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L'Europe de la Défense et la Défense de l'Europe.

Le général (cr) Jacques Favin-Lévêque est membre du comité directeur de l'Association Union Paneuropéenne France. Cet article parfaitement documenté nous parait éclairer le concept de Défense Européenne souvent mal compris et auquel nous adhérons. L'auteur nous demande cependant de souligner que sa vision de l indépendance de l'Europe en matière de défense ne rejette pas le principe d'une Alliance avec les USA dans le cadre de l'OTAN lorsque les intérêts de l'UE et des USA convergent…point sur lequel nous divergeons, comme nos lecteurs l'ont sans doute noté. JPB pour Europe-solidaire

 1949 : signature du Traité de Washington, créant une alliance défensive entre pays d'Europe Occidentale et d'Amérique du Nord contre la menace militaire Soviétique en Europe et dans l'Atlantique Nord
 1989 : chute du mur de Berlin, bientôt suivie de l'effondrement de l'URSS et de la dissolution du Pacte de Varsovie
 1992 : signature du Traité de Maastricht, instaurant une Politique Etrangère et de Sécurité Commune (PESC) entre les Etats membres de l'Union Européenne
 2000 : Traité de Nice officialisant les structures politico-militaires de la Politique Européenne de Sécurité et de Défense (PESD), corollaire de la PESC.

2009 : L'Europe de la Défense, traduction concrète de la PESD, n'est-elle pas mûre désormais pour assumer la Défense de l'Europe ? L'Union Européenne qui affirme de plus en plus sa volonté d'existence en tant qu'acteur géopolitique sur l'échiquier mondial devra-t-elle indéfiniment s'en remettre à l'outil militaire d'un traité dont la raison d'être initiale est dépassée ?

Telles sont les questions que l'on est en droit de se poser lorsque l'on poursuit l'idée d'instaurer une Europe souveraine, indépendante et solidaire, à l'instar du rêve formulé par Richard de Coudenhove –Kalergi dès 1923. L'Europe que l'Union PanEuropéenne Internationale s'efforce de promouvoir est bien celle d'une union d'Etats souverains qui acceptent de partager une part clairement définie de leur souveraineté pour construire un espace politique commun, capable de se faire respecter et donc de se défendre par lui-même.

En l'état actuel de l'Union Européenne, la réponse aux questions posées ci-dessus est très clairement négative. L'Europe a besoin de l'OTAN pour assumer la défense collective de ses territoires et de ses habitants. Pis encore, le Traité de  Lisbonne dont on attend pourtant que la voix de l'Europe devienne plus audible dans le concert international reconnaît en son article 27 que l'OTAN reste pour les pays membres qui en font partie «  le fondement de leur défense collective et l'instance de sa mise en œuvre ».

Du reste la PESD n'a en son état actuel pas d'autre ambition que de résoudre les crises internationales et ne s'est pas donné les moyens d'aller au-delà des missions de Petersberg. Tout au plus le Traité de Lisbonne élargit-il  timidement cette ambition en étendant le spectre des missions dévolues à la PESD, sans aller jusqu'à évoquer la défense même de l'Union Européenne.

Et pourtant, c'est bien cela qu'il faudrait pouvoir assumer pour satisfaire l'objectif affiché d'une Europe souveraine. La  maturité politique que cela sous-entend reste bien le but qu'avait visé Richard de Coudenhove-Kalergi et s'inscrit en filigrane dans toute l'histoire de la construction Européenne dès ses débuts dans les années 50.

Esquisse pour une Europe de la défense


Une Europe puissance capable de faire entendre sa voix dans l'équilibre géopolitique et géostratégique de la planète, cela serait aussi, on peut même dire d'abord, une Europe capable de défendre son territoire et ses populations en cas d'attaque militaire caractérisée, capable même de se porter garante des intérêts vitaux de l'ensemble de ses Etats membres.

Que faudrait-il pour cela ? De quelles structures politico-militaires et de quels moyens de défense l'Union Européenne devrait-elle disposer pour assumer pleinement sa responsabilité de puissance géopolitique ? Dans un monde multipolaire dans lequel les grands Etats, de l'hyper-puissance Américaine aux géants Asiatiques, en passant par la Russie renaissante ou l'Iran en devenir, affirment chaque jour d'avantage leur identité propre et leurs capacités d'influence, la dimension militaire n'est pas absente  et  constitue bien l'un des attributs sur lequel chacun  fonde sa souveraineté.

En matière de structures, on peut admettre que celles mises en place par le Traité de Nice, complétées par les dispositions prévues au Traité de Lisbonne, constituent l'ossature sur laquelle pourrait se bâtir une véritable Défense Européenne. Le Comité Politique et de Sécurité, le Comité Militaire et l'Etat-Major de l'Union Européenne, l'Agence Européenne de la Défense seraient les uns et les autres les constituants de base d'une défense autonome s'ils étaient sous-tendus par une volonté politique d'indépendance de la part des Etats membres de l'Union.

