Europe Solidaire
CultureEconomieEducationEnvironnementInstitutionsInternationalSciencesSécurité/DéfenseSocialTechnologiesValeurs
Aggrandir Réduire Reinitialiser

Détérioration des relations entre l'Inde et le Pakistan. Le rôle des Etats-Unis.

Ces relations n'ont jamais été bonnes. Depuis la partition en 1947 de l'ancien Empire de l'Inde entre un Pakistan musulman et une fédération indienne majoritairement hindouiste, les conflits ont été nombreux. Des guerres territoriales locales ont souvent éclatées. De plus, aux différences religieuses se sont ajoutées des oppositions de type ethnique et de nombreux conflits d'intérêts.
Il faut rappeler qu'aujourd'hui ces deux puissances sont dotées de l'arme atomique. Les risques d'un conflit nucléaire restent faibles, la raison devant l'emporter, mais ils ne sont pas nuls. Inutile de souligner que l'Asie, l'Orient et même l'Europe en seraient gravement affectés.

Mais pourquoi cette détérioration des relations aujourd'hui. En simplifiant beaucoup, nous pourrions dire qu'elle reflète très largement les affrontements croissants entre les Etats-Unis et la Chine – la responsabilité en incombant très largement à Washington.

Le « pivot vers l'Asie » décidé récemment par Barack Obama et le camp militariste américain signifiait essentiellement la constitution contre la Chine d'une sorte d'Otan asiatique comprenant notamment le Japon et la Corée du sud, ainsi que différents Etats voisins de la Chine, notamment (jusqu'à nouvel ordre) l'Indonésie, l'Australie et le Vietnam. Il est évident que si l'Inde restait en dehors de cet axe, celui-ci perdrait beaucoup de son efficacité anti-chinoise.

Aussi, comme nous l'avons noté nous-mêmes, Barack Obama a multiplié les efforts, visites et offres diverses de coopération à l'égard de l'Inde. Son actuel président Narendra Modi n'a rien fait pour garder ses distances, contrairement à la politique de neutralité suivie par son prédécesseur, grâce à laquelle l'Inde était devenu un membre important du Brics. Participer au Brics signifiait de relatives bonnes relations avec la Russie et la Chine, très mal perçues à Washington.

Le Pakistan et la Chine

En ce qui concerne le Pakistan, pour différentes raisons géopolitiques, il s'efforce aujourd'hui d'établir de bonnes relations avec la Chine. Certes ses élites dominantes traditionnelles souhaitent rester dans l'orbite de Washington, mais plus en profondeur le pays cherchera à exploiter les opportunités d'investissement et aussi de désenclavement qui résulteront des propositions de coopération économiques chinoises. Celles-ci se sont traduites récemment par l'offre chinoise de participer au China-Pakistan Economic Corridor (CPEC), un grand projet d'infrastructure de liaison soutenu par 50 milliards d'investissement qui reliera à travers le Pakistan et le Balouchistan la Chine et le port de Gwadar en mer d'Arabie (voir image).

Il suffit de regarder la carte pour apprécier les nombreux avantages que le Pakistan retirera de ce projet, au détriment de l'Inde voisine si celle-ci n'en fait pas partie. Les récents efforts indiens pour dénoncer des abus de droits de l'homme dont le Pakistan se serait rendue coupable au Baloutchistan visent évidemment à détacher cette province chinoise des projets de CPEC. Au delà de cela, New Dehli exige d'Islamabad qu'il cesse de soutenir les mouvements séparatistes qui au Kashmir indien réclament une prise de distance avec l'Inde. Le Pakistan pour sa part, très récemment encore au sommet du G20 et au sommet ASEAN-India, accuse l'Inde d'être un Etat terroriste qui finance des activités subversives au Pakistan. Concernant une éventuelle participation de l'Inde au CPEC, Modi pour sa part a réaffirmé que l'Inde considérait ce projet comme une atteinte à ses intérêts stratégiques.

Les Etats-Unis se sont saisis de cette tension, qui aurait pu normalement s'apaiser d'elle-même, comme les précédentes, pour l'encourager. Ils ont décidé de faire de l'Inde un Partenaire Majeur de Défense, « Major Defense Partner » . Des développements communs de systèmes d'armes ont été décidés. Le mois dernier, les deux pays ont signé un « India-US Logistics Exchange Memorandum of Agreement » (LEMOA) donnant à l'aviation et à la marine américaines la possibilité d'accéder à des bases militaires indiennes pour entretien et réapprovisionnement. Sous prétexte enfin que le Pakistan ne s'engageait pas suffisamment contre les Talibans en Afghanistan, les Etats-Unis ont suspendu toutes négociations avec Islamabad dans le domaine de la fourniture d'armement, notamment un contrat concernant la vente d'avions de combat F 16.

Il est clair que la Chine ne pourra que profiter de cette détérioration. Ainsi, selon le journal pakistanais Express Tribune le cabinet (Premier ministre ) pakistanais a donné son accord pour la négociation d'un Accord de Sécurité à long terme avec la Chine http://tribune.com.pk/story/1175690/cabinet-gives-nod-security-pact-china/

On craindra peut-être en Europe que cela soit une mauvaise nouvelle dans la lutte que celle-ci mène contre le terrorisme islamique, le Pakistan étant un pays profondément musulman. Mais on peut penser qu'étant lui-même en lutte contre ce terrorisme, il ne fera rien pour l'encourager dans le reste du monde. De toutes façons, sa coopération avec la Chine le lui interdirait.



10/09/2016
Vos réactions
Dernières réactions
Actuellement, pas de réaction sur cet article!
Votre réaction
Vérification anti-spam
Nom/pseudo*


Email*


Titre*


Commentaire*


* champs obligatoires
Europe Solidaire