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Chemins d'espérance - Ces combats gagnés, parfois perdus mais que nous remporterons ensemble Jean Ziegler Seuil Automne 2016

Une critique impitoyable du capitalisme financier
Jean Ziegler est un homme politique, altermondialiste et sociologue suisse. Il a été rapporteur spécial auprès de l'ONU sur la question du droit à l'alimentation dans le monde. Voir Wikipédia

Jean Ziegler est l'auteur de nombreux ouvrages, notamment, Sociologie et Contestation, essai sur la société mythique (Gallimard, 1969), Une Suisse au-dessus de tout soupçon (Seuil, 1976), Le Pouvoir africain (Seuil, 1979), Main basse sur l'Afrique (Seuil, 1980), Retournez les fusils ! Manuel de sociologie d'opposition (Seuil, 1981), Vive le pouvoir! Ou les délices de la raison D'État (Seuil, 1985), La Victoire des vaincus, oppression et résistance culturelle (Seuil,1988), La Suisse lave plus blanc (Seuil, 1990), Le Bonheur d'être Suisse (Seuil, 1993), Charles Baudelaire, avec Claude Pichois (Fayard, 1996/2005), L'Or du Maniema (Seuil, 1996), La Suisse, l'or et les morts (Seuil, 1997/1998), Les Seigneurs du crime : Les nouvelles mafias contre la démocratie (Seuil, 1998), La Faim dans le monde expliquée à mon fils (Seuil, 2000), Les Nouveaux maîtres du monde et ceux qui leur résistent ( Fayard, 2002), Le Droit à l'alimentation (Mille et une nuits, 2003) et L'Empire de la honte (Fayard, 2005 ; Le Livre de poche, nouvelle édition augmentée, 2008).  

Je remercie Philippe de Laubier qui a signalé le livre à notre revue. JPB


Commentaire

Nous avons toujours considéré Jean Ziegler comme une référence essentielle pour le combat contre l'impérialisme financier international et la défense des peuples opprimés par celui-ci. La liste ci-dessous des livres qu'il a publié en témoigne.

Ce dernier ouvrage, qu'il présente comme une sorte de testament moral, comporte divers chapitres consacrés à son expérience personnelle, notamment en tant que diplomate au service de l'ONU. Ils sont très vivants, bien informés. Les lecteurs connaissant mal le milieu très spécial des organisations internationales y apprendra beaucoup. L'ONU et les dizaines de structures en dépendant sont évidemment le siège d'innombrables intrigues, pressions et conflits qui en diminuent l'efficacité. Les Etats-Unis y jouent un rôle excessif, au regard de leur population.

Mais en lisant Jean Ziegler, on ne peut s'empêcher d'une certaine façon de partager sa conviction. Dans un monde globalement ingouvernable, les instutions onusiennes représentent à ce jour les seules tribunes où peuvent s'exprimer et se défendre les intérêts généraux de l'humanité. On ne voit pas pour le moment comment et par qui les remplacer. Ce ne sera pas une société numérique mondiale gouvernée par la Silicon Valley américaine qui pourra le faire. Il faut donc les soutenir chaque fois que possible.

Ceci dit, le véritable intérêt du livre reprend et illustre en les actualisant la thèse amplement démontrée déjà présentée par l'auteur dans ses nombreux essais: le caractère prédateur de la finance internationale. On met généralement sous ce terme les innombrables entreprises spéculatives transnationales, bancaires et boursières, grâce auxquelles le 1% des super-dominants imposent leur pouvoir sur le reste de l'humanité. L'auteur montre aussi clairement que cet impérialisme financier est associé pour l'essentiel à l'impérialisme politique qu'exercent les Etats-Unis sur une grande partie du monde. En ce sens Wall Street et Washington (sans mentionner le Pentagone) collaborent étroitement pour soumettre ce monde à leur domination.

Les hedge funds

Il en donne de nombreux exemples. Le plus significatif est celui des hedge funds ou fonds vautours. Il y a quelques années, ceux-ci ont directement provoqué par leurs manœuvres spéculatives la chute du gouvernement argentin de Cristina Kirchner. Elle s'efforçait de dégager son pays de l'emprise écrasante de l'Amérique du Nord. Elle a été remplacée, à la suite de vastes opérations de corruption menées à l'instigation de la CIA, par un personnage sulfureux, qui s'est révélé un allié dévoué des Etats-Unis.

Ceux-ci ont toujours voulu remplacer en Amérique Latine, y besoin par la force, les gouvernements s'efforçant à un minimum d'indépendance à l'égard de Washington par des fantoches aux ordres. L'exemple de Salvador Allende au Chili, assassiné par des militaires directement inspirés par Washington, devrait être rester dans toutes les mémoires.

Le même coup a été mené récemment au Brésil pour faire tomber la « socialiste » Dilma Rousseff. . Faut-il rappeler que l'Argentine et le Brésil, sous leurs anciens gouvernements, avaient joue un rôle important au sein du Brics, bête noire des Etats-Unis car la Chine et la Russie en sont des membres essentiels? Depuis, même si le Brésil ne s'est pas encore formellement retiré du Brics, il n'y joue plus de rôle actif.