En revanche, en ce qui concerne les moyens nécessaires pour assumer une défense réellement Européenne, nous sommes loin du compte. Les efforts budgétaires de la presque totalité des Etats membres se situent très en dessous de 2% du PIB, ratio qui est considéré comme étant le seuil  minimum nécessaire pour disposer d'un outil de défense suffisamment performant dans la totalité de l'éventail des menaces. De plus la coordination des efforts de défense est très insuffisante, chacun des Etats ne consacrant à la PESD qu'une part très modeste de son budget de défense.

L'autonomie de la Défense Européenne supposerait que l'Union Européenne inscrive à son budget les crédits nécessaires pour assumer la défense collective et que l'Agence Européenne de Défense, en charge de la préparation de l'avenir, notamment en ce qui concerne la R&T de défense et la base industrielle et technologique de défense de l'Europe, soit dotée de moyens financiers à la hauteur des enjeux.

Pour ce qui est des moyens de défense eux-mêmes, l'autonomie stratégique de l'Union Européenne devra se traduire au moins dans les domaines clés suivants :

-    Une chaîne Européenne de commandement opérationnel  complète  et permanente,
-    La maîtrise de l'espace de façon à disposer de systèmes satellitaires d'observation, de communication et de localisation au service d'une Agence Européenne du renseignement stratégique,
-    La possession de moyens de transport stratégiques aériens et maritimes en nombre significatif,
-    L'intégration de systèmes de défense interopérables susceptibles de mener  un combat de haute intensité dans la durée,
-    Un système propre de défense anti-missile et/ ou une capacité de dissuasion nucléaire au niveau de l'Union Européenne,
-    Une base industrielle et technologique européenne de défense compétitive aux plans technique et économique.


L'autonomie de l'Union Européenne en matière de défense relève d'une aspiration naturelle  pour l'Europe à vouloir s'assumer dans toute la dimension de son indépendance. Cette volonté n'est en rien dirigée contre l'hyper-puissance Américaine avec laquelle l'Europe reste liée par les engagements de l'article 5 du Traité de Washington : « Les parties conviennent qu'une attaque armée contre l'une ou plusieurs d'entre elles sera considérée comme une attaque dirigée contre toutes les parties ... ».

En revanche, une Europe, maîtresse de sa destinée  et souveraine dans ses décisions politiques, doit être le cas échéant en mesure d'assumer sa propre défense en dehors du cadre de l'Alliance Atlantique. Si l'Alliance demeure, très élargie par rapport à son format initial, ses objectifs actuels de résolution des crises internationales ne correspondent plus à ses fondements historiques. Il serait naturel, 60 ans après la signature du Traité de Washington, de tirer les leçons des bouleversements géopolitiques  intervenus sur la planète et de jeter les bases d'un nouveau traité international pour la sécurité réunissant les acteurs majeurs de l'équilibre géostratégique, à commencer par l'Union Européenne, en tant que puissance responsable de son existence et de son propre destin.

Un Livre Blanc Européen de la Défense et de la Sécurité


Bien des pas sont à franchir pour atteindre un tel renouvellement du paysage géostratégique mondial. Un premier pas pourrait consister pour l'Union Européenne à se livrer à l'exercice de la rédaction d'un Livre Blanc Européen de la Défense et de la Sécurité afin de faire le bilan des menaces qui pèsent sur sa sécurité et de définir, face à ces menaces, une politique de Défense et de Sécurité commune, ouvrant ainsi la voie à une défense commune. La PESD actuelle n'en constitue encore à ce jour qu'un timide préambule, à tel point que les objectifs qu'elle s'est fixés et les moyens dont elle s'est dotée sont sans commune mesure avec la vision d'une Europe réellement souveraine et indépendante, telle que l'Union Internationale PanEuropéenne l'imagine depuis 1923.

La construction de l'édifice Européen est affaire de volonté politique et rien ne pourra se faire dans le sens de cette émancipation de notre continent sans une forte impulsion des peuples. Les sondages Eurobaromètre avancent des pourcentages proches de 80% en faveur d'une « armée Européenne ». S'il est plus facile de cocher une case dans un questionnaire de l'IFOP que de mourir pour Gdansk, cette expression de l'opinion publique en matière de défense commune ne doit pas être sous-estimée et il est grand temps de faire les premiers pas en direction d'une Europe maîtresse d'elle-même, ayant la maturité politique lui permettant de mener une politique étrangère conforme à sa vision du monde, celle d'un monde dans lequel l'équilibre entre de multiples pôles de puissance impose la maîtrise des armes pour être respecté.

C'est en ce sens que PanEurope-France estime nécessaire de promouvoir les voies et les moyens d'une Europe autonome en matière de défense, se démarquant clairement de l'OTAN pour assumer ses  responsabilités de puissance souveraine, mais sans aucunement renier le bien fondé d'une Alliance qui garde toute sa légitimité lorsqu'il y a conjonction entre les intérêts stratégiques Européens et Américains.
18/02/2009
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