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Réunion du Programme des Nations Unies pour l'Environnement à Nairobi le 16 février

Relance verte : la Chine donnera-t-elle des leçons au monde ?
A l'exemple de la Chine, qu'attendent des gouvernements nationaux européens encore englués dans des intérêts industriels archaïques pour s'entendre enfin sur un plan coordonné de relance verte de 500 milliards d'euros, susceptible de créer de créer non seulement des emplois durables mais aussi des biens matériels et immatériels eux-mêmes durables ?

L'exemple chinois

On sait qu'avec la baisse de ses exportations industrielles vers les pays riches, la Chine enregistre actuellement une réduction de son taux de croissance. Celui-ci, encore fort (5% environ) selon les critères européens, n'empêche pas des dizaines de milliers de licenciements dont les conséquences sociales et politiques font peur à tous. D'un autre côté, il n'était pas envisageable que la « croissance » ancienne à 2 chiffres se poursuive longtemps, car elle s'accompagnait d'une destruction de l'environnement aux conséquences à long terme catastrophiques : pollution de l'air et de l'eau, rejets toxiques, fabrication de produits ne respectant pas les normes minimum de sécurisation de l'usager, etc.

On devrait donc considérer que la crise mondiale provoquée par l'arrêt de l'hyper-consommation occidentale soutenue par des prêts irresponsables aux pays riches pourrait être une bonne nouvelle pour la Chine et d'autres pays asiatiques fonctionnant sur le même mode, si les autorités et les citoyens en profitaient pour réorienter progressivement l'économie nationale. Il s'agirait de la tourner vers le marché intérieur et vers de nouveaux types de consommation plus durables. Mais comme les populations dont les besoins sont les plus grands à cet égard survivent actuellement avec des revenus d'un ou deux dollars par famille, (il ne s'agit pas d'une demande solvable, selon une expression tombée en désuétude), il faudrait leur distribuer des salaires suffisants pour en faire des consommateurs des nouveaux produits.

Pour le gouvernement, il n'est pas question cependant de leur verser des allocations sans contreparties. Les futurs revenus doivent provenir d'activités productives financées par les pouvoirs publics et les banques sous forme d'investissements dans les secteurs éco-compatibles, c'est-à-dire capables de transformer progressivement le système économique chinois en lui permettant de produire des biens et services à l'empreinte écologique aussi faible que possible et destinés en priorité au marché intérieur.
 
La Chine n'a pas encore pris clairement le virage dans cette direction vertueuse. Certains projets d'investissements restent encore très producteurs de CO2 et de pollutions  diverses : c'est le cas par exemple des centrales au charbon ou de certain barrages hydro-électrique envisagés  dans des zones fragiles ou à risque (sismiques). Néanmoins le méga-plan de relance de 4 000 milliards de yuans (400 milliards d'euros) sur deux ans annoncé par Pékin en novembre 2008 et destiné à réorienter la Chine vers une économie plus centrée sur le marché intérieur, comporte des mesures destinées à lancer la "révolution verte" attendue pour rééquilibrer en qualité la croissance chinoise. Selon Le Monde (17/02.2009, p.4),  "Il n'y aura pas un centime de dépensé sur les projets qui favorisent la production de masse, ou les secteurs hautement polluants et gourmands en ressources", a prévenu Zhang Ping, le chef de l'agence de planification chinoise, en annonçant l'affectation de 35 milliards d'euros, soit 8 % du total, à la protection de l'environnement.

Le  Plan de relance  annoncé de 180 milliards d'euros se décompose en: transport et électricité. 100 milliards : reconstruction du Sichuan. 37 milliards : qualité de vie et infrastructures en zone rurale. 35 milliards : environnement. 28 milliards : sécurité sociale et logement. 16 milliards : innovation. 4 milliards : santé et éducation. (Source, la revue Caijing.)

Un certain nombre de ces dépenses devraient contribuer à améliorer le bilan vert, notamment celles consacrées à l'amélioration des infrastructures urbaines et rurales, ou à la promotion des énergies renouvelables. "Face à la crise financière mondiale, développer une économie verte est probablement un autre domaine pour l'économie", a déclaré le premier ministre, Wen Jiabao. Déjà, 1,2 milliard d'euros d'investissements en faveur de l'environnement ont été approuvés dans le cadre du premier train de 10 milliards d'euros d'investissements annoncés au premier trimestre 2009. Ces projets distribueront du pouvoir d'achat dont une part, il faut l'espérer, pourra bénéficier aux travailleurs non qualifiés participant à certains travaux.

Certes, l'obsession de la relance à tous prix l'emportera peut-être momentanément, si les pouvoirs publics ne savent pas résister aux pressions venant aussi bien des collectivités locales que de certains industriels des pays riches souhaitant continuer à délocaliser des usines en Chine afin de maintenir la pression sur leurs salariés en occident. Néanmoins, le mouvement semble acquis. Les entreprises européennes qui possèdent une avance technologique dans les questions liées à la protection de l'environnement peuvent trouver là une occasion de produire sur place sans nuire à l'emploi en Europe. C'est le cas de Suez Environnement en Chine, de plus en plus sollicité sur des dossiers liés à l'eau et aux déchets.

Un relais s'impose au niveau de l'ONU


Pour que le mouvement se généralise à des pays en crise qui auraient besoin de tels projets pour s'engager dans des croissances vertes devenues indispensables (citons par exemple le programme de grande muraille verte en Afrique) le relais des organisations internationales s'impose. Pour le moment, il ne s'agit pas d'un objectif prioritaire ni pour le FMI ni pour la Banque mondiale. Le programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE), en charge de ce secteur ne dispose encore que d'un budget symbolique : 50 millions (vous lisez bien « millions ») de dollars en 2008.

Son Annuaire 2009, lancé à Nairobi le 16 février 2009 lors d'une rencontre internationale des ministres de l'environnement, souligne l'importance de mettre en œuvre un " New Deal " écologique mondial et l'urgence d'une transition vers une économie verte, faible en carbone et plus économe en ressources.

Selon Achim Steiner, secrétaire général adjoint de l'ONU et directeur exécutif du PNUE (notre photo), l'Annuaire, compilé à la demande du Conseil d'administration du PNUE, présente des faits solides et des tendances alarmantes, mais souligne aussi certaines des idées novatrices et transformatrices actuellement pilotées dans les pays développés et dans ceux en développement. Il rappelle à la communauté internationale pourquoi il est urgent de passer à une économie verte en recensant les raisons de s'inquiéter, « des dégagements de méthane en Arctique à la réduction des terres agricoles utilisables.  " Mais de manière optimiste, il mentionne la force des politiques positives : « de la façon dont un édifice en Afrique se refroidit passivement en imitant une termitière, en passant par la symbiose industrielle présente dans certaines villes pionnières, qui font cohabiter sur un même site des entreprises et des usines, pour recycler et réutiliser les déchets comme matière première, ce qui permet d'économiser nos ressources naturelles limitées, ainsi que des millions de dollars et la planète ".

Une conclusion se dégage, concernant l'Europe. Qu'attendent des gouvernements nationaux encore englués dans des intérêts industriels archaïques pour s'entendre enfin sur un plan coordonné de relance verte de 500 milliards d'euros, susceptible de créer très rapidement non seulement des emplois durables mais des biens matériels et immatériels eux-mêmes durables ?
18/02/2009
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