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Le voyage à Bagdad

Nicolas Sarkozy devait-il aller en Irak ? Beaucoup de personnes y ont vu une manoeuvre habituelle au président français. En chute dans les sondages au plan intérieur, il cherche à trouver une échappatoire dans un domaine où il est généralement bien apprécié, la diplomatie pour ne pas dire la géostratégie. Mais nous devons pousser un peu l'analyse.

Il est certain qu'avec l'arrivée de Barack Obama à la Maison Blanche, et l'accentuation de la crise économique qui obligera l'Amérique à réduire ses ambitions unilatérialistes, des changements se préparent, dans les  relations de Washington, tant avec l'Irak qu'avec l'Iran – voire même avec l'Afghanistan et le Pakistan. Vis-à-vis de l'Iran, pour le moment, le climat semble à la détente. Vis-à-vis de l'Irak, se produira nécessairement un allègement de la présence militaire américaine. Concernant l'Afghanistan, il est trop tôt pour faire des pronostics. Disons seulement que le nouvelle administration découvre actuellement l'ampleur du « bourbier » où elle est enfoncée. De plus, derrière l'Afghanistan, il y a le Pakistan ...et l'Inde, ce qui exige de bien peser ce que l'on va faire. Barack Obama le sait-il aujourd'hui?  L'avenir y est donc plus qu'incertain.

Mais si l'Amérique devient plus conciliante au plan diplomatico-militaire au Moyen-Orient, ce n'est pas sans afficher d'autres ambitions. Il s'agira en priorité de renforcer la présence des firmes pétrolières et d'armements dans la zone, sans parler de celles des agences de renseignement. La crise impose plus que jamais de créer (ou sécuriser quand ils existent) des liens économiques, ce qui impose un minimum de partenariat politique. En Irak les firmes américaines sont déjà très présentes, en partie aux frais du contribuable et sans résultats évidents. Il y a donc des progrès à faire. En Iran, bien qu'officiellement  soumises au blocus, elles commercent déjà beaucoup via des filiales dans le Golfe. Mais vu l'importance des possibilités d'investissements en Iran, on peut pressentir que, y compris peut-être dans le nucléaire, elles voudraient faire beaucoup plus. Barack Obama va donc orienter sa diplomatie, sauf accidents, dans un sens favorable à ces intérêts économico-géostratégiques.

Dans ces conditions, on ne comprendrait pas que la France ne rappelle pas sa présence et les offres de coopération économique que ses entreprises peuvent faire, aussi bien en Irak que, si possible plus tard en Iran. Le voyage en Irak venait donc à son heure. Mais cette perspective pose quand même plusieurs questions.

La France ira-t-elle guidée par ses intérêts propres, qui dans la plupart des cas ne peuvent pas recouper ceux des Etats-Unis ? Ira-t-elle au contraire comme ramasseuse des miettes que les Etats-Unis voudront bien laisser échapper, en échange de sa souplesse dans l'Otan ou dans leur politique du grand Moyen-Orient, toujours d'actualité ?  Inutile de dire que la politique traditionnelle dite arabe de la France, bien accueillie (en principe) dans tous les Etats arabes et pas seulement en Irak et Iran, lui permettrait de jouer un rôle spécifique important, non seulement économique mais diplomatique. On peut craindre cependant que le retour plein et entier de notre pays dans le giron de l'Otan, c'est-à-dire quoiqu'en prétende Nicolas Sarkozy, sous le contrôle des Etats-Unis, n'ampute cette image.

Une autre question s'impose. Nicolas Sarkozy, en Irak, voire en Iran et ailleurs, sera –t-il perçu comme intervenant au nom de la France ou, d'une quelconque façon, au nom de l'Union européenne et, le cas échéant, de l'Union pour la Méditerranée. Les observateurs considèrent généralement qu'actuellement, l'Europe, sans politique extérieure et de défense en propre, ne compte guère au Moyen Orient. Mais dans quelques mois, si tout se passe bien, elle sera dotée d'un président et d'un ministre des affaires étrangères, à défaut d'une politique de défense. L'Europe prendra-t-elle alors la suite des pistes tracées par la France, si pistes il y a, ou affirmera-t-elle des objectifs différents ? 

Il serait heureux que Nicolas Sarkozy et la diplomatie française puissent répondre le plus vite possible à ces diverses questions. Sinon le voyage à Bagdad n'aura qu'un effet médiatique vite oublié.
11/02/2009
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