurait plus être question de croissance saine et régulière des relations sino-américaines ni de la coopération bilatérale dans d'importants domaines», a averti lors d'un point de presse le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Geng Shuang.
La perspective de guerre économique découlant d'une aggravation des relations sino-américaines, même si elle n'est pas explicitement évoquée dans la déclaration de Geng Shuang, est dans tous les esprits, non seulement en Amérique mais dans le monde. Elle concerne en premier lieu les Etats-Unis. Donald Trump s'y est fait élire en partie par les victimes de la desindustrialisation des régions du « rust belt » résultant de la concurrence chinoise. Trump a mentionné explicitement le rétablissement de barrières tarifaires avec la Chine et le prélèvement de droits de douanes importants sur les importations en provenant. Le produit de ceux-ci servirait à financer de nouveaux investissements industriels en Amérique, avec les gains d'emploi en résultant.

Mais l'ensemble des Etats-Unis serait concerné, car les mesures de rétorsion certaines que prendrait la Chine affecteraient nécessairement les investissements américains dans ce pays. Ceux-ci, notamment dans le secteur des économies numériques au sens large, permettent aux transnationales américaines de fabriquer à bas prix et d'inonder le marché de leurs produits. Certes, ces transnationales pourraient délocaliser une partie de leurs usines chinoises dans des pays asiatiques voisins. Mais le processus serait lent et coûteux. Les prix finaux de ces produits augmenteraient sensiblement. Des milliards d'utilisateurs, par exemple de téléphones portables, en seraient affectés. N'envisageons pas ici les autres secteurs où les banques et entreprises américaines profitent largement de l'ouverture relative des marchés chinois – fut-ce aux dépens du consommateur américain final.

On notera que les Chinois font actuellement valoir qu'ils investissent de façon importante aux Etats-Unis et en Europe. Mais il ne s'agit en rien de cadeaux. Les retours d'investissement sont rapatriés en Chine et renforcent donc sa compétitivité. Ils ne bénéficient donc pas finalement aux pays d'accueil. Il s'agit en fait d'une sorte de colonisation économique, analogue aux investissements réalisés dans les pays pauvres par les pays riches.

La question concerne également et en premier lieu, les pays européens.  Actuellement, des dizaines de containers provenant de Chine et emplis de Pères Noël à bas prix envahissent les ports européens. L'on dira que dans ce domaine comme en d'autres les Européens pourraient supporter le coût accru de ces poupées si elles étaient frappées de droits de douanes augmentant sensiblement leurs prix – surtout si en contrepartie des industriels du jouet fabriquaient en Europe des Pères Noël de remplacement, avec les créations d'emplois en résultant. Mais que dirait le consommateur final, privé de l'accès à des Pères Noël bon marché ? L'exemple paraitra anecdotique, mais il illustre le cas des innombrables produits industriels chinois actuellement vendus en Europe.

Les économistes partisans de la décroissance, notamment dans le souci de ménager les ressources terrestres, s'en réjouiront. Mais ils devront faire beaucoup d'efforts pour convaincre de l'intérêt de telles mesures de décroissance l'essentiel des milieux économiques, des consommateurs finaux et des gouvernements vivant de l'appui de ces derniers.

Certes, une guerre économique entre la Chine et l'Amérique, résultant des mesures protectionnistes envisagées par Trump, n'affecterait pas nécessairement les autres économies mondiales. Mais celles-ci- vu l'interpénétration des échanges, s'en ressentiraient nécessairement. Il faut rappeler aussi que beaucoup de pays européens comptent s'impliquer dans les projets chinois dits de Nouvelle route économique de la soie. Ils ne devraient pas y renoncer, même pour plaire à Trump.

On doit noter cependant qu'un certain nombre de membres importants de l'Organisation Mondiale du Commerce continuent à refuser d'accorder à la Chine le statut d'économie de marché qu'elle espérait, ceci compte tenu des inégales situations de concurrence existant encore entre eux et l'économie chinoise. Aux yeux des intérêts concernés, ce statut permettrait à la Chine de balayer sans contrepartie ce qui reste chez eux d'investissements productifs 1). Ils verront donc d'un oeil favorable le maintien d'un relatif protectionnisme, analogue à celui proposé par Trump à l'Amérique.

Au delà des questions économiques

Sur ce plan, un raidissement des relations entre l'Amérique de Trump et la Chine doit être pris en considération. Il intéresserait de nombreuses relations géostratégiques mondiales. Ceci d'abord en termes éventuellement militaires. Qui dit guerre économique dit nécessairement guerre diplomatique, avec d'éventuelles conséquences dans le domaine militaire. Sous la présidence d'Obama, nous l'avons souvent rappelé, le lobby militaro-industriel américain continue notamment à encourager des mobilisations de moyens navals servant à contenir l'expansion de la Chine en mer de Chine méridionale. Beaucoup d'intérêts militaires, soutenus par le Japon, semblent encore considérer avec sérénité la perspectives de conflits locaux en résultant, y compris avec l'emploi d'armes nucléaires tactiques. Il n'est pas exclu que Trump s'inscrive dans cette ligne par la suite. Ceci ne déplairait sans doute pas à certains des militaires qui le soutiennent.

Qu'en serait-il des relations futures de Trump avec la Russie? Moscou partage beaucoup de perspectives économiques et diplomatiques avec la Chine, soit directement, soit au sein du Brics et de l'OCS. Certes, les projets en découlant commencent à susciter des inquiétudes en Russie, du fait là encore des inégales conditions de concurrence entre une Russie victime d'un certain sous-investissement et une Chine en pleine croissance, malgré les difficultés qu'elle rencontre actuellement. Il serait très douteux cependant que Poutine envisage d'y renoncer, même dans la perspective d'une nouvelle coopération américano-russe.

D'une façon plus générale, il faudra évoquer l'avenir des relations de l'Amérique, encore première puissance économique du monde, et la Chine, en voie de lui prendre ce titre. Pourrait-on envisager, sans risques majeurs à tous égard, y compris pour le reste du monde, que la situation se détériore gravement entre ces deux puissances? Et quel parti prendrait l'Europe, 3e puissance économique ?

Ceci dit, n'ayons pas trop d'inquiétudes, suggèrent les optimistes, Trump une fois définitivement élu, ne renoncera-il pas, vues les conséquences, à l'essentiel de ses gesticulations anti-chinoises actuelles?

  1. http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2016/12/10/20002-20161210ARTFIG00023-pres-de-80-pays-accordent-deja-le-statut-d-economie-de-marche-a-la-chine.php

12/12/2016
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