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Bataille de Mossoul. Mais ensuite?

De nombreuses vidéos, provenant principalement des peshmergas (combattants kurdes) circulent dorénavant sur le web. Elles montrent des colonnes armées s'attaquant aux faubourgs de Mossoul et y affrontant les combattants de l'Etat Islamique (EI) qui en ont fait leur place forte. Ceux-ci ne sont que quelques milliers, mais ils ont placé partout des mines et creusés des tunnels où ils se retranchent.

De l'avis de tous les commentateurs, la lutte sera longue et fera de nombreuses victimes civiles, sans doute en plus grand nombre qu'à Alep - sans mentionner des dizaines (centaines)  de milliers de réfugiés . Néanmoins la ville devrait tomber dans quelques semaines aux mains de la coalition. Mais celle-ci est très hétéroclite et comporte, outre des forces spéciales américaines et européennes, dont françaises, trois grandes composantes qui n'ont jamais caché leur intention de prendre en mains la gouvernance de la ville une fois libérée.

La première est composée de forces irakiennes chiites, sous l'autorité de principe de l'actuel gouvernement de Bagdad. Elles sont appuyées par des milices iraniennes chiites, l'Iran ne tenant manifestement pas à être écartée de la gestion de Mossoul. La seconde rassemble des forces irakiennes soutenues par la Turquie. Celle-ci considère que cette ville doit appartenir, sinon à son territoire, au moins à sa zone d'influence. Recep Tayyip Erdogan se veut "protecteur" des sunnites de Mossoul. Il a déployé des troupes et du matériel dans le nord de l'Irak. Il arme et entraîne un groupe sunnite irakien, "la Garde de Ninive", du nom de la région de Mossoul, placé sous le commandement d'un ancien gouverneur de la province. Cette volonté turque a récemment créé de fortes tensions avec Bagdad, et vraisemblablement retardé le début de l'offensive sur Mossoul.

La troisième composante est constituée des peshmergas, combattants venus de la région autonome kurde toute proche. Ils constituent une force de frappe d'autant plus efficace qu'elle est présente sur le terrain depuis le début de cette nouvelle guerre en 2014, et est particulièrement motivée, contrairement aux forces de l'armée gouvernementale irakienne. Il s'agit en effet pour eux, non pas encore de mettre en place un Grand Kurdistan qui engloberait un tiers de la Turquie, mais de consolider le statut de la région autonome kurde d'Irak, ou Gouvernement régional du Kurdistan d'Irak, afin d'en faire un acteur incontournable. Ce sont eux qui en 2014 s'étaient approprié de nouveaux territoires irakiens, en particulier la zone pétrolière de Kirkouk.

Il est clair que Bagdad n'est pas prêt à concéder le contrôle permanent de Kirkouk aux Kurdes. De ce fait, il voit très mal les succès des peshmergas dans la bataille de Mossoul, marquant une éventuelle extension de l'influence kurde vers Mossoul. Mais à ce stade, il n'a guère d'autre choix  ; que d'accepter les peshmergas dans la bataille contre l'EI.

Si l'intervention du rôle des milices chiites soutenue par l'Iran se confirmait, l'on verrait une alliance pragmatique entre la région autonome kurde et la Turquie se renforcer contre le "péril chiite", ceci aux dépens de l'Etat irakien et de l'armée de Bagdad, chiites, avec tous les risques de conflit que cela implique.

Nous avons par ailleurs signalé précédemment que l'évacuation de Mossoul par les forces djihadistes de l'EI mettra en circulation, en Irak même et dans toute la région, des combattants aguerris qui reprendront sous d'autres formes leur combat contre les Irakiens, les Kurdes et, en Syrie, Bashar al Assad et ses alliés russes.

La prise de Mossoul est une condition nécessaire, mais non suffisante, pour apaiser cette partie du Moyen Orient. Les rivalités régionales et confessionnelles resteront entières. On peut penser que la coalition dite occidentale dirigée à distance par les Etats-Unis s'en réjouira. Cela permettra aux Américains de conserver un rôle essentiel, politique et économique. Quant aux Russes, ils ne pourront vraisemblablement pas faire grand chose en Irak même, sauf, comme a prévenu Lavrov, à réagir en cas d'une invasion de djihadistes déguisés en réfugiés. .


18/10/2016
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