Or, concernant l'Argentine en particulier, il ne peut échapper à une analyse sérieuse que le fonds vautour Elliott a été un élément essentiel de la chute de Christina Kirchner. Ce fonds américain riche de 27 milliards de dollars a été créé par Paul Singer, un ancien avocat devenu milliardaire. Son modèle économique est fondé sur les poursuites judiciaires. Comme les autres fonds vautours, il se spécialise dans l'achat à bas prix auprès de leurs détenteurs (marché secondaire) des titres de dette devenus sans grande valeur émises par des débiteurs en difficulté ou proches du défaut de paiement, dettes d'entreprises ou dettes d'Etat dites souveraines. L'objectif est de réaliser une plus-value soit lors de la phase de restructuration de la dette, soit en refusant la restructuration et en obtenant par action en justice le remboursement de leurs créances à une valeur proche de la valeur nominale plus les intérêts et éventuels arriérés de retard.

Ainsi le fonds Elliott, comme le montre Jean Ziegler, a racheté à bas prix la dette argentine lors de la crise ayant frappé l'Argentine dans les années 2000. Puis il a refusé de participer à la renégociation de cette dette, celle-ci visant a en alléger le montant. Les procédures judiciaires entre le fonds et l'Argentine continuent encore en 2016, car il demande un remboursement au plus proche de la valeur nominale. Il a le droit financier international pour lui. D'autant plus qu'il emploie des centaines d'avocats pour plaider sa cause devant les tribunaux des différents pays où il assigne l'Argentine. En effet, devenu propriétaire de la dette qu'il a racheté, il est en droit d'exiger son remboursement, quelle qu'ait pu être la bonne volonté de certains pays créanciers visant à aider l'Argentine en différant ou diminuant le montant de sa dette.

Le 1% des super-dominants

D'une façon encore plus éclairante, Jean Ziegler montre que les spéculateurs transnationaux associés à un capitalisme financier trouvant ses bases à Wall Street mèneront au sens propre du terme, si rien ne les arrête, le monde à sa perte. Animés, comme nous l'avons souvent rappelé ici, par la recherche du profit financier le plus immédiat, ils détruisent massivement les structures mises en place péniblement par les Etats, au cours de l'histoire, pour défendre un minimum d'intérêt général, encourager l'investissement productif, organiser une certaine redistribution sociale. Les Etats peuvent être autoritaires, souvent prendre la forme de dictatures, notamment en Afrique, mais leur rôle est finalement bénéfique au regard de l'exploitation effrénée des ressources mondiales par le capitalisme financier et le 1% de ceux qui s'abritent derrière lui pour dominer le monde.

Jean Ziegler a toujours été très sensible, de par ses responsabilités précédentes, à la faim dans le monde, à la surmortalité des enfants dans les pays pauvres, à la dilapidation de ce qui reste de ressources naturelles. Il montre bien dans ce livre, à ceux qui en doutaient encore, l'effet global de plus en plus destructeur de la recherche du profit financier au service des intérêts des dominants. Ainsi la richesse de ceux-ci, la diversité des perspectives de consommation dont ils disposent, la puissance de leurs technologies, notamment sur le plan numérique, reposent sur des centaines de millions d'humains travaillant à la limite de la survie pour produire les ressources agricoles, minières ou industrielles indispensables à cette domination.

Qu'en font-ils finalement? Le 1% n'investit pas dans la recherche scientifique, la production de biens culturels ou la protection des ressources mondiales, mais en faveur d'une consommation hyper-luxueuse dont ils sont les seuls bénéficiaires, résidences et yachts de luxe, voyages internationaux improductifs et souvent destructeurs, produisant un gaspillage généralisé. On ne doit pas oublier le poids considérables des dépenses militaires et de police par lesquelles le 1% assure sa domination en écrasant les opposants.

A supposer même que le progrès scientifique et technique qui se fait en dehors d'eux ou malgré eux finisse par produire les éléments d'une humanité ou post-humanité échappant aux servitudes d'un déterminisme millénaire, ce seront ces 1% qui en bénéficieront exclusivement. Ce seront eux les post-humains.
Le reste de l'humanité se verra condamné à une mort progressive, par épidémies, famines et guerres internes. Le 1% s'en réjouira. Comme le rappelle Jean Ziegler, ainsi se réalisera le vieux rêve de Malthus, lutter contre la croissance démographique excessive des populations.

Chemins d'espérance?

On ne voit pas dans ces conditions, en réfléchissant aux constations amères que fait Jean Ziegler et que nous avons brièvement évoquées ici, où pourraient se trouver les chemins d'espérance qu'il continue à espérer. Manifestement il les voit dans le renforcement des institutions internationales auxquelles il consacre la seconde partie de son livre. Mais ne s'illusionne-t-il pas? Si le 1% prend de plus en plus de poids, comme il le montre explicitement, ce 1% ne détruira-t-il pas ces institutions, ou tout au moins ne les rendra-t-ils pas inopérantes? C'est d'ailleurs ce qu'il constate lui-même par ailleurs en montrant l'influence destructrice de Washington, représentant l'essentiel des 1%, sur l'ONU, le FMI, la Banque Mondiale censés réguler le monde.

Le livre n'évoque pas l'alternative à la domination américaine que pourrait représenter le Brics, ou plus exactement la Russie et la Chine. Mais sans doute pense-t-il, non sans de bonnes raisons, que ces pays sont en train de voir à leur tour émerger en leur sein un 1% de dominants autochtones, qui finiront par s'allier aux autres pour exploiter les 99% restants de l'humanité.

Nous l'avons parfois écrit ici pour notre compte. L'optimisme n'a plus lieu d'être dans le monde qui vient, si du moins on veut le justifier par des considérations rationnelles. Ce ne peut plus être qu'une croyance nourrie par les jeunes humains qui, pour des motifs quasiment génétiques, veulent continuer à croire en l'avenir pour ne pas sombrer dans l'alcool, les stupéfiants, les guerres et parfois le suicide.
24/10/2016
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